22 mars 2008
"Mon père est ingénieur", de Robert GUEDIGUIAN (2004)
Jérémie dans la médecine humanitaire internationale, et notamment le SIDA, revient voir son ancien amour, Natacha, pédiatre, qui est prostrée, en état de choc depuis un mois. Sa mère lui raconte la Nativité à la sauce provençale et on devine que ce récit signifie beaucoup pour elle, malgré l'absence de réaction. Apparemment, rien n'a pu déclencher cet état, mais petit à petit, Guédiguian révèle ce qu'a été la vie de Natacha pendant toutes ces années et ces dernières semaines.
MON AVIS
Un conte sur la générosité, la solidarité d'une communauté. C'est l'harassement de Natacha devant cette tâche sans fin, réconcilier et pacifier, qui est peu à peu révélé. On est touché par cet amour personnel inaccompli - tout à fait fort et exceptionnel - en faveur de l'amour universel, à l'image de cette crèche de Nativité récurrente, à l'image du prénom de l'héroïne. La conclusion à double sens rassérène un peu.
Comme à son habitude, Guédiguian transfigure Marseille, en fait la plus belle ville du monde, la seule où l'on voudrait vivre. Ce qui m'a fait plaisir, c'est que les rochers de Malmousque où Jérémie et Natacha renouvellent année après année leur couple, sont nimbés de la même lumière jaune que les photos que j'y ai faites, sans filtre, s'il vous plaît. Tout est bien vrai.
19 mars 2008
"Les Affinités électives", de Paolo et Vittorio TAVIANI (1996)
Adaptation du roman de Goethe.
Charlotte (Isabelle Huppert, superbe) et Edouard (Jean-Hugues Anglade), qui ne se sont pas vus depuis vingt années, décident de se marier et de se consacrer l'un à l'autre dans un domaine toscan qu'ils désirent réorganiser et réhabiliter. Mais Edouard fait une première brèche dans cette solitude à deux en conviant dans leur thébaïde Othon (Fabrizio Bentivoglio), son proche ami, qui est architecte. Charlotte cache sa déconvenue mais, à la faveur d'une lecture commune sur le phénomène chimique des affinités électives des éléments qui changent leurs assemblages en présence les uns des autres (travaux de Geoffroy), elle décide qu'il manque le 4ème élément qui permettrait de vérifier sur le plan humain cette théorie : elle fait venir Ottilie (Marie Gillain), sa filleule au domaine...
MON AVIS
Tous les ingrédients réunis étaient présents pour un sujet libertin et fortement dix-huitiémiste, on pense à Marivaux, à Choderlos de Laclos et peut-être même à Sade (le coup de la filleule), mais ce n'est pas ce qui se passe : Goethe est un romantique. Bien entendu Charlotte a joué les apprenties-sorcières avec son expérience chimique à niveau humain et cette dernière a fait le malheur des personnages présents. Les personnages ne parviennent pas à être attachants alors même qu'ils en ont la dimension humaine et la noblesse douloureuse qu'il faut pour ça.
Malgré une musique agaçante ou trop lourdement tragique, on est frappé de la beauté des images et des éclairages, comme dans Fiorile, mais, alors que dans ce dernier film, on était saisi et captivé par l'intrigue, les Affinités électives m'ont vraiment ennuyée.
14 mars 2008
"Bienvenue chez les Ch'tis", de Dany BOON (2008)
Un cadre de La Poste, après une tentative de fraude à la mutation au bord de la côte méditerranéenne, se retrouve en mutation disciplinaire dans le Nord, à Bergues, comme directeur de bureau.
Sa femme, un esprit chagrin à la limite de la dépression, assez ulcérée par l'affaire, renonce à l'y suivre et reste à Salon-de-Provence avec leur petit garçon. Tout le monde est apitoyé à l'idée qu'il risque de perdre des orteils à cause du froid.
Après une installation rocambolesque, il ne faudra pas plus de 15 jours à notre cadre pour trouver l'endroit et surtout les gens très à son goût, d'autant plus que les week-ends qu'il passe dans le Sud raccommodent le couple : madame, radieuse, câline son héros, le plaint, et leurs problèmes ont disparu.
MON AVIS
Le succès de ce film qui commence à être comparé à celui de la Grande Vadrouille m'avait assez surprise. Et puis bien entendu, j'ai trouvé le divertissement sympathique, peut-être un peu inégal, mais surtout salubre. L'accent, la persistance d'un dialecte, font un écran que nous n'avons pas l'intelligence de percer et de chercher à connaître.
Sur les autres points, je trouve qu'il y a de bons gags : j'ai ri aux éclats notamment quand le directeur essaie d'apprendre à son facteur à "dire non" pendant sa tournée ; je n'en dis pas plus. Ce film restera-t-il parmi les classiques ? En tout cas, je suis bien certaine que, pour la région Nord, ce film marquera un avant et un après dans les mentalités, tout à fait nécessaire, notamment pour le langage ch'ti.
BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS
envoyé par CRS1
12 mars 2008
"Elephant", de Gus VAN SANT (2003)
Film déjà vu sur DVD en octobre 2007.
L'HISTOIRE
Littleton, 1999. Deux jeunes gens du Lycée de Columbine, un peu à part, passionnés d'armes, de jeux vidéos ("Gerry"), l'un d'eux joue du piano, l'autre lit (il ne sera pas question de bowling dans ce film !), fascinés par les thèses néo-nazies, décident de faire exploser une bombe et d'abattre les élèves qui croiseront leur chemin et qui ont guidé le nôtre pendant une heure de film.
MON AVIS
Gus Van Sant a bâti un film étonnant : le massacre à proprement parler n'emploie que les 14 dernières minutes du film. Mais l'heure qui le précède nous familiarise avec les protagonistes, surtout des adolescents, flirtant déjà avec la mort (boulimie, conduite automobile à risque, un père alcoolique sur lequel on ne peut compter, etc.), sur lesquels la menace
pèse, de plus en plus fort, au son d'une Sonate au clair de lune qui résonne comme une marche funèbre. On visite le lycée derrière chacun des élèves, derrière ses épaules, en caméra subjective ; ils gardent leur part de mystère et, bien que soignement individualisés, on se prend à penser que les meurtriers auraient pu être d'autres élèves aussi bien qu'eux : Michelle aussi est une souffre-douleur, John est malheureux et ne peut avoir confiance dans les adultes, l'alliance gay-homo nous rappelle que la société adolescente a elle aussi ses exclus... Quels ingrédients composent un meurtrier ?
Il me semble que la réponse que Gus Van Sant ne donne pas (et cela lui a été reproché) se murmure en épanalepse au début et à la fin du film ; John demande à son père : "Et toi, tu y étais ?" puis pour conclure "Où étais-tu ?"
Où étaient les parents des meurtriers pendant les deux années où ce massacre s'est préparé ? Ils sont réduits à deux répliques peu amènes, indifférentes et une silhouette qui disparaît dans une autre pièce.
Gus Van Sant : Entretien A propos d' Elephant
envoyé par CinemaMonAmour


