masque-troieDepuis Umberto Eco, les universitaires n'ont plus eu peur d'investir la fiction littéraire, y compris dans desdits sous-genres comme le roman policier. Mais entre Le Nom de la Rose et certains polars antiques ou médiévaux qui font florès depuis, il y a tout un monde d'érudition, de talent littéraire et de canular ironique qui est trop personnel à Eco pour se retrouver ailleurs. Certains tirent très bien leur épingle du jeu (je pense à Steven Saylor), mais si j'en crois mon ennui profond, qui a duré des mois, Le Masque de Troie n'était pas de cette veine.

Ce que je lui reproche ? Un style plat, maladroit. L'auteur a dû retenir de ses années-collège que les dialogues "font vivant", alors il en use et abuse. Sauf que le résultat, dans la mesure où aucun personnage n'est caractérisé stylistiquement, qu'ils parlent tous de la même manière (à l'exception de Costas, qui doit faire des répliques d'une demi-ligne... ben oui, un Grec ! comme s'ils avaient inventé la rhétorique, ceux-là !), est atrocement monotone. C'est aggravé encore par la répétition de récits déjà faits quelques pages auparavant ! on se croirait dans une telenovella. Car c'est bien du côté d'une mise en images que lorgne l'auteur : tout est fait pour une adaptation filmique. Sauf qu'il oublie que les récits en voix-off sont doublés d'images, ce qui "réveille" le spectateur : quelles images peuvent doubler les discours interminables de ses personnages qui parlent plus qu'ils ne vivent ? Pourtant, tout était prévu pour nous donner l'impression que le récit joue dans la cour des grands : trois époques ; la Grèce de l'archéologue auto-proclamé Schliemann, au XIXème siècle, la Pologne terrain d'expérience nazie de la Deuxième guerre mondiale et notre époque contemporaine où de valeureux archéologues à la fois dotés d'intuitions géniales, aux coeurs blessés et sportifs de type commando vont résoudre tous les mystères entourant la guerre de Troie. Absolument tous leurs gestes, toutes leurs réactions, leur façon expéditive de tuer facilement l'étranger, les images récurrentes sources d'accès de sensiblerie, sont des clichés, et plus restreint encore, des clichés de cinéma nord-américain.

C'est à la promesse archéologique que je dois de l'avoir lu jusqu'au bout : je voulais profiter des travaux de Gibbins et voir ce qu'il pouvait en tirer sur le plan de la fiction. Hélas, il a vraiment distillé peu de choses stimulantes. J'ai finalement plus aimé le chapitre final où, pour le béotien, il sépare la vérité de la fiction, car il ne voudrait quand même pas avoir l'air de cautionner qu'Homère soit contemporain de la guerre de Troie, pourtant nécessaire au récit entrepris ! Il a quand même oublié de préciser qu'un de ses personnages ne pouvait pas descendre d'Hector, mais il y a suffisamment de tragédies écrites sur ce thème pour qu'on ne risque pas d'être abusé.

J'ai aussi pensé à J. qui me réclamait une bibliographie sur les techniques qui séparaient l'âge de bronze de l'âge du fer... Eh bien, il en est un peu question ici... Amusante coïncidence !


L'histoire ? Oh, quelle barbe. Vous y tenez ? Je vais aller vite, car prendre congé du livre est ce qui me paraît le plus urgent, à l'heure de la sieste.

Des intérêts différents s'affrontent autour d'une découverte archéologique : un méchant probablement musulman et nettement Français (pouah), un néo-nazi crapoteux, exalté et attiré par l'ésotérisme aussi bien que par les très jeunes filles, et bien sûr, l'équipe d'honnêtes, forts en thème et en gym, archéologues américains, flanquée d'un pote grec amateur d'action, canin comme une mascotte. Ils vont découvrir le secret du masque d'Agamemnon, la vraie raison de la prise de Troie, et imaginer que Schliemann a essayé de "sauver le monde" (tandis qu'Agamemnon ou les nazis "déchaînent l'enfer" ou "déclenchent Harmaggeddon" textuellement et toujours) en convoquant sur le site trois hommes politiques de son temps pour leur faire la leçon (et là, mes lèvres ont laissé échapper un pchhhhffffffffffff que je crois très éloquent, puisque je le reproduis ici).

Allez, quand même un petit plaisir dans le récit ? Oui, j'ai été captivée par le récit des plongées. Et c'est sans doute là que l'auteur a donné de lui-même avec le plus de sincérité et d'authenticité, lui qui est allé sur les lieux dont il parle et qui fait des fouilles sous-marines.