idyllesἌρχετε βουκολικᾶς, Μοῖσαι φίλαι, ἄρχετ᾽ ἀοιδᾶς.
(Entonnez, Muses bien-aimées, entonnez un chant bucolique !)

Cette lecture suit de beaucoup trop loin ma première et juvénile lecture des Bucoliques de Virgile, car je me suis toujours contentée des extraits mis en regard des textes de ce dernier. Et c'est bien fait pour moi : du premier coup d'oeil, la parenté m'a paru évidente et, bien entendu, incontournable : Thyrsis, d'accord... mais aussi la mort de Daphnis, chantée par Thyrsis...

Evocation du père de la poésie bucolique (Daphnis), magie amoureuse de Kimaitha, délaissée par le beau Delphis, un chevrier qui se meurt d'amour pour Amaryllis, une nymphe indifférente, concours de chants entre Comatas et Lacon, et bien d'autres, on se repose dans des lieux enchanteurs et boit des nectars dignes des héros... Que de soupirs d'amoureux délaissés ou dont la flamme n'est pas récompensée ! et pourtant, je m'y suis laissée prendre. Mais des rires m'ont échappé bien souvent, et la 15ème idylle, celle des papotages des Syracusaines était un grand moment cocasse, où l'on se dit que bien des sujets n'ont guère changé. La 20ème idylle où un jeune pasteur éconduit se décrit est une magnifique évocation (bucolique) de la beauté masculine.

Citations :

  • Je connais l'amour maintenant : dieu impitoyable, il a sucé le lait d'une lionne, et sa mère l'a nourri dans les forêts ; il embrase mon sang, il consume mes os.
  • Mais tu te reposeras ici sur des toisons d'agneaux, sur un duvet plus doux que le sommeil. Ces peaux de boucs sentent encore plus mauvais que toi. Demain j'offrirai aux Nymphes une grande coupe remplie d'un lait délicieux et une autre de la liqueur de l'olive.
  • Je la vois, elle court, elle folâtre : telle vole au gré des vents l'aigrette d'acanthe, quand les feux du soleil ont brûlé sa prison desséchée.
    Celte Nymphe capricieuse, tu l'adores, elle t'évite ; tu la dédaignes, elle te poursuit : la coquette met tout en oeuvre pour te séduire.
    L'amour, ô Polyphème ! l'amour embellit tout et même la laideur.
  • MILON.  Et quelle est la beauté qui cause ton tourment ?
    BATTUS.  La fille de Polybotas, qui l'autre jour chez Hippocoon faisait danser les moissonneurs aux sons mélodieux de sa flûte.
    MILON.  Le ciel sait donc punir ? Tu as enfin trouvé ce que tu cherchais depuis longtemps ! Cette cigale devineresse va donc habiter avec toi, et partager ta couche conjugale.
  • Déjà le vin nous échauffait, quand l'habitant de Larisse, dans sa gaieté trop vive, entonna, sur un air thessalien, la chanson de mon loup. Tout à coup Cynisca pleura comme le jeune enfant qui désire sa mère. Ami, tu me connais, je suis bouillant, prompt, et sur-le-champ je lui appliquai sur la joue un violent soufflet qu'un second accompagna soudain ; mais relevant sa robe, elle se sauve bien vite : "Auteur de tous mes maux, lui criai-je, je ne te plais donc pas ! Un autre est plus heureux ! Va donc serrer dans tes bras celui pour qui tes joues sont sillonnées de larmes."  Telle que l'hirondelle qui apporte de la nourriture à ses petits et s'envole ensuite du nid pour en apporter une nouvelle, telle, et plus rapide encore, Cynisca s'élance de son siège, franchit les deux portes et se met à courir. Le taureau, comme on dit, est lâché dans la forêt.
    Voilà deux mois que je ne l'ai vue, et depuis, ma barbe croît comme celle d'un Thrace.