je francois villonBiographie (très) romancée du poète François Villon, né Montcorbier en 1431, à peu près à la mort de Jeanne d'Arc. Adopté par un chanoine au grand coeur mais peu doué pour éduquer, dont il prendra le nom, François traversera la vie en apportant désolation, malheur et deuil aux personnes qui l'aiment, fascinant seulement par sa poésie et son esprit rebelle...


 Les premières pages secouent par leur violence, qui ne va pas decrescendo. Je me suis accrochée à cause de la qualité et de la facilité de l'écriture de Teulé, et son humour noir, auquel je suis sensible.

J'ai failli l'accuser de complaisance pour le morbide et la violence, car, après tout, rien ne prouve, dans une vie si pleine de mystère et de lacunes pour les historiens, que les événements les plus choquants aient eu lieu, avant de comprendre qu'il s'agissait d'une thèse. Les poèmes qui parsèment le roman, en ancien français ou en translation, exsudent un fatalisme primesautier et une désillusion amère et dénuée, justement, de complaisance, qu'il fallait bien expliquer et illustrer. Avoir trahi, été trahi, avoir tué, blessé, violé, l'avoir été, aussi, avoir gagné et perdu les biens matériels et spirituels les plus précieux du monde, et être doté en même temps de l'intelligence pour percevoir la portée de chaque acte et parole, pouvait aboutir à de tels poèmes.

D'autre part, ce roman rappelle la violence d'un Moyen-Age, - la violence d'un christianisme triomphant au-dessus des lois -, qu'on présente vraiment d'une manière trop compassée aujourd'hui, je trouve. Rappel que chaque quartier possédait son gibet, de châtiments publics mille fois plus horribles que n'importe quel jeu vidéo interdit aux moins de 18 ans administrés après un simulacre de procès (ou non), et auquel les enfants pouvaient assister.

Je recommande cette lecture, mais pas à des personnes trop jeunes ou ayant eu des deuils récents : l'humour noir n'est pas pour ces dernières.

Citations :

  • Son pauvre corps, bouté par l'évêque, tourne et moi, je crois le voir vivre. A l'écoute du grincement de la corde qui s'enroule et se déroule au nœud coulant de sa gorge, il me semble entendre sa voix. Dans le miroitement des larmes maternelles qui pleuvent sur mes bandelettes, je découvre que, posées sur son crâne, deux corneilles lui secouent les yeux de leur bec avide. Selon qu'elles picorent de concert à droite des paupières, à gauche, puis ensemble vers le nez, on dirait que mon père roule des pupilles, qu’il cherche quelqu'un sur le parvis, à droit, à gauche, puis louche sur moi. Il me tire une langue bleue. Ma mère plaque une main sur mes yeux !
  • - Tu as bouffé ma mère en pâté...
    - Arrête de répéter ça, François. Tu te fais du mal.
    - Mais comment faisiez-vous ?
    - Un peu de veau, un peu de porc, un peu de ta mère... Des clous de girofle, un rameau de romarin, quelques graines de paradis, du laurier, des oignons et du vin de Bagneux où on trempait les viandes douze heures en marinade...
  • - Pourquoi m'appelez-vous larron ? Pour quelques pauvres, vols, pour quelques pauvres crimes ?... Si, comme vous, j'avais eu une armée pour massacrer des peuples, pour piller des richesses étrangères, vous m'appelleriez sire !