moiclaudeJe pensais qu'il s'agissait d'une lecture nouvelle... en réalité, dès les premières pages, j'ai reconnu que j'avais lu il y a très, très longtemps cette fausse autobiographie.

Claude raconte, parfois à la manière de Suétone, l'histoire de sa famille avant sa naissance puis arrive à son propre cas, s'effaçant devant pratiquement tous les membres de sa famille, puisqu'il fut d'ailleurs, effectivement, un personnage de second plan.

Auguste, assisté de sa femme Livie, assoit un règne autoritaire, dans une République qui ne l'est plus que de nom : les Romains, soulagés de cette autocratie qui met fin aux guerres civiles qui ensanglantèrent Rome au Ier siècle avant J.-C., aiment cet empereur qui gouverne solidement, sans se douter du bain de sang des coulisses. Livie élimine tous les héritiers d'Auguste de ses précédents mariages pour mieux placer sa propre descendance, et va jusqu'à faire assassiner parmi les siens ceux qui ne serviraient pas ses desseins : poison, condamnations sur dénonciations calomnieuses, "accidents", cette lecture est un vrai plongeon dans le sang... et accessoirement le stupre. A ce stade-là, le peuple romain lui-même voit de quel bois sont faits ses dirigeants.


On éprouve beaucoup de sympathie pour Claude, d'autant que l'autobiographie s'arrête au moment où son règne commence ; on sait qu'il fut malheureusement un empereur fort cruel lui-même. Mais Robert GRAVES met l'accent sur son érudition, sur son goût pour la République, sa souffrance d'avoir été méprisé par sa famille (qui, comme beaucoup de gens, prennent les "tares" physiques pour des "tares" intellectuelles), par sa propre mère, sa douce résignation devant des épouses qui le repoussent, son assistance aux personnages positifs (Germanicus, Postumus, etc.)...

Je me demande si Albert Camus, pour sa tragédie Caligula, ne s'est pas plus inspiré de ce roman que de Suétone. A propos de Suétone, le début et la fin du roman me semblent un peu calqués sur ses Vies, mais il y a un souffle propre dans ce roman, évidemment.

Comme Souram, j'ai un peu tiqué sur les noms de pays contemporains, sur les "Français de Provence", au lieu des "Gaulois de la Narbonnaise", voire même sur le papier froissé dans les corbeille, au lieu du papyrus, mais ce n'est rien dans le cadre d'une reconstitution par ailleurs crédible.

Citations :

  • Le nom de "Livie" se rattache au mot latin qui signifie "malfaisance". Ma grand-mère était une comédienne achevée : la pureté extérieure de sa conduite, la finesse de son esprit et la grâce de ses manière trompaient presque tout le monde. Mais personne ne l'aimait vraiment : la malfaisance commande le respect, non l'affection.