lorenzaccioAu XVIème siècle, un tyran florentin, Alexandre de Médicis, a opprimé le peuple pour le compte de Charles Quint et du pape, qui l'appuient. Or il a un cousin, Laurent, surnommé Lorenzaccio, qui rêve d'instaurer la république à Florence. Mais, contrairement aux Strozzi qui sont officiellement en opposition avec le régime et fustigent les exactions d'Alexandre, il va choisir de s'insinuer parmi ses familiers, pour pouvoir, tel Brutus, l'assassiner facilement. Ce choix est difficile à comprendre pour les autres, mais assure la sécurité de ses plans.

Il va perdre une partie de son intégrité, à force de jouer le personnage débauché, corrompu, veule, qu'il doit jouer pour rassurer son cousin et lui plaire à la fois...


Une pièce plus difficile à lire qu'il n'y paraît : le simple fait que l'auteur désigne les mêmes personnages, dans les didascalies et le texte par des substituts lexicaux et linguistiques différents est déjà fatiguant. La multiplicité des notes de l'éditeur (édition scolaire oblige) hache la lecture, l'embrouille entre le détail historique, le détail littéraire... Enfin, on saute d'une scène à l'autre, de quelques répliques de personnages autour d'une problématique, à une autre, de manière souvent elliptique. Le mystère qui, lui, est savoureux, est que Laurent ne se dévoile qu'au fur et à mesure, comme dans un bon polar.

Heureusement, Musset est égal à lui-même. Musset, son romantisme schizophrénique et sa passion de la nuit, est là à chaque ligne, où l'on se fout des anachronismes dénoncés par l'éditeur. C'est une belle œuvre, désabusée qui donne parfois la force de sourire.

 Relecture du 22 octobre 2006.

Citations :

  • Si j'étais un grand artiste, j'aimerais les princes, parce qu'eux seuls peuvent faire entreprendre de grans travaux. (l'Orfèvre)
  • Ah ! Catherine, [Laurent] n'est même plus beau ; comme une fumée malfaisante, la souillure de son coeur lui est montée au visage. Le sourire, ce doux épanouissement qui rend la jeunesse semblable aux fleurs, s'est enfui de ses joues couleur de soufre, pour y laisser grommeler une ironie ignoble et le mépris de tout. (...) Ah ! Cattina, pour dormir tranquille, il faut n'avoir jamais fait certains rêves. Cela est trop cruel d'avoir vécu dans un palais de fées, où murmuraient les cantiques des anges, de s'y être endormie, bercée par son fils, et de se réveiller dans une masure ensanglantée, pleine de débris d'orgie et des restes humains, dans les bras d'un spectre hideux qui vous tue en vous appelant encore du nom de mère. (Marie Soderini, mère de Lorenzo)
  • Qu'importe le propos d'un Julien ? (...) Où en sommes-nous, si l'insolence du premier venu tire du fourreau des épées comme les nôtres ? (Philippe Strozzi)
  • Les hommes ne m’avaient fait ni bien ni mal ; mais j’étais bon, et, pour mon malheur éternel, j’ai voulu être grand. Il faut que je l’avoue : si la Providence m’a poussé à la résolution de tuer un tyran, quel qu’il fût, l’orgueil m’y a poussé aussi. (Laurent / Lorenzo / Lorenzaccio)
  • Si je suis l’ombre de moi-même, veux-tu donc que je m’arrache le seul fil qui rattache aujourd’hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d’autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d’herbe où j’aie pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n’aie plus d’orgueil, parce que je n’ai plus de honte ? et veux-tu que je laisse mourir en silence l’énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s’évanouir, j’épargnerais peut-être ce conducteur de bœufs. Mais j’aime le vin, le jeu et les filles ; comprends-tu cela ? […] (idem)