Berenice_1671_title_pageJ'étais absolument certaine d'avoir lu cette tragédie... pour en avoir lu en fait des quantités d'extraits, d'avoir bâti des cours sur lesdits extraits et même l'avoir déjà vue sur scène. Or il faut bien me rendre à l'évidence, je n'ai même pas lu Tite et Bérénice : voilà que j'en fais fort tardivement la lecture intégrale !

Résumé par une candidate à l'oral du bac : "C'est une femme qui voudrait être avec un copain, puis deux, mais ils la laissent tomber et elle reste seule". Si cela avait été fait exprès, cela aurait été sublimement provocateur. Si cela avait été exact, la formule ne manquerait pas de chien.

En réalité, c'est très inexact : Bérénice n'a d'yeux que pour Titus. Racine mesurait-il à quel point elle avait dû tout renier pour lui, y compris son judaïsme ? Le "seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir" fait moins référence à la nature divine du Christ qu'à la reconnaissance de la souillure que le centurion était conscient d'infliger à un juif en le faisant entrer chez lui... Le tragique, c'est que Titus n'a pas d'yeux que pour Bérénice et qu'elle ne s'en doute guère. Lui croit à son devoir (ou il aime plus le pouvoir, j'ai parfois eu l'impression que ses protestations étaient de pure forme) de romain et à la nécessité de suivre sa lignée.

Et c'est cela qui rend les choses intéressantes, parce qu'on garde un doute jusqu'au bout, quand Titus a l'air de "flancher" à la fin. La décision finale de Bérénice, qui est un personnage très aveugle, peu sage, simplificateur, tiendrait du deus ex machina si elle n'avait pas été le personnage principal et même éponyme de la pièce, hop, en quelques répliques, c'est posé comme avec un coup de poing sur la table. Le "Hélas !" final est franchement osé, j'en suis encore bouche bée...

Je fais une mention spéciale pour le personnage d'Antiochus, qui est le tiers à la fois de trop et indispensable, qui recèle la sagesse qui manque à Bérénice et qui ne se trompe qu'à cause des faux-semblants et des malentendus des autres. On le plaint, on se surprend à espérer que sa cause perdue puisse au moins être entendue...

Certains vers sont magnifiques : Bérénice rejoint Andromaque, Athalie et Iphigénie parmi mes pièces préférées de cet auteur.

Il ne me reste plus qu'à lire Titus n'aimait pas Bérénice.