Purge_1780Aliide Truu, veuve de Martin, un apparatchik estonien, trouve en 1992, pratiquement devant sa porte, Zara, une jeune Russe en vêtements sexy et déguenillés à la fois, parlant un peu estonien, terrorisée. La conversation nous amène à penser que Zara avait déjà entendu parler d'Aliide et qu'elle n'est pas devant chez elle par hasard...


 Le récit oscille entre différentes dates, croissantes, de la 2ème guerre mondiale, puis de l'après-guerre, et les années 1991 (années de Zara à Berlin) et 1992 (Zara en Estonie). Différents documents émanant d'un certain Hans Pekk émaillent également les différentes plages temporelles : extrait de journal intime, puis documents secrets dont je ne spoilerai pas l'origine.

Ces différents moments bâtissent peu à peu, maintenant le suspense, leur connexion, créent et recréent a posteriori du sens, ce qui est très agréable à lire.

On entre à la fois dans les drames personnels, affectifs, des blessures qui guériront et d'autres qui se creuseront toute la vie, et des drames historiques, celui de l'Estonie, pays balte regardant vers la Scandinavie et régulièrement annexé par le grand voisin russe ou soviétique. Voilà bien longtemps que je n'avais pas lu de roman sur cette période. Aliide donne l'impression de n'avoir vécu, pendant cinquante ans que d'amour déçu et de jalousie, mais la fin donne un autre éclairage (que je n'ai pas encore complètement résolu, spoiler bienvenu en commentaire) sur ce personnage.

Citations :

  • Quand Zara avait dit qu'elles avaient failli se faire écraser par une Volga noire, sa mère l'avait giflée. Puis elle avait voulu savoir si on les avait vues, depuis la voiture.
    "Je ne crois pas. Elle allait si vite.
    - Ils ne se sont pas arrêtés ?
    - Pas du tout.
    - Ne va jamais, jamais, près d'une voiture pareille. Tu t'enfuis, si tu en vois une. N'importe où. Tu rentres à la maison en courant."
  • Au même moment, elle réalisa qu'elle n'avait pas une seule fois regardé Hans dans les yeux, alors qu'elle en avait rêvé pendant des années, alors qu'elle avait observé interminablement Hans et Ingel qui se fondaient l'un dans l'aure entre les travaux, les cils de Hans qui se mouillaient de désir et l'envie qui battait dans les vaisseaux sous ses yeux. Aliide avait rêvé de la sensation que ça ferait si elle pouvait éprouver quelque chose de tel, et si elle pouvait regarder Hans sans craindre qu'Ingel remarque que sa petite soeur regardait son mari avec ces yeux, et quelle sensation ça ferait si Hans répondait à son regard.