mort-veniseLe volume contient trois nouvelles sur la mort, les mourants.

"Mort à Venise" (Der Tod in Venedig) - 1911

J'attendais avec impatience d'avoir l'occasion de lire ce livre... Je tenais à l'avoir lu avant de voir la célèbre version filmée de Luchino Visconti. Les résumés de ce dernier étant des formules réductrices comme "on voit Dirk Bogarde courir après un gamin dans tout Venise", ne faisaient guère envie, et notamment me laissaient envisager que je ne n'aurais plus envie du livre après avoir vu le film...

Aschenbach est un homme digne, un artiste, un écrivain qui a glané des récompenses, et même un anoblissement. Un désir soudain le saisit d'aller passer l'été à Venise et il y voit aussitôt une apparition miraculeuse : un jeune garçon de quatorze ans environ, d'une parfaite beauté (la photo ci-contre ne flatte pas le jeune). Très discret d'abord, un incident l'amène à sourire et à recevoir le sourire du beau Tadzio... C'en est fini du discret et secret béguin d'artiste, Aschenbach ne se connaît plus et poursuit, selon la formule qui m'avait un temps découragée, l'enfant partout...

 Pour analyser correctement ce roman, cette nouvelle, et convaincre qu'elle en vaut la peine, il faudrait que je spoile davantage, que j'évoque certaines péripéties, que je livre un mot-clé du dernier paragraphe, mais je ne le ferai pas. Ce serait de la vanité au détriment de l'intérêt des futurs lecteurs. En réalité, je peux juste dire qu'il n'y a pas d'histoire de pédérastie artiste, on est bien plus, bien trop dans le symbole, et c'est un très beau texte. Je ne m'attendais pas à trouver autant de lyrisme (tonalité retrouvée également dans la nouvelle "Tristan" qui suivait. Habituellement, je n'aime pas cela, parce que c'est très difficile à doser, à manier et que ça peut très vite ridiculiser le propos... Mais Thomas Mann est un grand écrivain qui peut se le permettre ! Il a même pu se permettre d'avouer que le récit était relativement autobiographique...

Citations :

  • Trop tard ! pense-t-il à ce moment. Trop tard ! Était-il trop tard en effet ? Cette démarche qu'il perdait l'occasion de faire aurait très aisément pu conduire à une solution facile et heureuse, à un salutaire dégrisement. Mais sans doute l'artiste vieillissant en était-il au point de ne plus vouloir se dégriser, et de se complaire dans son ivresse.

tristan"Tristan" 1903

Je prétendrais bien que j'ai tout compris, mais je n'en suis pas certaine. En tout cas, j'ai beaucoup aimé ce que j'ai compris, et contrairement à plus haut, je livrerai ma clé tout de suite, tout simplement parce que je veux bien en avoir votre avis. Cette nouvelle montre à quel point les (allez, nuançons) certains écrivains inventent les gens qu'ils côtoient au lieu de chercher à les entendre et à les voir.

Detlev Spinell, un écrivain qui n'a guère publié qu'un roman, hante un sanatorium ; une belle patiente, malade depuis son accouchement, attire son attention : elle finit par lui raconter ce qu'elle faisait avant d'être malade, avant d'être mariée... Évidemment, tout avait l'air d'aller tellement mieux...

 Citations :

  • Comment se refuser ces délices, loin du soleil, loin du jour et des navrantes désillusions qu'il amène ? Une douce aspiration sans ombres décevantes, de suaves désirs sans angoisses, un trépas auguste sans soupir, un évanouissement sans langueur, l'ivresse d'un long rêve dans des espaces sans limites.

 "Le Chemin du Cimetière" (Der Weg zum Friedhof) 1900

Un alcoolique s'irrite d'une menue infraction routière d'un jeune cycliste sur le chemin du cimetière, jusqu'à en faire une crise...

Je suis moins convaincue mais l'idée était intéressante quand même.