soleil_scortaSur un thème rebattu, le village du sud de l'Italie patriarcal, mi-païen, mi-chrétien, menée par les questions d'honneur, d'argent, de religion, Laurent Gaudé parvient à bâtir un récit original, fluide, poétique, profond et léger qui nous fait suivre des personnages qu'on se prend à aimer avec lui.

C'est une agréable découverte de cette année 2011, avec laquelle j'ai rendez-vous (pile-à-lire gigantesque oblige) depuis des années... mais une découverte paralysante : sang, soleil et conquête, c'était la palette d'une pièce de théâtre que j'ai sous le coude et que je ne pourrai plus jamais publier sans être suspectée de plagiat. Tant pis, le monde s'en passera !


Luciano Mascalzone ("salaud" : tout un programme) sort de prison en 1875 et revient dans un village, Montepuccio, avec lequel il a un mystérieux contentieux et l'ultime volonté d'en déshonorer une femme, Filomena Biscotti. De cette union tragique, née sur un meurtre et une mort en couche, naîtra une dynastie d'êtres exclus, meurtris, atteints d'une sorte de tropisme les rendant incapables de quitter vraiment Montepuccio, jusqu'à la rédemption. Témoins, victimes, adjuvants ou confidents de ces tentatives et de leur possible rachat, les prêtres du village, du Nord ou du Sud, catéchisant à grand peine un monde qui se tourne à l'unanimité vers le grand culte de l'argent rassembleur, tandis que les Scorta semblent faire le chemin inverse.

Citations :

  • Durant un mois entier, don Giorgio refusa d'assurer les offices. Il n'y eut ni messe, ni communion, ni confession. "Le jour où il y aura des chrétiens dans ce patelin, je ferai mon devoir", disait-il. (p. 35)
  • Les générations se succèdent, donc Salvatore. Et quel sens cela a-t-il au bout du compte ? Est-ce qu'à la fin, nous arriverons à quelque chose ? Regardez ma famille. Les Scorta. Chacun s'est battu à sa manière. Et chacun, à sa manière, a réussi à se surpasser. Pour arriver à quoi ? A moi ? Suis-je vraiment meilleur que ne le furent mes oncles ? Non. Alors à quoi ont servi leurs efforts ? A rien. Don Salvatore. A rien. C'est à pleurer de se dire cela. (p. 242)
  • "Les olives sont éternelles. Une olive ne dure pas. Elle mûrit et se gâte. Mais les olives se succèdent les unes aux autres, de façon infinie et répétitive. Elles sont toutes différentes, mais leur longue chaîne n'a pas de fin. Elles ont la même forme, la même couleur, elles ont été mûries par le même soleil et ont le même goût. Alors oui, les olives sont éternelles. Comme les hommes. Même succession infinie de vie et de mort. La longue chaîne des hommes ne se brise pas. (...)" (p. 244)