noureevRudolph Noureev (Oleg Ivenko, parfait) est un "corbeau blanc", un jeune homme au tempérament explosif, qui travaille inlassablement pour atteindre la perfection et ne pas se contenter de la fameuse "énergie" russe. Il est souvent filmé dans le costume du "Spectre de la Rose", ce qui permet d'insister sur le fait qu'il est, dans l'histoire de la danse, l'héritier du phénomène Nijinsky.

En même temps qu'on le voit arriver à Paris avec les ballets du Kirov, le film fait un montage avec son parcours et des images en noir et blanc censées représenter son enfance pauvre. On découvre un enfant qui a longtemps grandi avec sa mère toute seule, à qui la danse a été une occasion de sortir d'un destin misérable et pénible. L'arrivée à Paris fait goûter au danseur une liberté de mouvement, de moeurs, d'affections qui n'est pas du goût des contrôleurs soviétiques : quand il comprend qu'il va être "sanctionné", Noureev comprend qu'il lui faut faire un choix définitif très vite...

Ces passages-là sont terriblement angoissants... ils sont filmés avec un talent immense, nous montrent l'altier danseur complètement terrorisé, rien n'est dit, on comprend tout. Le sujet n'est pas de faire un film de danse, on ne voit pas de longs passages dansés, comme dans Yuli : ici, le sujet est socio-politique, il explique la "fuite des talents" d'une époque, par un totalitarisme jaloux de sa propre puissance plus qu'à cause de l'appât du gain, constamment reproché aux transfuges.

Le réalisateur joue également le rôle de l'étonnant professeur Pushkin, un rôle extrêmement particulier, le personnage probablement le plus mystérieux du film...

Bande-annonce.