posterJe connais peu le cinéma allemand et pas du tout Fassbinder, c'est certain, même pas "Le Mariage de Maria Braun", que tout le monde a vu, paraît-il...

Il a fait en 1972 le premier volet d'une série de cinq épisodes intitulée "Huit heures ne font pas un jour". Il nous en était proposé une copie restaurée cette année et destinée à une diffusion cinématographique.

Le propos est engagé dès le titre, me semble-t-il, puisqu'il semble être celui d'un patron qui estime que faire travailler huit heures par jour ne suffit pas à hypothéquer une journée. En réalité, Fassbinder accrédite l'idée qu'il y a une vie dans, mais aussi après le travail. On voit les gens fêter, boire copieusement, faire du sport, se rencontrer, s'aimer, se rassembler... Mais beaucoup de ces interactions sont permises ou empêchées aussi par le travail.

L'épisode "Jochen et Marion" (je ne me souviens plus précisément de l'ordre des prénoms) m'a un peu déconcertée... Je ne voyais pas bien où voulait en venir le film. J'étais même partie sur un contresens : la scène d'anniversaire m'a paru se passer dans un milieu bourgeois décadent à cause des manières et des formes mises, doublées de violence (gifles) et des pièces très grandes... En réalité, c'était un anniversaire dans une famille d'ouvriers. Je suppose qu'en Allemagne et en 1972, il y a des réalités assez différentes des nôtres... ou plutôt de la manière dont on aime la représenter à l'écran aujourd'hui.

Il y a bien une scène de lutte sociale, très ponctuelle au demeurant, et comme marginale, à côté de l'histoire d'amour de Jochen et de Marion (Anna Schygulla, magique), de l'étude de caractères (la grand-mère volcanique, la mère résignée et pacifique, le contre-maître entre deux groupes)...

A première vue, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris. En tout cas, il me semble que ce n'est pas un film qui montre que le travail aliène, détruit : il dit juste qu'il faut rester groupé, ne pas se laisser diviser, au-delà même de nos naturelles divergences personnelles et qu'il faut avoir une vie en dehors du travail.

Certaines scènes de dialogues dans le bureau du patron font rêver : c'est un temps où le management n'était pas encore synonyme de harcèlement, de manipulation et où il pouvait encore y avoir lutte, tout n'était pas plié d'avance, grâce au droit du travail. Une autre spectatrice me dit que c'est peut-être juste une différence culturelle entre le milieu de travail allemand et français... Je ne saurais pas dire si elle a raison.

Bande-annonce qui me paraît montrer aussi des extraits des épisodes suivants.