agiteJ'avais toujours précautionneusement limité ma connaissance de L-F Céline à Voyage au bout de la nuit, dont la lecture est éprouvante mais où je n'ai jamais flairé le moindre relent antisémite. Il m'avait même toujours paru que les tableaux les plus désenchantés de la nature humaine y étaient moins de la misanthropie qu'une immense pitié pour les souffrances des hommes, un roman de médecin des pauvres, qu'il fut.

C'est donc uniquement encouragée par la série d'émissions magnifiques que France Culture consacre en ce moment à cet auteur que je me suis risquée à aborder d'autres textes, par le faible volume de l'ouvrage également...

Les textes sont très disparates ; le titre éponyme est un pamphlet virulent, scatologique et stylistiquement brillant que J-P Sartre a déchaîné contre lui en insinuant que L-F Céline aurait été payé par les Nazis pour écrire ce qu'il a écrit ! Il affecte d'ailleurs d'avoir oublié son prénom et l'appelle Jean-Baptiste. Attaque ad hominem, plus qu'arguments contre, et ad stilum (latin peu classique de ma part). Angelo Rinaldi avait jadis écrit que J-P Sartre et Simone de Beauvoir devaient tout à Céline, et je crois que ce dernier l'avait remarqué et moque l'inanité et la prétention de leurs efforts. On trouve également quelques pages d'un carnet de conscrit où il est évident que Céline a souffert, une préface à une exposition et à une oeuvre, un bref panorama de l'argot et enfin une interview faite par Jean Guenot et Jacques Darribehaude, que j'ai entendue dans les émissions de France Culture. Je l'y ai trouvé très hésitant, maniant le paradoxe, les contradictions et je crois qu'il avait plus envie d'exprimer un état d'esprit de ras-le-bol, de déprime qu'être exact sur ce qu'il pensait.

En somme une lecture peu marquante, en dehors de son style incroyable, la connaissance plus personnelle de l'homme (malgré l'écran d'encre qu'il lance dans notre direction).