bonnesJ'avais connu Jean Genet grâce à la mise en scène, au théâtre de La Criée, des Paravents, par Marcel Maréchal, et compris sa sulfureuse portée. Plus tard, j'ai connu sa biographie étonnante ; mais Les Bonnes, ce célèbre drame du XXème siècle, m'avait paru trop artificiel.

Fondée sur un fait divers (les soeurs Papin assassinant sauvagement leur maîtresse) et une chanson de Cocteau, Jean Genet a imaginé un jeu entre deux bonnes, Claire et Solange. Une sorte de jeu de rôle où l'un d'elle joue leur maîtresse et l'autre se soumet à elle, mais tente aussi de l'assassiner. Est-ce d'ailleurs bien la maîtresse qui est visée et non pas sa soeur ?

Les contradictions des situations et des dialogues (amour/haine, bonté/méchanceté, révolte/soumission, jalousie/mépris, attirance/répulsion, etc.) qui m'avaient tant rebutée m'ont moins gênée aujourd'hui. J'ignore moins qu'à l'époque lointaine où je l'avais lu comme les rapports humains peuvent être complexes. C'est intéressant à lire, mais il y a un cap à passer.

Dans cette mise en scène, Madame est âgée. L'actrice joue très bien, mais il me paraît tellement évident que les deux jeunes bonnes tentent de s'identifier à elle qu'il est tout aussi évident qu'il faut qu'elles aient à peu près le même âge.

Relecture de juin 1988.