ON+THE+MILKY+ROADKosta (Emir Kusturica, pardon pour la graphie adaptée) est laitier, tendre, sauvage et loufoque. Un massacre familial dû à la guerre l'a passablement dérangé. Il fait la navette entre les fermes et sa laiterie, juché sur un âne, abrité par deux parapluies, filant entre les balles du conflit de la guerre de Yougoslavie. Une guerre symbolique, un peu onirique où toutes se retrouvent.

Mais la fille de la gardienne de gare désaffectée, reconvertie en fermière, Milena (Natasa Ninkovic), ancienne championne de GRS, charmante, folle à lier, gaie et sensuelle, a des vues sur lui. En même temps qu'elle organise le mariage de son frère, Zaga, sniper de légende, avec une réfugiée italo-serbe (Monica Bellucci), Nevesta, elle combine unilatéralement son mariage avec Kosta. Malheureusement, ce dernier s'est épris presque au premier regard de la belle Nevesta...


"... Et moi qui croyais qu'il n'y avait de baroque que dans les films sud-américains !...
- Oui, c'est toujours déjanté, Kusturica ! Tu n'en avais jamais vu ?
- Si, un docu sur Maradonna.
- Ah, mais un docu, c'est autre chose... Le Temps des gitans !...
- ... Arizona Dream !.."

Eh bien, pour moi, c'est nouveau, tout ce baroque, cette fantaisie, ce film qui joue sur plusieurs genres et registres ! En tout cas, en film européen. Un conte, tout d'abord, avec les bonnes actions à l'égard des animaux, un faucon, un serpent abreuvé de lait à chaque passage et qui devient fort et puissant, etc. Une satire politique avec l'horloge austro-hongroise, complètement folle et meurtrière avec les Serbes, les traîtrises militaires (aspect qui, selon Kusturica, lui a valu d'être boudé aux festivals). Un film onirique, rempli de symboles, avec une poule narcissique, névrotique, des oies blanches se roulant dans le sang puis couvertes de mouches, une duplication de mythes comme Orphée (Kosta est musicien) ou Loth (une chance d'échapper à la mort est donnée, mais...) Un film d'amour parfois comique, même le tragique est désublimé par l'absurde, l'histoire d'une résilience et d'une réparation des souffrances du passé par la sensation que l'autre nous rend à nous-même...

De nombreux passages m'ont fait beaucoup rire, d'autres atterrée par la dénonciation et la cruauté qu'elles contiennent. C'est un film magnifique que je recommande, même si, à un moment donné, je me suis interrogée sur le sens de la cavale interminable des amants. On l'intègre mieux une fois le film achevé.

Bande-annonce.