Grand_Duduche1Au rayon livres d'un grand magasin, une voix tonitruante, vaguement féminine, nettement vulgaire, dérange mes sombres pensées, sans les estomper :

- Oh, p*, m*, ch*, j'en ai marre, vous faites ch*... Elle, ça va, mais toi ? Tu veux aussi un livre de gonzesse ?...
- C'est pas un livre de..., tente un petit bout de zan d'environ huit ans.
- Eh si, y'a du rose, des paillettes...
- Mais il y en a ailleurs...


Je croise le regard de l'enfant, je lui souris. Il ne me rend pas mon sourire ; j'ai eu tort, il a dû le prendre pour de la condescendance, de la pitié, c'est plutôt de l'approbation, de la complicité. Tant pis.


- Et ça ? Dix euro, p*, vous croyez que je suis la banque de France ?


Je m'approche et je manipule ostensiblement des livres qui pourraient tout à fait convenir au petit, sans perturber sa vision de ce qu'elle croit être un livre de garçon, histoire de ménager à tous les deux une porte de sortie, et à moi, un peu de paix. Peine perdue, elle reste sur les carnets à cadenas qui avaient tenté aussi son fils.


- Et ça, c'est pas pour les filles ? Tu veux écrire, comme une fille ?
Elle interpelle le co-géniteur :
- Eh, tu as vu, il veut un carnet à secrets, pour écrire comme les filles !
- C'est bon, laisse tomber, murmure l'enfant, découragé.


Il s'éloigne des livres. Je m'éloigne aussi. Je veux que les paroles tonnantes et bêtes qui s'échappent de la bouche du père ne puissent pas m'atteindre. Je ne veux pas être en mesure d'évaluer les dégâts qui sont en train de se faire chez ce petit garçon... qui avait juste envie de lire et d'écrire ce qu'il veut.

Voir juste cette semaine un petit duduche abîmé par les beaufs.

Salut, Cabu.