26 décembre 2008
"Musée haut, musée bas", de Jean-Michel RIBES (2008)
Vu au cinéma
A l'entrée d'un musée, puis à l'intérieur, on suit plusieurs personnages, une guide d'Histoire de l'art, une guide parlant néerlandais qui court pour que ses touristes ne manquent pas leur car, un professeur et ses élèves, des beaufs, une mère poursuivant son fils artiste, un Conservateur obsédé par les incursions répétées de la Nature dans son musée, un petit clandestin arrivé avec des statuettes africaines, Sulki et Sulku, des allégories, des visiteurs qui ne retrouvent plus leur parking, et d'une manière générale, des gardiens fragilisés par un contact permanent avec l'art, une mère de famille qui vient pour ouvrir ses enfants à un art respectable, une passionnée d'art abstrait qui cherche pendant des heures la salle de Kandinsky sans la trouver, des gens complètement perdus entre ce qu'ils savent, ce dont ils se souviennent et leur situation par rapport au Temps, par rapport à l'Art...
MON AVIS
Un film passionnant, tiré d'une pièce du même auteur, que j'attendais depuis des années, un film qui ne prend pas son spectateur pour un imbécile (à tort, quand je lis sur d'autres blogs certaines critiques : il est visiblement passé par dessus la "tête" de beaucoup de gens, il suffit de voir que certains étaient pliés en deux de rire, et d'autres complètement impassible) et lui offre non pas simplement une énième satire sociale ou un simple série de portraits, mais une vraie réflexion, directe, symbolique, allégorique avec du deuxième (peut-être même du 3ème) degré ! C'est le genre de film qu'on va revoir, après s'être documenté et avoir lu la pièce en entier, tant je suis certaine qu'à la première vision, j'ai dû en rater...
Il nous incite à nous questionner sur les rapports entre le figuratif et l'abstrait, l'apport de la perspective, le droit de hiérarchiser ou non dans l'art, le body art (caricaturé en family art), le côté béotien des amateurs de musée qui mélangent allègrement les périodes (par exemple : "Moi, ce que j'aime", dit Valérie Lemercier, "c'est la période qui va de Vinci à Warhol"), l'art conceptuel qui se croit parfois transgressif alors qu'il ne fait que reprendre des poncifs antiques, le snobisme, le métier de guide, de conservateur, l'abandon dans lequel tombe la préservation du patrimoine artistique, en concurrence avec les patrimoines humain et naturel...
Il y a d'énooooooormes clins d'oeil à des tableaux connus (pas de tout le monde, d'où je pense l'agacement de certains internautes qui n'y ont rien compris) ou des concepts artistiques, à mourir de rire ou d'admiration.
Il y a aussi des coups de coude assumés en direction de cinéastes comme Fellini, sans tomber dans la pompe, c'est un vrai hommage, un vrai film (lui-même d'une grande beauté plastique), un vrai moment de réflexion et d'art.
19 décembre 2008
"Les Enfants de Timpelbach", de Nicolas BARY (2008)
Vu au cinéma
A Timpelbach, un étrange village à la croisée de plusieurs époques et de plusieurs pays, un conseil municipal réunissant la totalité des adultes a lieu : un grand groupe d'enfants est intenable (certains ont été déscolarisés) et joue de méchants tours aux adultes.
La seule solution que ces derniers trouvent est d'abandonner le village et les enfants pendant 24 heures, histoire de leur apprendre à comprendre ce qu'ils perdent... Mais ce plan stupide (punition collective et politique de la chaise vide) subit un impondérable, et les enfants - les sympathiques comme les diablotins - se retrouvent seuls, avec le problème de devoir assurer leur propre subsistance.
MON AVIS
D'après Henry Winterfeld (l'auteur de L'Affaire Caïus), une fable mise en scène de manière baroque et esthétiquement jouissive par Nicolas Bary, dont j'attends de pied ferme les prochains films. Le casting est vraiment intéressant (notamment Armelle en maîtresse d'école frustrée et sexy à la fois) pour les adultes comme pour les enfants. Le film aborde le souci bien contemporain du respect de la vie privée empêchant de "se mêler de l'éducation" que notre voisin donne à ses enfants, donc régler de l'intérieur une éducation déviante. Cela entraîne à réprimer de façon terrible (abandonner les enfants à leurs dérèglements) de l'extérieur.
Si les décors, les personnages, le packaging du film sont terriblement soignés, je regrette le "manque de bobine" occasionné par le format d'1H30 : le scénario n'explore qu'une conséquence de la disparition des parents, le risque de famine et le manque de câlins. Ne plus avoir d'école, de repères sociaux, de soins médicaux et hygiénistes, de protection physique n'est pas en problème pour le groupe des "enfants bien élevés", qui s'en sortent : ils se soignent, évitent les excès, organisent leur ravitaillement, leur justice et leur défense... Est-ce à dire au fond que les enfants n'ont besoin que d'être nourris et "élevés" quelques années - avec succès, certes, pour être autonomes ?
En effet, je ne trouve pas du tout que la guerre finale entre les deux groupes d'enfants (qui a fait dire à quelques critiques mal inspirés que ce film était
une sorte de "Guerre des boutons" à la Tim Burton, arff, ridicule) soit la conséquence du départ des parents : on sait très bien que l'origine des guerres n'est pas le fait d'enfants ! Il n'empêche que cette guerre fait un gros clignement d'oeil vers le tragique Sa Majesté des Mouches : le plan sur une tête de sanglier n'est pas innocent...
Autre absence scénarique que j'ai regrettée : Nicolas BARY, par souci sans doute de ne pas être trop didactique ou moralisateur, n'a fait qu'effleurer des causes de la violence de certains des enfants, en montrant d'un bref revers de pouce les carences parentales. A la conclusion du film, rien ne semble réglé à la maison et c'est un happy end quand même... Y a-t-il eu des coupes ? Est-ce intentionnel ?
C'est dommage : le film était taillé au départ pour devenir un apologue de haut niveau artistique, il ne reste qu'un bon et beau film pour enfants. C'est déjà beaucoup.
Faute de mieux, je mets la bande-annonce (mais elle ne donne pas l'aperçu esthétique du grand écran) :
18 décembre 2008
"Blade Runner", de Ridley SCOTT (1982)
Vu en vidéo à la demande.
Au XXIème siècle, l'Homme s'est assuré la conquête spatiale à l'aide d'humanoïdes puissants dont il a interdit la présence parmi les humains : dépourvus de mémoire et d'émotions, ils sont tout à force physique et en résistance. Ce sont les Répliquants. Une unité de police, les Blade Runner, est chargée de les pourchasser.
MON AVIS
Après un temps de surprise car, si l'oeuvre originale est bien de Philip K. Dick, le réalisateur s'est inspiré d'une nouvelle de cet auteur et pas du tout du roman "Blade Runner", j'ai beaucoup aimé ce film. Son parti pris esthétique, urbain, nocturne ou obscur, comme dans une cave où filtreraient les feux de véhicules ou des projecteurs, en jaunes, verts un peu sales aurait pu lasser, et on finit par le prendre tel qu'il est.
J'ai particulièrement aimé les performances de Darryl Hannah, incroyable dans le rôle de la répliquante Pris, et son binôme, Rutger Hauer, sublimement beau et tout dans l'émotion : ils posent tous les deux la question de savoir ce qui permet d'écarter un humanoïde de l'humanité et de ses interrogations, peut-être plus encore que Rachel.
Blade Runner - Like tears in rain...
envoyé par Neobladerunner
10 décembre 2008
"Che ne sarà di noi", de Giovanni VERONESI (2004)
Vu en DVD
Trois jeunes diplômés du Baccalauréat italien, l'esame di maturità, tout un programme, issus de la bourgeoisie romaine, décident de partir en vacances sur l'île de Santorin, à la poursuite de la petite amie volage de l'un d'entre eux. Ces vacances deviendront un voyage initiatique pour ces jeunes gens insatisfaits de la route tracée par leurs aînés.
MON AVIS
Sur un tel thème et avec de tels prémices (ne parlons pas de la première séquence, si torride à froid qu'elle en est embarrassante), j'attendais le pire dans le genre superficiel, et un film français n'eût jamais évité les scènes complaisamment scabreuses dès qu'il est question de jeunesse en bandes et de découvertes.
Or j'ai vraiment été doucement remuée par ce que j'ai vu de leurs rires, leurs chagrins, ce mélange de facilité et de coups du sort, et la fragilité de ce trésor qu'est "la vie devant soi" est bien rendue.




