838_oeuvresansauteur_doc120J'ai couru voir ce film chaleureusement recommandé par une amie et je suis convaincue d'avoir assisté à la projection d'un chef-d'oeuvre ! 3H08 qui sont passées plus vite que bien des films que 2H que j'ai pu voir et c'est probablement le meilleur film que j'aie vu cette année. J'ai ri en voyant le nom du réalisateur sur le générique de fin (j'y suis allée avec foi et à l'aveuglette) : évidemment ! évidemment, cela devait être lui !

Kurt Barnert, enfant (Cai Cohrs) qui veut devenir peintre quand il sera grand, vit près de Dresde pendant la Deuxième Guerre Mondiale, où il est hébergé par ses grands-parents et sa tante Elizabeth May (Saskia Rosendahl), passionnée d'art et aux limites inquiétantes de l'excentricité, l'emmène à des expos et fait sans le savoir ce qu'on appellera plus tard "des performances" et qui sont des crises délirantes (on ne doit surtout pas y voir de satire mais un index pointé sur la subjectivité) pour les médecins nazis. Elizabeth va être stérilisée et finalement exécutée dans une chambre à gaz, sur ordre d'un médecin gynécologue.

Là où d'autres films auraient lourdement insisté sur ces passages historiques, le réalisateur s'intéresse davantage à la question de l'art et du biographique, aux retours, à une lecture psychanalytique des retours des "leçons" pas comprises de l'histoire familiale, et à leurs résolutions, souvent à notre insu. J'ai compris qu'on reprochait au film de n'avoir pas saisi les occasions de faire une sorte de "Liste de Schindler" et d'avoir préféré la tragi-comédie privée à la tragédie historique.

gerhard_richter_tante_marianne_87_1965_0-1Une chose est sûre : Kurt ne maîtrise pas la totalité de sa composition. Il a des intuitions sans savoir que ça en est ; il ment sciemment pour taire le caractère biographique de son oeuvre qui a déjà le tort d'être de la peinture figurative à une époque qui n'en veut plus (Henckel Von Donnersmarck s'inspire de "Tante Marianne" de Gerhardt Richter) mais le jeu de Tom Schilling qui joue le rôle de Kurt adulte, montre qu'il ignore lui-même pourquoi il a mêlé son monstrueux beau-père (Sebastian Koch) à cette histoire, c'est-à-dire qu'il ignore à quel point sa propre oeuvre était autobiographique... Le film semble plaider pour une esthétique de la biographie et ce que fait l'excentrique directeur des études avec ses compositions ô combien contemporaines et apparemment conceptuelles avec le gras et le feutre (inspiré par l'artiste Joseph Beuys, jusque dans sa tenue vestimentaire) ; le passage où ce maître donne les clés de l'oeuvre d'art à Kurt est tout bonnement bouleversant. Et j'en suis encore bouleversée...

Des passages de comédie satirique dans l'école d'art contemporain où l'on sourit voire rit.

Bande-annonce.