etrangeDans des images en noir, rouge et blanc, on a des humanoïdes aux têtes d'animaux ; chiens aux babines tombantes au faciès triste, singes, oiseaux échassiers.

On suit l'immigration, la descente aux enfers, les répits d'un homme qui ne parle pas français à travers ses voisins, ses collègues, ses compatriotes, une corneille (une vraie)... Il y a d'abord le passer, la recherche de contacts dans le pays d'arrivée sans pouvoir demander d'aide à la police, même quand on est victime. Le travail clandestin est sous-payé, on est souvent très seul, isolé par la langue, sauf quand on a la joie de tomber sur un compatriote. On apprend ce qu'il faut faire quand la police emmène injustement un clandestin, pendant qu'il est encore "retrouvable". On prend conscience, si on manquait d'imagination, de ce que représente son passeport ou sa perte, pour un immigré dans une situation irrégulière et la séparation de sa famille.

On ne comprend pas ce que dit "l'étrange" : les bulles sont environnées de caractères étranges censés décrire, énoncer ce qui le concerne, ce qu'il dit. Présenté par un très gros chien stoïque, l'étranger ressemble à beaucoup de ces hommes pleins d'espoir et de chagrin qu'il m'est arrivé de croiser, en proie à tous les dangers. Très bel album, inspiré des nombreuses anecdotes que l'auteur a glané dans une association d'éducation des immigrés (pardon d'avoir oublié son nom).