carte-territoire

Relu en février 2019.

Jed est un artiste contemporain dont les oeuvres prennent successivement pour objet les cartes routières Michelin, qu'il photographie, les métiers qui sont des portraits à l'oeuvre de personnes connues ou non, à l'huile, la décomposition des objets créés par l'homme, photos, jouets, etc. Malgré son accès fulgurant et durable à la notoriété et au succès financier, il demeure très seul, avec un lien ténu avec son père ancien architecte et des relations amoureuses bien pâles et inachevées. Il a plusieurs avatars dans le roman, à commencer par un personnage nommé Michel Houellebecq, qui rédige le catalogue de sa première exposition, tisse une amitié avec Frédéric Beigbeder, aide l'inspecteur Jasselin à progresser dans une enquête sur un crime sordide.


C'est un roman plein d'humour et tout en retenue (à l'exception des dernières pages), où l'auteur s'essaie à des jeux de miroir pas toujours (forcément) fidèles, à des projections et rétro-projections, à la mesure de celles que les cartes sont pour le territoire, déclinant à plaisir les métaphores que lui inspire la duplicité du titre. La plus évidente paraît être le rapport du roman et de la vie, avec une exaltation théorique du premier face à la revanche progressive que prend le second, soit dans l'intérêt grandissant pour ce qui est, notamment dans les médias et l'art, l'idée d'authenticité, le body-art, la manie campagnarde, soit, pour ce qui est du roman, dans la part de l'autofiction dans les publications actuelles. Ce n'est pas toujours un grand plaisir à lire, mais c'est un grand roman tout de même, et parfaitement abordable, probablement un des plus abordables que j'aie lus de Houellebecq et sûrement le moins tapageur.

CITATIONS


  • [L]a vie vous offre une chance, parfois, se dit-il, mais lorsqu'on est trop lâche ou trop indécis pour la saisir, la vie reprend ses cartes, il y a un moment pour faire les choses et pour entrer dans un bonheur possible, ce moment dure quelques jours, parfois quelques semaines ou même quelques mois mais il ne se produit qu'une fois et une seule, et si l'on veut y revenir plus tard, c'est tout simplement impossible, il n'y a plus de place pour l'enthousiasme, la croyance et la foi (...).
  • Rien de ce que j'espérais dans ma jeunesse ne s'est produit. Il y a eu des moments intéressants, mais toujours difficiles, toujours arrachés à la limite de mes forces, rien jamais ne m'est apparu comme un don et maintenant, j'en ai juste assez, je voudrais juste que tout se termine sans souffrances excessives, sans maladie invalidante, sans infirmité.