mommyC'est un film que je ne suis pas allée voir lors de sa sortie, alors que sa bande-annonce nous avait beaucoup troublés, au point peut-être où l'on peut trivialement dire que nous nous sommes "dégonflés". J'ai profité d'une rétrospective du cinéma de Xavier Dolan, j'ai vu que le film commençait vingt minutes plus tard, que l'occasion était à saisir une ultime fois...

Steve (Antoine-Olivier Pilon) est un adolescent souffrant d'un trouble du comportement (déficit d'attention, opposant-provocant et trouble de l'attachement) qu'on avait diagnostiqué à tort comme hyperactif jusqu'à la mort de son père. Sa mère, Diana dite "Die", jouée par Anne Dorval, l'avait alors placé dans une institution spécialisée, dont trois ans après, il incendie la cafétéria et brûle gravement un pensionnaire, Kévin. Ils doivent alors vivre ensemble. Malheureusement, Diane perd son emploi, doit vivre de petits boulots, de ménages. Une grave altercation se déclenche avec son fils quand elle l'accuse de vol (il avait voulu lui faire des cadeaux et des courses), et on prend conscience que ce gamin blond à la face d'ange pourrait la tuer dans un accès de rage. Quand elle se débarricade, elle découvre qu'une voisine, Kyla (Suzanne Clément), est intervenue. Kyla est un professeur qui prend une "année sabbatique" et qui ne parvient plus à parler correctement quand on la regarde, à la suite d'un traumatisme qu'on devine mais dont on ignorera l'origine exacte. Elle se montre gentille et accepte de donner des cours à Steve qui ne peut pas être scolarisé normalement, malgré son intelligence.

Rien ne va être simple, évidemment, malgré l'amour infini et parfois désordonné que Steve voue à sa mère, et un peu à Kyla, mais ce qui va définitivement faire craquer l'ensemble, c'est la lettre de poursuite pénale réclamant à la mère de Steve 275.000 dollars d'indemnités pour les frais médicaux de Kévin.


Le film est très éprouvant. J'ai vu que la plupart des critiques s'esbaudissent sur le format carré du film, auquel ils attribuent d'innombrables vertus stylistiques... Moi, je n'y ai pas prêté attention sur le coup. J'ai plutôt remarqué le goût marqué du réalisateur pour les passages de type clip-vidéo (séances de patinage, de ménage, de cours...) pour les narrations sans intérêt dramatique, que j'avais déjà noté dans "Laurence Anyway". Mais certains plans, surtout vers la fin, sont tellement fixes et longs que je me suis surprise à décrocher !

Ce qui ne me convainc guère, c'est la prétention à la science-fiction (oh, juste 2015 pour 2014) sociale : en 2015, le scénario imagine que les parents d'un enfant présentant des troubles du comportement pourront faire le choix de le confier à un hôpital psychiatrique. N'est-ce pas un peu ce qui était fait au début du film, médicaments en moins, peut-être ? "Evacuer le problème" en l'institutionnalisant ?

Ce qui trouble, c'est qu'on comprend ce sociopathe. On n'irait pas jusqu'à tout casser ni se montrer aussi agressif, mais dans les situations où il est, on comprend qu'il subit aussi de grandes violences, qu'il ne peut pas encaisser comme nous les encaissons : en hurlant tout seul (comme sa mère), en envoyant des piques, en pensant à autre chose. Il aime aimer, son père lui manque, sa mère lui a manqué, il voudrait tant être une aide pour elle, il aime la chanson, son long-board... Antoine-Olivier Pilon prête son visage d'enfant poussé en graine posé sur un corps de jeune homme à un écran qui en crève : on est de son côté, même si, comme moi, on déteste les "sales gosses". Il n'en est pas un. Et l'histoire est à mes yeux celle d'une trahison, même si on comprend la peur de Die.

Le choix de laisser le secret de Kyla presque entier est bon, même si on en trépignerait de frustration. Je trouve Suzanne Clément, déjà extraordinaire dans "Laurence Anyway", tout à fait remarquable : son jeu de femme devenue incapable de s'exprimer vocalement et presque physiquement est nouveau pour moi, et je la trouve incroyablement aux antipodes de Frédérique l'extravertie. Il y a une séquence où, tournant le dos à Steve, le croyant derrière elle, elle se met à parler fluidement : on cherche la clé du mystère.

J'avais un peu regimbé en voyant que le film était sous-titré (le français du Québec est du français, tout de même !), puis j'ai béni l'initiative : il y a des moments où je ne comprenais absolument rien, notamment ceux où Die parlait en joual, très vite, avalant ses mots  !

Emission française où Xavier Dolan et Anne Dorval sont présents pour parler du film.