indexJ'ai lu ce "roman psychologique" pour la première fois à l'âge de dix-sept ans de mon propre mouvement puis l'ai relu régulièrement au gré de mes besoins estudiantins puis professionnels. Il n'y a guère que les deux dernières fois (sur cinq) où je pense avoir réellement intégré "l'ambiance" et compris la vraisemblance du propos. Jusque-là les prétentions à la vraisemblance du roman me faisaient doucement ricaner. Je n'avais qu'atténué le : "Attends, quoi ?! le pauvre gars est mort, OK, c'est votre faute à tous, tas de brutes, mais quand le vin est tiré, il faut le boire. Tu nous la fais Belle de Cadix, mijaurée ?! C'est trop tard ! " de mes dix-sept ans.

Lors de cette énième relecture, j'ai été beaucoup plus sensible et frappée par la jeunesse de cette princesse ("dans sa seizième année", autrement dit quinze ans) dont on ne saura jamais le prénom et qui s'exprime comme une femme de vingt-cinq ans mûre pour son âge, cette jeunesse qui plonge dans l'égout des intrigues de cour, pour ne pas dire de sa dépravation. J'avais déjà été frappée par le côté manipulateur de sa mère et je note à quel point, sous prétexte de l'édifier, elle la gave de sales histoire, tout comme Camille, dans On ne badine pas avec l'amour, est prévenue par les nonnes contre les hommes. Or ce qu'elle voit n'est guère mieux, ce qu'elle vit n'est que souffrance pour des joies brèves et inquiètes. L'immense jeunesse de la princesse n'apparaît que dans la seule scène rieuse du roman, quand elle récrit avec Nemours la lettre pleurnicharde de Mme de Thémines en donnant clairement dans la parodie à laquelle elle prête le flanc. Ce me fut un sensible soulagement (pour parler comme l'autrice) de voir qu'elle-même se rendait compte que l'amphigouri de cette lettre pouvait être si grotesque que deux adolescents pouvaient beaucoup s'amuser en la recomposant à l'écrit. On croit les entendre se proposer des formules sur un ton geignard et rire...

Soudain, arrivant à l'âge où je suis, la recherche de "repos" que souhaite la princesse, est complètement logique. Cela tient non seulement à son caractère (franchement peu aventureux : elle a déjà accepté l'idée, en début de roman, qu'on va lui dégoter un mari) et son éducation, ce que j'avais bien compris, mais encore et surtout du torrent boueux de trahisons qui remplit ses yeux au cours de l'année. Reprendre conscience de ce laps de temps très court pour son apprentissage, un an, associé à sa fin prématurée achève de rendre très vraisemblable ce roman à nos antipodes.