rousseau_jjJean-Jacques ROUSSEAU n'aborde pas ici la genèse de ses trois Dialogues (Rousseau juge de Jean-Jacques) mais leur destination et les moyens de les publier sans les faire tomber entre les mains de ses ennemis. En effet, depuis Les Confessions, qu'il avait remises à un ami, Duclos, et qui avaient fini "dans les mains ses ses persécuteurs", Rousseau hésite à refaire confiance.

Là commence un récit assez stupéfiant, où Rousseau explique comment il a cherché à déposer devant un autel d'église son manuscrit, sous forme de "Dépôt remis à la Providence", espérant que celui-ci atterrirait devant le prince, mais une grille avait été mise devant l'autel (on sent que Rousseau regrette de ne pas y voir une preuve de complot, mais il lui reste assez de lucidité pour comprendre que, si ingénieux que soient ses ennemis, ils ne lisent pas encore dans son esprit ! cependant, il écrit "je crus dans mon premier transport voir concourir le Ciel même à l'œuvre d'iniquité des hommes" !).

Et enfin, la Providence se présente sous le nom de Brooke Boothby, un jeune poète anglais. Il lui confie son manuscrit.

Celui-ci publiera un avertissement au lecteur qui rendra justice à la situation atroce de Jean-Jacques Rousseau et semble avoir pris très au sérieux sa mission et celle du philosophe français : "Les gens sensibles et vertueux, les habitants du monde idéal, reconnaîtront à l'instant leur compatriote, qui parle si bien la langue du pays ; ils pleureront sur les angoisses d'une grande et belle âme, réduite à l'état affreux d'où elle devait voir toute la terre se liguer contre son repos et son honneur ; et ils commenceront la vengeance qui attend ses lâches persécuteurs dans le mépris et l'exécration de toute la postérité."

Cet Avertissement, je l'avais lu après coup, donc je n'ai mesuré qu'après coup à quel point Jean-Jacques Rousseau n'avait pas été juste en trouvant ce jeune Anglais trop "câjoleur", et en finissant par le soupçonner d'être en réalité acquis à l'autre camp (et aggravant ces soupçons du souvenir que l'Angleterre lui serait entièrement hostile !). Je n'ai par contre pas attendu de découvrir à quel point notre philosophe a été bien peu psychologue en tombant à la renverse, quand j'ai lu qu'affolé par la perspective d'être diffamé après que les Dialogues sont tombés entre les mains de ses ennemis, il a fait rédiger une circulaire intitulée "A tout Français aimant encore la justice et la vérité", titre qui n'a pu qu'indisposer les passants qui ont tous refusé de la lire, Rousseau étant désolé et ravi d'avoir une confirmation si entière de les voir tous reconnaître n'aimer ni la justice ni la vérité !