jardin-eternelNoriko (Haru Kuroki, Prix de l'Académie japonaise de la meilleure interprétation féminine dans un rôle principal - celui-ci) ne sait guère ce qu'elle veut dans la vie, en dehors d'écrire, ce qui ne compte guère ; elle étudie dans l'édition. Sa cousine Michiko (Mikako Tabe, qui crève l'écran), elle, a un caractère entier, sa volonté court toujours vers un but, quitte à en changer au besoin. Les parents de Noriko (Fuyuka Kooriyama et Shingo Tsurumi, le charme fait homme) les encouragent à s'initier à la cérémonie du thé. Elles persévéreront de nombreuses années avant que Michiko trouve un travail prenant puis une vie de famille. Noriko relativement désoeuvrée, malgré tous ses efforts pour progresser dans sa carrière ou dans sa vie intime, continuera l'apprentissage de cet art qui donne l'impression de ne jamais pouvoir s'achever.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas qu'un film contemplatif. Les images des gestes et objets de la cérémonie du thé, bien qu'artistiquement filmés, souvent en temps réel, sont tout de même agencés et construits, ce qui rend les choses supportables pour un spectateur occidental. Maître Takeda (Kirin Kiki, grande actrice décédée l'an dernier) est tout à la fois un maître bienveillant et exigeant, une grand-mère, une marraine, quelqu'un qui sait dire et comprend, pleine d'humour, de sagesse et d'humilité : "Regardez-moi bien", dit-elle dans la bande-annonce française, "parce que je fais des erreurs".

L'action des leçons s'inscrit dans un temps long, rythmé par les saisons et demi-saisons de la culture nippone, la première bouilloire du Nouvel An, avec un bol qui ne peut servir que tous les douze ans... mais qu'importe ! "Ce jour est un bon jour", dit l'inscription qui trône le plus souvent lors du cours. C'est l'invitation à vivre dans le temps présent, croit Noriko, pas complètement à tort, ce qui l'apaise puisque, comme le savent tous les pratiquants de la méditation, il n'y a de sérénité possible que dans le présent. Toutefois, quand Maître Takeda lui fait remarquer qu'on s'attend à un meilleur niveau au bout de dix ans de pratique, elle prend conscience que le but de la cérémonie du thé n'est pas d'échapper au temps mais de s'y inscrire, au fil des gâteaux différents, des fleurs, des fruits, des pluies, des neiges, le cycle n'étant pas une invitation à l'immobilité mais à la progression vers une perfection faite de variété.

Le dernier quart-d'heure, celui qui suit la mort du père, est un peu long et n'ajoute rien au film. C'est tout ce que je n'ai pas aimé...

Bande-annonce.

anabi

Vu en avant-première (sortie officielle juillet 2019) lors du Festival Hanabi aux Lumières.