tamara_drewe1A la campagne britannique, assez loin de Londres pour ne pas en être imprégnée, assez près pour vaquer aux affaires, une jeune journaliste, Tamara Drewe (Gemma Arterton) revient dans sa maison de famille, après le décès de sa mère, pour profiter à la fois du calme de la campagne pour écrire ses articles à loisir et mettre une main à son premier roman.
Son idée n'est pas originale : dans une autre maison du village, un auteur de thrillers à succès, Nicholas (Roger Allam, impayable) a fait de sa vaste, cosy et bucolique demeure un havre pour romanciers confirmés ou débutants. S'y ébat une sorte de cour des miracles assez sympathique, dont un universitaire bloqué, tous aux bons soins de Beth (Tamsin Greig), l'épouse de Nicholas. Celle-ci est à la fois l'intendante, la cuisinière, la nounou et la poire de service, qui ne cesse de pardonner à son époux ses incartades extra-conjugales, et à prêter à leurs hôtes une attention sincère et pertinente.
En lisière de leurs demeures, deux ados exaltées et exaspérées par l'ennui suintant de la campagne, se passionnent pour le "batteur narcissique" (fabuleux Dominic Cooper !) d'un groupe de pop rock... Or, c'est Tamara, surnommée "Plastique" par les deux péronnelles, qui le séduit, à la faveur d'une interview, et l'installe dans le village. Déjà en ligne de mire, avec son nez refait et son splendide physique, Tamara qui était, selon Beth, le "vilain petit canard" du village autrefois, va cristalliser aussi bien l'attention que l'envie et le désir de tous...


tamara_dreweC'est un film, tiré de la BD de Posy Simmonds, qui n'a apparemment aucun double fond : ce serait en apparence un vaudeville un peu tristounet, avec une satire du milieu écrivain, de l'adultère bourgeois et des adolescentes ingrates.
En réalité, en dehors des gags sympathiques, des situations parfois inattendues, j'ai l'impression d'un film qui véhicule une idéologie assez désespérée (désespérante ?). Outre la désormais traditionnelle addiction à l'amour (une femme ne serait rien sans homme, et vice-versa), poison des grands consommateurs de fictions, on y distille qu'une femme n'est rien sans être belle, et que, même belle, elle n'est rien sans amour.

SPOILER : Et la morale qui veut qu'elle retourne à ses premières amours, dans les bras d'un homme-un-vrai, même s'il est clair que ce sera le mariage de la carpe et du lapin, est à la fois confortable (le garçon est fort mignon, après tout, sex toy officiel du village, et ancien propriétaire ruiné des lieux, une sorte de revanche sociale s'accomplit à travers "la main" de l'héroïne) et dérangeante. Mais la pauvre Tamara a l'air de s'en accommoder avec plaisir, et c'est l'essentiel.

Car justement, si Tamara "s'accommode", elle ne propose rien, à l'image de sa voix douce et interrogative, ou criant son désespoir et sa stupéfaction, elle subit ses rencontres, ses propres sentiments dans lesquels elle n'y voit pas clair, et ce sont les hommes qui s'imposent auprès d'elle, tour à tour. Sa grande beauté, qu'elle tente de créer, comme son roman, selon le goût des hommes qui l'intéressent, ne lui a permis que d'avoir justement donné envie aux hommes de s'imposer auprès d'elle. Quel spleen, quand on y pense !
Elle se trouve alors réduite au rôle de trophée : Nicholas, entendant sa femme et sa fille ricaner à la seule idée qu'une belle jeune femme comme Tamara puisse s'intéresser à lui, va aussitôt se précipiter pour lui faire des avances et se prouver qu'il n'est pas un outsider. En revanche, faute de pouvoir mener la danse (contrairement aux deux ados hystériques, mini-deae ex machina du film) Tamara fuit beaucoup, jusqu'au moment où, par une suite d'éléments déclencheurs invraisemblables mais très drôles, les événements rentreront dans un semblant d'ordre, et un ordre qui lui conviendra.

Bande-annonce.