yessicaStéphanie, étudiante en deuxième année de médecine, apprend que ses parents, qui jusque-là n'avaient aucun problème d'argent, allaient hypothéquer la maison de famille. Elle décide de se prendre en charge en assumant un travail en dehors de ses cours. Elle devient standardiste dans une entreprise de voyance téléphonique, grâce à la recommandation de sa colocataire, Yaëlle. Ce travail tout à fait pittoresque mais typique des métiers de service va, aux dires de tous, beaucoup la changer.


Cette bande-dessinée a été faite d'après une histoire vraie. La vraie étudiante a démissionné au bout de trois mois, complètement écoeurée. Le parti pris n'a pas été une satire de la voyance, ni n'a cherché à éclaircir nettement le statut des employés-médium (charlatans ? véritables devins ?...) ; on y trouve davantage celle des rapports humains, au travail, entre amis, dans le couple. C'est vraiment un fond passionnant, et les anecdotes plus légères ou hautes en couleur sur les clients des voyants divertissent en plus de faire réfléchir.

Ce qui m'a frappée, en second lieu, est de constater que l'héroïne, qui a souvent les mêmes problèmes que ses clients ne va jamais consulter des voyants qu'elle a pourtant à portée de téléphone, et même qu'elle aperçoit incidemment (scène avec l'une d'elle, très étrange). Elle ne cherche en fait pas à être rassurée.

Je serais beaucoup plus sévère avec sa "meilleure amie" et avec son petit ami Jocelyn (dont les rapports sont plus que louches) : tous deux passent leur temps à lui faire la leçon, lui reprochant d'abord d'être une fille à papa, puis d'être devenue plus cynique en travaillant, et, le plus drôle de tout, d'être influençable... chaque fois qu'elle l'est par d'autres qu'eux. Ils gagneront à la fin, puisqu'elle quittera ce métier accaparant pour vendre de la frite dans une enseigne de restauration rapide, ce qui leur permettra de renouveler leurs remarques blessantes. J'ignore si l'auteur était consciente de la complexité de l'aliénation amicale qu'elle décrivait mais bravo !