alechinskyPlus que jamais il va s'agir de prendre au sérieux l'avertissement liminaire de ce blog : cette critique se fait sans prétention, car je n'ai presque aucune notion d'art contemporain, à part ce qu'on apprend au Lycée (où l'enseignement artistique est assumé par des profs de lettres ou d'histoire, tout bien intentionnés et avertis qu'ils soient, ce qui permet d'économiser des postes de professeurs d'art) et ce qu'on glane dans les salons. C'est tout dire.

Non, pour tout dire, il faut dire qu'Alechinsky n'est qu'un nom pour moi, que je n'aurais pas su vraiment situer, sinon au hasard à côté de Kandinsky, selon une logique paronymique. C'est dit.

Je poursuis mon préambule sans fin en expliquant ce que je crois avoir compris de ce que j'ai vu.C'est une très belle découverte : d'abord Alechinsky, qui appartient au mouvement CoBrA, réconcilie l'art abstrait et le figuratif :

alechinsky2On voit par exemple ici qu'il y a des prédelles
(sortes de mentions marginales) guidant le regard sur le tableau.

Il peignait également par jets, utilisant la gomme arabique, sur des textes écrits tirés d'archives anciennes écrites à la plume, il s'est essayé à la bande-dessinée. Le thème du voyage est récurrent, il a lui-même beaucoup voyagé, notamment en Extrême-Orient.

alechinsky3          alechinsky4

On a pu également admirer les collaborations avec les poètes (Bonnefoy, Michaux...) car Alechinsky a lui-même fait des œuvres que je considère, moi, comme des calligrammes. Mais il a suscité l'intérêt d'auteurs contemporains, Ionesco et, c'était couru, Michel Butor. Ci-dessous, la rue Mouffetard à Paris (OK, vous ne verrez pas ça au Musée Granet !), où l'on voit une fresque décorant un poème de Bonnefoy :

alechinsky_mouffetard

Il y aurait encore beaucoup à dire, notamment sur ses sculptures, mais je craindrais d'ajouter des bêtises encore plus pathétiques que ce qui précède. Je me contenterai de finir en le citant :

"Un large bol à la main (large pour faciliter au pinceau l'accès à la réserve de couleur), je me penche sur le papier, posé au sol, maintenu par quatre plombs d'imprimerie. Je me vide. Les lignes ont pris les formes d'une gueule ouverte tirant la langue, d'un dos rond, d'une queue battent la fond jaunâtre. Un dragon loin du volcan. L'air circule, passe par les détroits des traits interrompus.
- Si manque l'air, si lignes bloquées, impossible bouger la tête, déclare Ting. Peintre chinois toujours ouvrir la ligne. Respirer. Si lignes pas ouvertes, image mourir."

Pierre Alechinsky, Roue libre, Genève, Skira, 1971, p. 117

 

Exposition temporaire du 5 juin au 3 octobre 2010.

Musée Granet,
Place Saint-Jean-de-Malte,
13100 Aix-en-Provence.
04-42-52-88-32