Les-silencieuses

raccahNicolas Raccah est seul sur scène, sur un tabouret. Il nous raconte comment, en 2012, il a promené, souvent dans des appartements, son spectacle "Le Petit Traité du Plaisir qui met Oubli à la mort". Il s'agissait d'une compilation de poèmes érotiques de la Renaissance et, sans penser à mal, il a pris ce qu'il trouvait : des poèmes d'hommes. Or, à une question qui lui était souvent posée par une femme ("Il n'y a pas de textes de femmes ?") à la fin du spectacle, il se voyait obligé de répondre, un peu contrit mais en toute bonne conscience qu'il n'y en avait effectivement pas, pas à cette époque, pas jusqu'au XXème siècle. Quelques récits coquins de Marguerite de Navarre, mais d'érotisme, point. Il faut croire que ces dames n'éprouvaient pas le besoin d'exprimer ce qu'elles faisaient, bien, si l'on en croit les poèmes de leurs partenaires...

Mais, piqué, l'acteur n'en est pas resté aux anthologies, il a essayé de voir si, vraiment, la moitié de l'Occident, sa part féminine, n'a pas exprimé, au moins une fois, dans un poème brûlant, l'exultation de son corps. Or, dans cette recherche, il est tombé sur des écrits didactiques des hommes, mettant en garde les hommes, les femmes contre elles-mêmes, des textes brimant, insultant, calmoniant, nature et corps des femmes. Soudain, à la prise de conscience intellectuelle, faite depuis longtemps chez tous les hommes qui ont trois sous d'idéal et de sens de la justice, il ajouta une prise de conscience charnelle (nous sommes les héritiers cellulaires de nos pères ET de nos mères) de ce qu'a pu être la vie de toutes ces femmes étouffées, calomniées, grondées, utilisées...


IMG_20170318_134006On m'avait chaleureusement recommandé Nicolas Raccah... heureusement, et merci, C. ! J'y ai traîné un jeune homme qui m'est cher, et il m'en remercie encore... Bref, il faut absolument voir ou lire le texte de Nicolas Raccah et de Frédérique Aït-Touati. Nous avons rencontré une belle personne qui a su nous restituer les vies, décoder derrière les mots timides, métaphoriques des plus hardies, des vies ardentes, décidées, brimées et promises à l'effacement, et nous montrer les victoires de celles qui ont commencé à écrire leur désir et le corps convoité de l'homme, ou de la femme.

Encore une voix d'homme pour dire ce qui devrait être dit (enfin) par une femme ? Sa co-autrice (oui, le mot "autrice" est attesté dans la langue française, et depuis longtemps) propose alors une toute autre approche : c'est son propre vécu d'homme désireux de découvrir de l'intérieur, sincèrement, pour le plaisir, pour le partage, qu'ils vont raconter, ainsi que ce qu'il a tiré de cette (en)quête.
Les trois-quart des yeux dans lesquels j'ai plongé, lors de l'apéritif-dînatoire qui suivait, étaient roses ou rouges, hommes et femmes confondus. Touchés par l'allergie aux pollens, bien sûr. Ce fut une remontée temporelle extraordinaire, qui illustre le caractère magique de la poésie.

J'ai immédiatement acquis le texte.

Texte et jeu : Nicolas Raccah
Conception et mise en scène : Frédérique Aït-Touati
Collaboration artistique : Elsa Blin
Plaquette de présentation.