Crepuscule_1162Préfacé par Denis Robert, voilà un essai qui aurait dû faire grand bruit à sa sortie et qui n'a fait que de grandes ventes. Je l'ai acheté il y a quelques mois seulement et suis étonnée qu'en dehors des vidéos qui tournent sur le web, j'aie si peu vu Juan Branco en parler.

Il n'en sera pas étonné, vu ce qu'il raconte, comment tout le mécanisme de cooptation ou de promotion de tout ce qui peut être mis au service de l'oligarchie en France est mis en place, et, symétriquement, de désactivation pour ce qui peut compromettre sa main-mise sur tous les actifs.

C'est au point que certains passages ont peiné à m'intéresser, car certains noms d'éminences grises ou de porte-flingues choisis (le chapitre sur Gabriel Attal m'a paru tout d'abord de l'acharnement personnel, mais j'ai compris son intérêt à la fin), ne me parlaient guère mais l'énoncé des faits m'a un peu réveillée ! En réalité, les pouvoirs ne sont plus séparés, on le sait, et ça ne date ni de Macron, ni de Hollande, et le quatrième pouvoir, la presse, comme le dénoncent de nombreux journalistes, dont Aude Lancelin, ce qu'évoque Juan Branco, ne joue plus son rôle d'information, au contraire, cela tourne à l'organe de propagande.

La surprise que nous avons eue en voyant un Edouard Philippe sortir du lobbying d'Areva (pour ceux qui suivent), dont la femme a des accointances avec Sciences Po (trafic compliqué et assoiffé de finances publiques lié à Descoings), mêlée avec une impression de diversité a créé la confusion : peut-être est-ce bien l'oeuvre de la méritocratie promise ? Les obscurs sortent, un Macron prétendant venir d'un humble milieu propulsé par sa seule valeur (archi-lol), voilà ce qu'on a cru... Le livre retrace la toile d'araignée, les alliances et contre-alliances, les montées et les renvois d'ascenseur donnent très vite le tournis, puis la nausée ! Oligarchie, certes, certainement pas aristocratie : pour cela, il faut un minimum d'honneur et de loyauté. Je pense soudain à : "Qu'allons-nous gagner à détruire l'aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l'aristocratie des riches?" (Marat)

Le plus inquiétant est la destruction opérée de l'indépendance de la presse qui ne peut plus jouer son rôle d'éclairage démocratique et qui peut au contraire contribuer à la déconsidération des oppositions à la marche des affaires de ce petit monde incestueux.

Citations :

  • Les déjeuners au Bristol ou au Georges V s'ensuivent de partages plus raffinés, pour les hôtes les plus privilégiés et importants, au sein des hôtels particuliers. On y reçoit les hommes politiqus qui, impressionnés, se voient ainsi amenés, pas à pas, à s'habituer à l'état des choses, sont présentés aux héritiers, apprennent les intérêts de socialiser là en découvrant le lendemain un article laudateur qu'ils n'avaient pas anticipé. On les invitera ensuite à des événements mondains, de défilés de mode en inaugurations, les transformant pas à pas, dans leur grande naïveté, en agents d'influence et soldats de l'existant. (...) Votre valeur marchande dépend de votre capacité à vous soumettre et alimenter ces lieux-là. Brigitte Macron en aura été.