Wadjda (Waad Mohammed) est une adolescente toute en longueur, déjà frondeuse, peu soucieuse d'anticiper le statut de femme à part entière, d'autant qu'il semble déjà source importante d'interdits.

Wadjda_afficheEn effet, Wadjda aimerait bien faire du vélo, pour rivaliser avec son ami Abdallah, mais sa mère (Reem Abdullah, de toute beauté) s'y oppose, estimant que ce n'est pas une activité décente pour une fille. Sa mère a beaucoup de soucis : un chauffeur pakistanais insolent et irrégulier (les Saoudiennes n'ont pas le droit de conduire elles-mêmes) qui rend l'exercice de son métier difficile, un mari (Sultan Al Assaf) qui se raréfie à la maison et qui prépare son deuxième mariage, de manière à avoir d'autres enfants... Car Wadjda n'est qu'une fille : on ne les mentionne pas dans un arbre généalogique.


Quel beau film ! aussi incroyable que ça m'ait paru sur le coup, j'ai dû me rendre à l'évidence : ce film d'une femme est bien le premier long métrage saoudien, et il est très profond. Le travail fait avec les acteurs est remarquable et il met en évidence un peuple d'hommes et de femmes complètement piégé par une tradition qui ne leur ressemble déjà plus : le père qui va épouser une autre femme, fertile, alors qu'il aime toujours celle qui ne peut plus lui donner d'enfant, la directrice qui joue les mères La Pudeur avec ses élèves alors qu'elle sait s'accorder des libertés, Abdallah qui doit attendre pour faire du vélo avec son amie, sous prétexte qu'elle est une fille...

La personne qui m'accompagnait a vécu en Arabie Saoudite et me disait que les pères sont très tendres avec leurs filles et les gâtent beaucoup : ils sont en porte-à-faux avec la Charia en application, qui leur est imposée d'en haut.

La jeune Wadjda pique par sa désinvolture, son insolence naturelle, mais elle est une jeune adolescente saoudienne comme il y en a des milliers et qui profite des dernières bouffées d'enfance, avant qu'on les oblige à porter l'abaya.

 Bande-annonce du film.