415dM7ldEHLUn écrivain spécialisé dans le travail de "nègre" (ghostwriter est un terme qui me fait autrement plus rêver) pour les autobiographies de célébrités prend la suite de Mike MacAra, qui était sur le point de terminer l'autobiographie d'un ex-Premier Ministre du Royaume-Uni, Adam Lang. L'homme s'est suicidé par noyade non loin de la résidence américaine où il travaillait, semble-t-il. Il faudra tout régler en un mois ; le nègre remplaçant accepte devant l'énormité de la somme proposée, bien qu'une fois sur place, constatant la nullité du travail accompli par son précédesseur, il se rend compte que tout serait à reprendre.
Hélas, le délai va être encore raccourci : l'ex-Premier Ministre, accusé par un ancien collaborateur de crime contre l'humanité, passe sur le devant de la scène... L'éditeur exige que l'autobiographie soit prête dans les quinze jours et mette en avant l'affaire pour laquelle Adam Lang est inculpé.


 En dehors du fait que je trouve curieux qu'un homme qui a étudié à Cambridge ait besoin de l'aide de qui que ce soit pour tenir une plume et rédiger ses mémoires (d'autant qu'il n'exerce plus aucun mandat, il est censé avoir beaucoup de temps), le roman est magistral. On est immédiatement happé par le mystère qui s'épaissit à mesure que nos soupçons trouvent des pistes de résolution, le tout avec un style qui, sans se brader, ne cultive pas la difficulté et encourage cette attitude de repli textuel obsessionnel. Et comme c'est tombé le jour du Readathon, c'était vraiment me pousser au crime !

J'ai trouvé la fin un peu longuette et je me voyais déjà poser ça comme bémol à ma note de lecture quand soudain, j'ai compris qu'elle préparait une immense péripétie finale... Faites confiance à Robert Harris, il est impressionnant. Et je me promets de lire ses autres livres... quand je pense au nombre de fois où j'ai offert Imperium à des élèves, il va être temps que je le lise moi-même.

Citations :

  • "Il fut un temps (...) où les princes qui conduisaient leur pays à la guerre étaient censés risquer leur vie au combat - tu sais, pour mener la bataille, par exemple. Aujourd'hui, ils se baladent en voiture blindée avec des gardes du corps armés et se font plein de fric à cinq mille kilomètres de chez eux pendant qu'on est coincé ici à subir les conséquences de leurs actes.
  • - (...) Il a été très amical. Il m'a même appelé "vieux".
    - Oui, a-t-elle répliqué. Il fait toujours ça quand il ne se souvient pas du nom de quelqu'un.
  • De la même manière qu'une esthéticienne ne dit pas à sa cliente qu'elle a une tête de crapaud, le nègre ne dit pas à son auteur que la moitié de ses souvenirs les plus chers sont fallacieux.
  • L'Irak, la remise des prisonniers, la torture, Guantanamo... tout ce qui a été commis au nom de cette prétendue guerre contre le terrorisme est illégal au regard du droit international, de la même façon que tout ce qui s'est passé au Kosovo ou au Liberia. La seule différence, c'est que cette fois c'est nous qui avons agi. Cette hypocrisie est écoeurante.