nuit_oracleUne fois n'est pas coutume, je vais vous proposer à titre d'argument un extrait du résumé Wikipédia, un peu modifié (je l'ai lu il y a 16 jours, et certains détails commencent à s'estomper) ; vous trouverez en caractères italiques ce qui n'est pas de moi :

Sydney Orr, dont la famille est originaire de Pologne, est un jeune écrivain, vivant à New York. Atteint d'une grave maladie qui l'a empêché de travailler, le mettant aux dépens de sa femme pendant un bon moment, il est sorti de l’hôpital depuis trois mois.(...)

Poussé par le désir d'écrire, il s’aventure dans une nouvelle papeterie tenue par un Chinois nommé Chang. Il choisit un carnet bleu « portugais » ; c'est pour lui le support adéquat pour redémarrer sa passion. Le canevas du roman lui a été suggéré par son ami écrivain John Trause : il s'agit de développer l'histoire de Flitcraft (personnage tiré du roman Le Faucon maltais).

Le personnage principal de Sidney est Nick Bowen : ce dernier est éditeur et tout naturellement vit à New York. Sorti pour porter le courrier, il voit une gargouille tomber d’un mur à côté de lui. Celle-ci manque de le tuer. Déjà troublé le matin même par une femme qui n’est pas la sienne, ennuyé par son métier d’éditeur qu’il n’aime plus, il décide alors de recommencer sa vie et prend arbitrairement un avion pour Kansas City en lisant le manuscrit d'un roman : La Nuit de l'oracle écrit par Sylvia Maxwell, la grand-mère de la femme qui a produit une si forte impression sur lui.

Quelques temps plus tard, Sid (l'auteur, pas le personnage !) s’inquiète du comportement de Grace, sa femme. (...)


Voilà un livre à la fois facile à lire et à aimer, et suffisamment complexe pour être gratifiant pour un lecteur. Auster s'essaie à des récits enchâssés à la fois de manière traditionnelle et par un usage assez original des notes de bas de page pour les analepses, si bien qu'on se retrouve parfois à suivre trois récits à la fois ! Ça n'est pas désagréable du tout. Il y a juste un moment, et j'hésite à décider si c'est voulu ou involontaire (après tout, Auster n'est pas n'importe qui), où on a l'impression que l'histoire de Sid et de Nick se télescopent quand John Trause semble aussi bien connu que Nick que de son auteur...

Ce qui est également étonnant, c'est qu'à mesure où le mystère entourant Grace se dissipe, j'ai été amenée à penser "Je le savais, je le savais..." alors que je n'ai pas, j'en suis sûre, eu le moindre soupçon conscient en lisant au début. C'est la sensation exacte qu'on a dans la vie quand un événement imprévisible survient et qu'il ne nous surprend, finalement, pas.

Citation : Les membres de l'équipe des Bleus n'étaient pas conformes à un type unique, chacun était un individu distinct et indépendant. Mais on n'acceptait personne qui n'ait un bons sens de l'humour - quelle que soit la façon dont cet humour s'exprimait. Il y a des gens qui sont tout le temps en train de raconter des blagues ; d'autres à qui il suffit de hausser un sourcil au bon moment et du coup, tout le monde dans la pièce se roule par terre. Un bon sens de l'humour, donc, un goût pour les ironies de l'existence et une capacité d'apprécier l'absurde. Mais aussi une certaine modestie, de la discrétion, de la gentillesse envers les autres, un cœur généreux. Pas de crâneurs ni de sots arrogants, ni menteurs ni voleurs. Un membre de l'équipe des Bleus devait être curieux de tout, grand lecteur, et conscient du fait qu'on ne peut pas plier l'univers à son gré. Un observateur attentif, un type capable de distinctions morales subtiles, un être pétri de justice.