un nempeche pasAruna Lipschitz est docteur ès lettres, philosophe, psychanalyste, a exploré une dimension spirituelle extrême, puisqu'elle a voulu devenir swami (prêtresse en Inde) alors même qu'elle était en couple. Ce dernier a, bien entendu, volé en éclats. Ce deuxième tome, sous-titré La Voie de l'amoureux (je n'ai pas lu le premier, Dis-moi si je m'approche) raconte ce que lui a apporté ce cheminement spirituel, au niveau de son analyse personnelle, comment il a pacifié son rapport avec ses parents, avec l'amour humain, comment il lui a appris qu'on pouvait parfaitement concilier une quête d'amour absolu, du sacré et être amoureux de quelqu'un. Mais c'est en acceptant d'apprendre, de changer, de compléter, de toujours remettre en question les bagages, même les plus saints, qu'elle y est parvenue.


J'ai acheté ce livre par erreur, croyant en acheter un autre. Sur le point de le mettre dans un coin, en attendant d'avoir épuisé ma pàl (dans cinq ans, donc!), je m'y suis mise malgré tout.

Agacée parfois par le flou artistique du style quand elle évoque l'indicible ou veut rester discrète, et tout à fait rétive aux raisonnements psychanalytiques quand ils jouent sur les mots (la francophonie se veut universelle, mais elle ne l'est pas), je me suis quand même laissé impressionner par certaines de ses découvertes, celles qui la concernent comme celles qui nous concernent consément tous. Il a quand même fallu arriver vers les 140 premières pages pour que j'aie l'impression de découvrir un monde qui pouvait nourrir le mien. On est frappé de l'humanité, de la simplicité, des erreurs incessantes reconnues par l'auteur : elle ne se pose pas en gourou, ce qu'elle a pourtant été au sens propre, dans son ashram de yoga védantique. Récit d'un parcours à la fois proche et hors du commun, il ne peut pas toucher quelqu'un qui serait empreint de philosophie matérialiste (ou tout simplement acquis à l'idée que le monde n'est que hasard). Il y a des trucs assez énormes où l'on a envie, soit de penser qu'ils sont faux, soit qu'elle les surinterprète. Sur le message global de cette tranche de vie, les chrétiens hausseront les épaules en disant que ce qu'elle a mis des mois à comprendre, elle l'aurait trouvé dans les évangiles : "Celui qui dit qu'il aime Dieu, et qui n'aime pas ses frères, est un menteur." (1 Jean 4). Mais j'imagine aussi qu'il y a un monde entre ce qu'on sait, ce qu'on veut et la prise de conscience qui rend capable de faire.

Citations :

  • Le désir qui fait danser les sens autant que les coeurs s'éteint devant les silences pleins de ressentiments. Cela, notre hôtesse ne pouvait le deviner, encore moins se représenter (...) l'épreuve que constituait cette semaine auprès d'un homme enfermé sur lui-même, que j'aimais probablement encore.
  • Ti voglio bene. Vouloir du bien à l'autre ne consiste-t-il pas à prendre soin de sa solitude ontologique, tout en se gardant de l'illusion de la combler ?
  • "(...) C'est dans notre vie, au contact des autres, que notre spiritualité se vérifie, pas dans les théories ou les extases mystiques."
  • "Etre fraternel, c'est reconnaître que tout est lié. Il n'y a que des liens. (...) Etre fraternel, c'est respecter la différence."
  • Une petite histoire du Talmud que mon père racontait souvent me passa par la tête : pourquoi les hommes sont-ils si différents ? demandait à son rébbé, son maître, un hassid, un disciple éploré de confusion. - Parce qu'ils ressemblent tous à Dieu.
  • Vivre en communauté permet aux égoïsmes de se frotter les uns aux autres, disait-il. Cela me rappelait les formules à l'emporte-pièce du swami : celui qui vit seul n'est jamais ni menteur, ni voleur... La vie collective (...) nous met face à nos limites fraternelles.
  • Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous forme de destin. (Jung)
  • L'univers est un réseau de cordes, affirment aujourd'hui certains astro-physiciens, leur rappelai-je. Pas une de nos pensées, pas un de nos sentiments ou gestes qui n'influe sur l'ensemble. Nos interprétations des signes participent forcément aux miracles. L'observateur modifie l'objet de son observation, affirme la physique quantique. Je citais pour les convaincre les livres de Rupert Sheldrake sur les champs morphiques, plus accessibles. Ils pouvaient y trouver des confirmations des lois spirituelles d'affinité, d'écho ou de choc en retour. Sous le double éclairage de la science tout court et de la science initiatique, on peut envisager que les miracles ne sont rien d'autre qu'un moment de parfaite collusion entre intentionnalité, pensée, imagination et lois cosmiques, leur dis-je en conclusion, les engageant une fois de plus à approfondir les lois de l'échange, à rester attentifs aux liens entre science et spiritualité.
  • Accueillir avec un sourire tranquille les passifs-agressifs taiseux qui croisent aujourd'hui ma route, et parler aux doux-tyrans de la pluie et du beau temps.