25 juillet 2009
"Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé", de David YATES (2009)
Pour ceux qui, par principe ou par goût, auraient boudé l'opus littéraire de J.K Rowling, voici de quoi il s'agit : nouvelle rentrée des classes sous le signe d'une réactivation du plus grand mage noir de tous les temps (beaucoup moins présent à l'image) et surtout de ses séides, les Mange-Morts, Bellatrix (Helena Bonham Carter, sublime dans quelque rôle que ce soit) et Drago Malefoy (Tom Felton, extrêmement soigné par le chef opérateur, sans doute à suivre dans un autre film), finalement initié, en tête de ceux-ci.
En face, Harry Potter (Daniel Radcliffe), entré dans la phase apaisée de l'adolescence, et ses amis, bien décidés à ne pas laisser Lord Voldemort gouverner le monde des sorciers. Or Dumbledore en qui Harry a mis toute sa confiance en tant que chef de la résistance fait beaucoup de mystères...
Voilà que, sur son ordre, Harry va devoir devenir l'élève du nouveau professeur des potions, Slughorn, et même avoir des relations extrascolaires avec, alors que ce n'est certainement pas par ses talents dans cet art qu'il parviendrait à l'intéresser. Or il trouve dans l'armoire un manuel de cours annoté de la main d'un mystérieux "Prince de Sang-Mêlé" qui se révèle un adjuvant le propulsant en tête de classe...
MON AVIS
De même que les jeunes acteurs ont grandi, le film quitte le rythme et les tics du film pour enfant. Certes, il y a une continuité esthétique en constrastes orangés / vert-bleu, mais avec des décors tourmentés arrachés aux tournages de Tim Burton (avec Helena Bonham Carter en fil directeur) et une caméra séduite qui flatte en mode portrait les principaux protagonistes et les suit comme dans une oeuvre urban gothic, on a réellement l'impression d'un film "normal". Les enfants présents dans la salle ne s'y sont pas trompés, qui se sont mis à s'agiter et s'ennuyer bruyamment. Leur attention a été reprise par les matches de Quidditch, qui n'ont jamais encore été aussi bien filmés et donnent envie de faire partie de l'équipe.
Le film en lui-même a un charme indéniable, les photos sont superbes, mais décevra sûrement ceux qui tiennent à voir en image le récit exact qui leur a plu : ils devront se résigner à voir presque un autre film, avec plusieurs centaines de pages passées à la trappe et des personnages falots dans le livre prenant une importance plus grande à l'écran.
25 avril 2009
"OSS117 - Rio ne répond plus" de Michel HAZANAVICIUS (2009)
1967. Mission à Rio pour OSS 117, renommé Noël Flantier, à sa grande consternation : contre 50.000 NF, récupérer un micro-film auprès d'un néo-nazi nommé Von (Zimmel ?). Sur place, OSS 117 se voit proposer une collaboration avec le Mossad qui aimerait voir jugé ce criminel de guerre. Dolorès, colonel de l'armée israélienne, s'enchante de collaborer avec le légendaire OSS 117 mais ne met pas plus de deux minutes à déchanter : son héros tient des propos antisémites, sexistes, xénophobes, voire gaulois, avec une candeur même pas désarmante : stupide.
MON AVIS
Mon avis sera assez embarrassé. Il est clair que ce n'est pas du tout un chef d'oeuvre mais cette option n'est pas nécessaire à mes yeux. Le problème, c'est justement ce discours antisémite, xénophobe, raciste, sexiste, bien entendu au deuxième degré (je ne suis pas rigidifiée dans mon politiquement correct au point de ne pas l'avoir senti !) et heureusement condamné par les personnages secondaires, clairement atterrés par OSS 117.
Il n'y a donc d'ambiguïté qu'au début du film, où j'ai parfois eu, en l'absence d'une deuxième voix, l'impression de voir une sorte de Tintin au Congo. Ce qui m'embête dans cette sorte de 2ème degré, c'est justement que même les antisémites, racistes, sexistes, pourront rire. Mais, après tout, une tentative de sortie du politiquement correct, ébouriffant au passage l'icône De Gaulle, la collaboration blanchie et le pouvoir personnel, pourquoi pas ? En 2009, c'est même une mesure de salubrité.
Si je reviens au reste du film, malgré les prouesses photographiques du film de genre (prises de vue acrobatiques de la nature et des monuments, multiplicité des lieux, situations décalées) et la multiplicité louable des parodies, j'ai trouvé l'ensemble lourdement tissé. Il y a de la complaisance, notamment la scène de la partouze sur la plage, qui va faire rater au film l'accès au statut de divertissement familial.
En somme, Alexandre Dujardin a beau jouer juste, être tour à tour lourd, séduisant, infect, attendrissant, ridicule, et ses comparses attirer la sympathie que le héros perd, le film fait regretter le montage de L'Homme de Rio.
A cause de cet embarras, j'aime mieux mettre les interviews que la bande-annonce, qui ne dit pas grand-chose, elle.
05 avril 2009
"Slumdog Millionaire", de Danny Boyle (2009)
Jamal Malik surprend tout le monde : comment un jeune Indien à peine sorti de son slum, sans avoir fait d'études, peut-il être monté au plus haut niveau du célèbre jeu télévision "Qui veut gagner des millions ?" s'il n'a pas triché ?...
MON AVIS
Il faut accepter de passer par dessus quelques scènes assez dures pour atteindre un film d'un grand romantisme, où la roue du karma tourne. Bien souvent, l'émotion, rire, larmes, indignation, étonnement, m'a prise.
Très sympa, le clin d'oeil final à Bollywood, à l'opposé complet du film. Les acteurs principaux sont très touchants et vrais. A voir absolument, et en VO(ST).
01 avril 2009
"La Vague", de Dennis Gansel (2009)
Rainer Wengler, sympathisant anarchiste, est professeur d'EPS et de politique (sacrée bivalence !) dans un Lycée allemand. Pour la semaine thématique, il aurait évidemment aimé traiter de son domaine de prédilection, mais se retrouve par défaut à exposer le principe de l'autocratie devant un public très vite rétif quand on aborde, une énième fois pour lui, la question du IIIème Reich : "Ca va, on a compris (...), on ne refera plus ça, c'est sûr." Le professeur, piqué par leur arrogance, leur propose une expérience comme un défi pendant la semaine : ils vont former un groupe avec des codes tranchés, une discipline plus marquée que leurs camarades, un code vestimentaire, gestuel, un emblème, un salut, un profil Facebook, un site.
Le problème, c'est que ça marche très vite, trop vite pour que Rainer puisse contrôler ce que ses ouailles font de cette expérience...
MON AVIS
Un film passionnant qui développe sans manichéisme aucun, c'est là la vraie nouveauté, l'histoire rebattue des mécanismes de montée des autocraties et leurs conséquences, souvent mal anticipées par leurs propres dirigeants (c'est le cas du fascisme mussolinien). Les Lycéens découvrent, ravis, inquiets, exaltés ou dégoûtés, ce qu'est l'instauration d'un grand mouvement collectif, qui jette des ponts entre eux, crée une solidarité, des amitiés, une "allure" pour ces êtres qui se cherchent (ce qui explique sa séduction), mais révèle aussi des clivages, des antagonismes, des frustrations, de la haine...
Là où je tire mon chapeau au scénariste, c'est qu'il se détourne résolument de l'angélisme : sur les quatre personnages que j'ai recensés comme hostiles à La Vague (en paroles ou actions), une seule n'a qu'une opposition purement idéologique... Les trois autres ont aussi des motifs, plus troubles, pas vraiment à leur honneur, et La Vague les a dépossédés, ce qui fait qu'elle est devenue, certes une ennemie idéologique, mais surtout un ennemi personnel.
Le film explore les failles psychologiques par lesquelles s'infiltrent les racines d'une fanatisation : la solitude, le sentiment d'être exclu, les complexes d'infériorité, la persécution et la recherche d'une protection, voire le désespoir...
Je comprends mal (et les critiques du web que j'ai pu lire ici ou là ont le même avis que moi) la faible couverture médiatique de ce film : il avait tout pour être plébiscité par les jeunes or j'ai bien peur que son public-cible l'ait très peu vu.
13 février 2009
"Yes Man", de Peyton REED (2009)
Depuis sa rupture, Carl Allen (Jim Carrey) n'a plus envie de rien, ni de rencontrer qui que ce soit, ni de tendre une perche ou d'en attraper dans son métier, ni de sortir avec ses amis d'avant, qui doivent ruser comme des Sioux pour le voir.
L'un d'eux lui raconte comment il est devenu un "Yes Man", quelqu'un qui ne refuse aucune opportunité, ce qui lui inspire une généreuse pitié. Mais un cauchemar va l'engager à assister à une réunion de Yes Men, et changer sa vie... Il va se retrouver engagé dans une spirale effrayante et pour le moins... positive !
MON AVIS
Un apologue sympa comme tout, qui nous fait, finalement, à la fois rêver et conforte dans le bon sens élémentaire. Il y a une leçon à tirer des Yes Men et en même temps, la conclusion assez cynique nous invite à ne pas nous jeter tête baissée dans la générosité et l'acceptation aveugles.
Un film qui fait rire et réfléchir, sans la moins prétention, ce qui est sympathique.
26 décembre 2008
"Musée haut, musée bas", de Jean-Michel RIBES (2008)
A l'entrée d'un musée, puis à l'intérieur, on suit plusieurs personnages, une guide d'Histoire de l'art, une guide parlant néerlandais qui court pour que ses touristes ne manquent pas leur car, un professeur et ses élèves, des beaufs, une mère poursuivant son fils artiste, un Conservateur obsédé par les incursions répétées de la Nature dans son musée, un petit clandestin arrivé avec des statuettes africaines, Sulki et Sulku, des allégories, des visiteurs qui ne retrouvent plus leur parking, et d'une manière générale, des gardiens fragilisés par un contact permanent avec l'art, une mère de famille qui vient pour ouvrir ses enfants à un art respectable, une passionnée d'art abstrait qui cherche pendant des heures la salle de Kandinsky sans la trouver, des gens complètement perdus entre ce qu'ils savent, ce dont ils se souviennent et leur situation par rapport au Temps, par rapport à l'Art...
MON AVIS
Un film passionnant, tiré d'une pièce du même auteur, que j'attendais depuis des années, un film qui ne prend pas son spectateur pour un imbécile (à tort, quand je lis sur d'autres blogs certaines critiques : il est visiblement passé par dessus la "tête" de beaucoup de gens, il suffit de voir que certains étaient pliés en deux de rire, et d'autres complètement impassible) et lui offre non pas simplement une énième satire sociale ou un simple série de portraits, mais une vraie réflexion, directe, symbolique, allégorique avec du deuxième (peut-être même du 3ème) degré ! C'est le genre de film qu'on va revoir, après s'être documenté et avoir lu la pièce en entier, tant je suis certaine qu'à la première vision, j'ai dû en rater...
Il nous incite à nous questionner sur les rapports entre le figuratif et l'abstrait, l'apport de la perspective, le droit de hiérarchiser ou non dans l'art, le body art (caricaturé en family art), le côté béotien des amateurs de musée qui mélangent allègrement les périodes (par exemple : "Moi, ce que j'aime", dit Valérie Lemercier, "c'est la période qui va de Vinci à Warhol"), l'art conceptuel qui se croit parfois transgressif alors qu'il ne fait que reprendre des poncifs antiques, le snobisme, le métier de guide, de conservateur, l'abandon dans lequel tombe la préservation du patrimoine artistique, en concurrence avec les patrimoines humain et naturel...
Il y a d'énooooooormes clins d'oeil à des tableaux connus (pas de tout le monde, d'où je pense l'agacement de certains internautes qui n'y ont rien compris) ou des concepts artistiques, à mourir de rire ou d'admiration.
Il y a aussi des coups de coude assumés en direction de cinéastes comme Fellini, sans tomber dans la pompe, c'est un vrai hommage, un vrai film (lui-même d'une grande beauté plastique), un vrai moment de réflexion et d'art.
19 décembre 2008
"Les Enfants de Timpelbach", de Nicolas BARY (2008)
A Timpelbach, un étrange village à la croisée de plusieurs époques et de plusieurs pays, un conseil municipal réunissant la totalité des adultes a lieu : un grand groupe d'enfants est intenable (certains ont été déscolarisés) et joue de méchants tours aux adultes.
La seule solution que ces derniers trouvent est d'abandonner le village et les enfants pendant 24 heures, histoire de leur apprendre à comprendre ce qu'ils perdent... Mais ce plan stupide (punition collective et politique de la chaise vide) subit un impondérable, et les enfants - les sympathiques comme les diablotins - se retrouvent seuls, avec le problème de devoir assurer leur propre subsistance.
MON AVIS
D'après Henry Winterfeld (l'auteur de L'Affaire Caïus), une fable mise en scène de manière baroque et esthétiquement jouissive par Nicolas Bary, dont j'attends de pied ferme les prochains films. Le casting est vraiment intéressant (notamment Armelle en maîtresse d'école frustrée et sexy à la fois) pour les adultes comme pour les enfants. Le film aborde le souci bien contemporain du respect de la vie privée empêchant de "se mêler de l'éducation" que notre voisin donne à ses enfants, donc régler de l'intérieur une éducation déviante. Cela entraîne à réprimer de façon terrible (abandonner les enfants à leurs dérèglements) de l'extérieur.
Si les décors, les personnages, le packaging du film sont terriblement soignés, je regrette le "manque de bobine" occasionné par le format d'1H30 : le scénario n'explore qu'une conséquence de la disparition des parents, le risque de famine et le manque de câlins. Ne plus avoir d'école, de repères sociaux, de soins médicaux et hygiénistes, de protection physique n'est pas en problème pour le groupe des "enfants bien élevés", qui s'en sortent : ils se soignent, évitent les excès, organisent leur ravitaillement, leur justice et leur défense... Est-ce à dire au fond que les enfants n'ont besoin que d'être nourris et "élevés" quelques années - avec succès, certes, pour être autonomes ?
En effet, je ne trouve pas du tout que la guerre finale entre les deux groupes d'enfants (qui a fait dire à quelques critiques mal inspirés que ce film était
une sorte de "Guerre des boutons" à la Tim Burton, arff, ridicule) soit la conséquence du départ des parents : on sait très bien que l'origine des guerres n'est pas le fait d'enfants ! Il n'empêche que cette guerre fait un gros clignement d'oeil vers le tragique Sa Majesté des Mouches : le plan sur une tête de sanglier n'est pas innocent...
Autre absence scénarique que j'ai regrettée : Nicolas BARY, par souci sans doute de ne pas être trop didactique ou moralisateur, n'a fait qu'effleurer des causes de la violence de certains des enfants, en montrant d'un bref revers de pouce les carences parentales. A la conclusion du film, rien ne semble réglé à la maison et c'est un happy end quand même... Y a-t-il eu des coupes ? Est-ce intentionnel ?
C'est dommage : le film était taillé au départ pour devenir un apologue de haut niveau artistique, il ne reste qu'un bon et beau film pour enfants. C'est déjà beaucoup.
Faute de mieux, je mets la bande-annonce (mais elle ne donne pas l'aperçu esthétique du grand écran) :
18 octobre 2008
"Entre les murs", de Laurent CANTET (2008)
D'après l'autofiction du même nom, la chronique d'une année d'enseignement du français dans un collège de Paris intra muros. Le personnage du professeur est joué par l'auteur du livre, François Bégaudeau, et les élèves sont de vrais élèves d'un atelier-théâtre.
MON AVIS
C'est très facile de critiquer, mais on culpabilise aussitôt. Très facile de voir arriver, bien installé dans son fauteuil, l'erreur pédagogique, l'insistance blessante étourdie ou défensive, mais qui va déclencher le conflit, de se dire qu' "il n'aurait pas dû laisser passer ça" ou déplorer "qu'il s'accroche à un truc sans intérêt, qui finira par braquer". On peut se demander si, dans le feu de l'action et devant l'injustice de déléguées indignes, on se serait rappelé qu'on n'est pas payé pour apprendre à des pétasses la triste vérité sur ce qu'elles sont ; que c'est la vie qui leur apprendra pour quoi elles seront prises (et malheureusement laissées) puisque leurs parents ne l'ont pas fait ; qu'on ne joue pas sa carrière sur une mission éducative qui appartient aux parents.
La carence parentale à cet égard, comme à d'autres, est parfois poignante.
J'ai beaucoup apprécié que ce film dénonce, même si ce n'était pas son objectif peut-être, que retirer du centre de l'apprentissage la matière pour y mettre les élèves, comme le veut Meirieu, nuit énormément et à la matière et aux "apprenants" (ici, non-apprenants voire non-comprenants). Elle permet aux élèves de capter en permanence la parole et de la diriger dans des directions qui ne sont pas l'étude : seul ce naïf professeur n'a pas compris que beaucoup des contestations ne servent qu'à interrompre, voire à saboter son cours, que la plupart des questions sont oratoires, et la façon dont il lâche la proie (sa matière) pour l'ombre, explique non seulement qu'il soit le gogo de l'histoire, mais même que, dans toutes les matières où les élèves disent avoir appris des choses, la sienne n'est pas représentée.
Autre dénonciation : l'échec du catéchisme cul-cul la praline qui sert de doxa depuis des années à savoir que le professeur (ou l'élève) qui se montre respectueux d'autrui sera automatiquement respecté. Pourquoi ce qui n'existe pas dans la vie existerait à l'école ? Vous en avez tous connu des enseignants odieux, méchants, méprisants aux cours desquels on entendait les mouches voler? Et entendu le brouhaha s'échappant de la classe d'un autre "trop gentil" ? Cette façon de considérer comme égaux en droits et en devoirs adultes responsables et mineurs placés sous responsabilité est d'une hypocrisie confondante. Cela fait le lit des contestations stériles et des affrontements auxquels on assiste dans ce film : comment ose-t-on s'étonner des comportements pervers dans un système pervers, c'est-à-dire hypocrite ?
21 septembre 2008
"C'est dur d'être aimé par des cons", de Daniel LECONTE (2008)
Histoire vraie. Sous forme de documentaire et d'images tournées à l'époque et avec des interviews rétrospectives, Daniel Leconte reconstitue ce qui fut l'affaire des caricatures pour Charlie Hebdo.
Le titre vient d'une couverture faite par Cabu (énervé par la polémique et qui en avait rajouté), où les personnes visées étaient bien les intégristes, mais ces derniers se sont ingéniés à laisser croire que "les cons" désignait "les musulmans".
MON AVIS
En fait, pour avoir lu "L'Affaire des caricatures", par Mohamed Sifaoui, et "Tirs croisés (...) de Caroline Fourest et de Fiammetta Venner, non seulement j'en savais déjà beaucoup sur les protagonistes actuels des affaires de religion, de laïcité et de liberté d'expression, mais je retrouvais les auteurs dans ce film !
Du coup, j'ai un peu regardé tout cela comme en terrain connu, à part quelques passages hallucinants : des interviews, des réactions de tiers ou de personnes célèbres, par exemple l'avocat de la partie adverse qui se lance dans une attaque ad hominem contre Caroline Fourest... Le combat de Charlie Hebdo, qui à mon avis charrie dans les bégonias parfois, devient l'avant-garde de la liberté d'expression dans ce pays : comment avons-nous pu la laisser choir comme ça ?
Malgré tout, j'ai été très émue en regardant tous ces visages en ayant l'impression d'avoir affaire à des héros modernes, des Républicains convaincus, et, en ce qui concerne les opposants (qui pour moi se sont trompés de bonne foi pour la plupart sur les intentions du journal assigné), notamment les anonymes, j'ai ressenti malgré tout une certaine gratitude - et c'était la conclusion du juge - à voir que le débat a un peu avancé grâce à eux tous.
13 août 2008
"Valse avec Bachir" d'Ari FOLMAN (2008)
Ari, un cinéaste israélien, après avoir reçu les confidences d'un cauchemar récurrent d'un de ses anciens camarades de guerre, se rend compte qu'il n'a aucun souvenir de ces expéditions au Liban dans les années 80. Après en avoir discuté avec un ami psychiatre, qui le met en garde contre les manipulations de la mémoire par intersubjectivités, il se met en quête des souvenirs, rêves et hallucinations de ses autres camarades. Un périple douloureux à la recherche du souvenir perdu se met en marche...
MON AVIS
Je suis encore sous le choc, de l'histoire, des images, de l'Histoire. C'est à voir absolument, mais sûrement pas avec des enfants.
Le film d'animation fait "monter la vapeur" progressivement mais inéluctablement et Ari va être obligé de se confronter avec les démons des autres et avec les siens. Le dessin animé oscille entre la BD en mouvement, le dessin et parfois l'image véritable : certains traits de réalisme sont époustouflants. La dernière séquence, quittant le dessin, pour produire une image d'archive (massacre de Sabra et Chatila) est le coup de poing final : j'ai pleuré.
J'ai alors une clef d'interprétation : le dessin est la part de construction personnelle, pas forcément infidèle, mais tributaire de la mémoire, de l'histoire de la personne, de son mode de représentation interne, et finir sur une véritable image d'archive me semble dire : nous n'avons pas vu, pas ressenti, pas eu de souvenir, d'hallucination, de cauchemars identiques, tous autant que nous sommes, bourreaux et victimes, anciens soldats, de cette guerre du Liban, mais une chose est sûre, c'est arrivé.
Le dessin est tellement riche, somptueux, qu'il est parfois difficile de le saisir complètement, tout en lisant les sous-titres (je l'ai vu en V.O.) et les inscriptions qui s'affichent parfois sous des reconstitutions d'interviews.










