G03994Ce livre m'a été chaleureusement recommandé par une collègue, qui l'a donné à lire à ses élèves en lecture complémentaire d'Olympe de Gouges. Mon choix avait été, pour la même lecture, le Qui a tué mon père d'Edouard Louis, pour continuer à explorer la question des inégalités.

Le texte est, comme l'autrice en avertit, une conférence remaniée, qu'elle avait présentée au TEDxEuston en décembre 2012 dans un colloque "sur l'Afrique" : dans "Le Danger de l'Histoire unique" (2009), qui est le deuxième texte présent dans l'opuscule, elle dira assez ce qu'elle pense de cette espèce de fourre-tout qu'on appelle l'Afrique qui représente aux yeux d'étrangers ignorant une unité pour des pays et des ethnies si diverses, pour me faire sourire pendant que je reporte cette dénomination.

Je le trouve un peu rapide, se bornant à narrer quelles objections on rencontre quand on est féministe au Nigeria. Mais certaines anecdotes, certains propos sont représentatifs d'un patriarcat très répandu sur toute la surface de la terre, à savoir par exemple que l'institution du mariage est construite sur un schéma patriarcal qui donne à penser qu'épouser une féministe est risqué, qu'être féministe vous sort du club des "épousables"... alors qu'il suffirait que les rapports et les soi-disant rôles des hommes et des femmes au sein d'un couple évoluent pour que ça ne soit plus un problème. Elle évoque la dissymétrie des obligations à la virginité, à la disponibilité à l'autre, au victim blaming, de l'éducation ; les échappatoires ultra-connus du not all men et du faux universalisme qui permet de retourner contre vous l'accusation de sexisme (pourquoi parlez-vous des femmes en tant que femmes au lieu de vous battre pour elles en tant qu'humaines ?), le pouvoir souterrain - sexuel - des femmes, soupçonné d'être supérieur à celui, avoué, des hommes, l'alibi culturel... Le titre m'a quand même paru curieux, vu que le tableau qu'elle fait des préjugés sexistes rencontrés est accablant, peut-être propitiatoire ? Vérification faite, c'est un abus de traduction, car le titre original était We should all be feminists et convient mieux, à mes yeux, au ton et aux propos tenus.

Le texte suivant, "Le Danger de l'Histoire unique", m'a intéressée en tant qu'expérience personnelle d'une écrivaine nigériane partie étudier aux Etats-Unis d'Amérique, de la déculturation opérée en Afrique d'abord par la colonisation, ensuite par la mondialisation, de l'ignorance abyssale des Nord-Américains sur la réalité de la vie des Africains, à commencer par l'indifférenciation qu'ils ont des nombreux pays qui composent ce continent. Sa thèse est que la littérature en est à la fois une des causes et la conséquence, avec des traditions, des schémas littéraires, du stéréotype de l'Afrique en tant que continent à catastrophes, malheurs, misères.

Citations :

  • Pourquoi faudrait-il que la réussite d'une femme soit une menace pour un homme ? Et si nous bannissions le mot émasculation de notre vocabulaire - je ne crois pas qu'il existe un mot que je déteste autant que celui-ci.
  • Je ne craignais absolument pas [d'intimider les hommes] - ça ne m'était même jamais passé par la tête, étant donné qu'un homme que j'intimiderais serait précisément le genre d'homme qui ne m'intéresserait pas.
  • Un jour où je parlais de la question du genre, un homme m'a lancé : "Pourquoi faut-il qu'il s'agisse de vous en tant que femme ? Pourquoi pas de vous en tant qu'être humain ?" Ce type de question est une façon de réduire au silence une personne et son expérience propre. Je suis un être humain, bien sûr, mais il m'arrive un certain nombre de choses en ce monde parce que je suis une femme. Soit dit en passant, cet homme ne se privait pas d'évoquer son expérience en tant que Noir. (J'aurais probablement dû réagir en lui demandant : "Pourquoi ne parlez-vous pas de votre expérience en tant qu'homme ou qu'être humain ? Pourquoi en tant que Noir ?")