SYBIL_120_VE__Copier_Sybil (Virginie Efira) est une psychologue qui avait renoncé à être écrivaine et qui décide de revenir à l'écriture, rompant brutalement avec ses patients, ce que son propre psy lui reproche (Arthur Harari). Elle consent à faire une exception pour Margot (Adèle Exarchopoulos), une jeune actrice, maîtresse à la ville de son partenaire à l'écran (Gaspard Ulliel), qui n'est autre que le compagnon de la réalisatrice (Sandra Hüller), dont elle est enceinte et ne sait pas si elle doit avorter... Un vrai roman... On comprend que Sybil va se servir de ce que lui raconte la jeune désespérée pour son roman, mais elle mêle très vite (dans sa pensée ? sur la page ? ce n'est pas clair) son propre vécu à tout cela, des fragments dérangeants de son passé lui reviennent.


Sur fond de Stromboli, le volcan, le film évoque la passion. Celle de Sybil pour le jeune homme qui l'a sauvée de l'alcool (Niels Schneider), où elle replonge finalement, et qui lui a fait un enfant, et dont elle découvre qu'il n'est pas "sorti de son système" mais bien sûr aussi celle de Margot pour Igor, un homme lui-même passionné et déroutant. Toutes ces sorties de route trouvent un écho profond en elle, et elle va briser la vitre qui protège le thérapeute (l'écrivain ?) de son sujet.

Est-ce que Justine Triet a nommé son héroïne du même prénom que la fameuse Sybil connue pour ses désordres de la personnalité multiple ? Si oui, cela pourrait être un prisme de lecture du film. Les scènes d'amour, filmées dans des ambiances de feu, de rougeoiement, volcaniques au sens propre pour finir, sont d'un érotisme à la limite du porno soft, et disent la difficulté à s'affranchir du lien charnel, nos multiples corps, nos multiples partenaires peuvent se superposer dans le même temps, la difficulté à vivre un événement après l'autre, à fractionner nos vies par étapes chronologiques...

En cela, le film est intéressant et Virginie Efira entre dans le cinéma d'auteur dont je souhaite qu'elle ne ressorte pas. Je mesure sa prise de risque. Mais, d'une manière générale, je dirais que ce sont les acteurs qui sauvent ce film. Une mention spéciale toutefois au personnage de Mika, porté par Sandra Hüller, dont l'affectation à séparer ses sentiments (dont elle assume la violence dans les mots) de sa mission de réalisatrice (ton dépassionné et pacificateur), est tragi-comique. J'ajoute (alerte spoiler) que Mika échoue, ce qui rejoint la leçon du film.

Bande-annonce.