noeud_vip_resRelecture.

Louis est un vieillard malade, enrageant de sa fin prochaine parce qu'elle ne lui permettra pas de voir ses enfants se déchirant pour son héritage d'avocat doué et d'homme d'affaires au flair incroyable. Il écrit dans un cahier une confidence devant être posthume à sa future veuve, Isa, née de Fondaudège, dont il s'est affectivement éloigné depuis de nombreuses années pour l'accuser d'être à l'origine de sa haine pour elle et pour leurs enfants. Lui était libre penseur et, par amour, s'était rapproché d'une certaine spiritualité : la vue des catholiques au quotidien (qu'il a "pris pour des chrétiens exemplaires", comme le dira sa petite-fille Janine) le détourne de cette possible ouverture. Il rappelle son amour pour les jeunes défunts Marie et Luc, respectivement sa fille et son neveu, eux-mêmes très croyants et empreints de spiritualité, et une confidence malheureuse d'Isa au début de leur mariage, qui l'a à jamais durci contre elle.

Découvrant un complot de ses enfants contre lui, il ourdit une vengeance visant à les dépouiller complètement, "qu'ils n'aient même pas de quoi [lui] payer un enterrement". Or l'ironie du sort, c'est qu'Isa meurt sur les entrefaites. Le journal rempli d'imprécations et de confidences perd alors sa destinataire... Que faire d'une vie qui ne tenait plus qu'à cet espoir-là, une ultime discussion, posthume ou non ?


Ce roman composé d'un journal intime-lettre et d'une lettre de son fils commentant ce journal après la mort de Louis, et d'une lettre de sa petite-fille Janine, réclamant le droit de lire ce document, est d'une richesse psychologique incroyable. Louis, affinant au fil des pages les raisons de ses sentiments et de ses réactions, nous donne à voir une radiographie passionnante d'un coeur humain confit dans la haine, faute d'avoir eu accès à l'amour... Pourtant, la haine n'est pas totale ; c'est que l'amour, le vrai, n'a pas toujours été absent : une mère dévouée, une jeune épouse, une petite fille aimante, un neveu désintéressé... Mauriac n'oublie jamais que certains êtres éclairent la vie des autres, les empêchant de plaider l'ignorance de la bonté. Pour lui, écrivain catholique assumé et même revendiqué, cette lumière n'est autre que celle du Christ, la seule capable de sauver et de renouveler une existence.

Il y a des retournements, dans ce roman au rythme lent et contemplatif, dignes d'un thriller et cette relecture a été un enchantement. J'avais oublié l'efficacité d'un style peu soucieux de "belles phrases" et qui est pourtant beau, net.