15 mai 2004
"Les Choristes", de Christophe BARATIER (2004)
Une réécriture de La Cage aux Rossignols, film de Jean Dréville en 1945.
Clément Mathieu (Gérard Jugnot) arrive en tant que surveillant ("pion") dans un internat d'enfants défavorisés où un bizutage en règle l'attend, mais surtout un directeur caractériel et tout à fait "incompétent" (le pion ne le lui enverra pas dire). Mais Mathieu est en réalité professeur de musique, il compose et imagine de faire chanter en choeur les élèves qu'il surveille ; de nouveaux rapports vont pouvoir se créer et une des fortes têtes, Morhange (Jean-Baptiste Maunier, dans sa première apparition à l'écran), se révèle doué. Quant à Peppino, un petit garçon orphelin qui croit tous les samedis que son père viendra le chercher, il trouve enfin dans ce nouveau pion un appui contre les "grands".
Un joli film qui arrive à point nommé pour relancer les chorales et l'idée que tout humble qui fait son travail est inestimable dans la société, mais pas reconnu. L'émotion, soutenue par une musique brillante et pleine, est présente à intervalles réguliers. J'admire la prestation d'un naturel étonnant du jeune acteur qui jouait Mondain, le pré-délinquant à la voix de baryton ; je crois savoir qu'il n'avait pas le projet de faire du cinéma et c'est regrettable.
Cet internet, "Le Fond de l'Etang", si bien nommé, n'est pourtant pas le repère de malheurs qu'on imaginait : la plupart des adultes sont de bonne volonté, aiment les enfants, et ces derniers sont plutôt de bons garçons un peu perdus, un peu malheureux. On se dit qu'il y a moyen de trouver une solution (ce que nous apprend l'épilogue).
C'est dommage (allez, je fais mon esprit chagrin pour finir) que ce film soit si clairement un remake : non seulement de La Cage au rossignols, mais la référence à Cinema Paradiso (flashback, retour en avant, autour de l'annonce du décès d'un adulte révélateur) est encore renforcée par la reprise par Jacques Perrin jouant l'adulte (Morange) qui se souvient.
Les choristes
envoyé par bandesannonces
15 février 2004
"Nathalie", d'Anne FONTAINE (2004)
Catherine (Fanny Ardant) engage Marlène (Emmanuelle Béart), une prostituée, car elle a appris que son mari (Gérard Depardieu) est infidèle et elle a un besoin irrépressible de contrôler, de comprendre, de savoir. Marlène, sous le nom de Nathalie, l'abordera, le draguera, deviendra sa maîtresse et devra raconter par le menu comment cela se passe à son épouse.
Très vite, la situation échappe au contrôle de Catherine, si celle-ci l'a jamais eu, et Nathalie-Marlène gagne un pouvoir de plus en plus grand : celui de celle qui sait.
MON AVIS
Une histoire vraiment fascinante, ce duo de femmes superbes, fières et dominatrices a quelque chose de troublant, d'une part, d'autre part, un coup de théâtre attend le spectateur, ce qui sort le film d'une linéarité qui le rendrait anodin, malgré tout.
Catherine veut voir et savoir, Marlène vend une certaine partie d'elle-même mais entend ne laisser voir que celle-là, dérobe même des images, joue avec ce qu'elle laisse voir. Catherine refuse ce qu'elle donne à voir elle-même et cherche à payer ce faux spectacle en fausse monnaie, alors que Marlène attend bien plus. Qui est Nathalie, ce monstre qu'elles ont créé à deux ?
Et le mari de Catherine échappera-t-il au piège misandre élaboré par sa femme, en définitive ?
10 juillet 2003
"Dogville" de Lars Von Trier (2003) - USA, Land Of Opportunity
L'HISTOIRE
Drame philosophique et social, le film commence par l'entrée fracassante d'une jeune fille, Grace, pourchassée par des individus inquiétants et qui demande asile aux habitants de Dogville, petit village extrêmement pauvre. Tom, un jeune homme amoureux d'elle, lui conseille, pour les convaincre que sa présence serait un atout plutôt qu'un danger, de se montrer attentive et dévouée, de travailler gratuitement pour tous... Très vite, la situation se déséquilibre et le piège se referme sur Grace.
MON AVIS
J'ai mis un petit moment à accepter l'absence de décors et le rythme très lent du début, le fait que je n'ai compris qu'à la fin l'enjeu du film. Nicole Kidman offre sa blondeur fragile au personnage et ce qui lui arrive ne peut que bouleverser violemment le spectateur. Cependant cette blondeur se transforme en transparence coupante du verre au moment où, finissant enfin sa discussion (je n'en dis pas plus), elle admet le point de vue de (X) et en tire les conséquences. Le refus de cette coupable indulgence misérabiliste est passionnant et très nouveau pour moi. Philosophiquement, si socialement on pourrait discuter, cette accusation d'arrogance me paraît imparable.
15 février 2003
"Princesse Mononoke" de Hayao Miyazaki (2000)
Vu dans le cadre d'un ciné-club, sur grand écran.
La forêt japonaise, protégée par des animaux fabuleux, se déboise à cause de l'industrie humaine (au XVème siècle, déjà !) et Ashitaka, qui tentait de contenir un sanglier furieux, est blessé et doit partir à la recherche du Dieu-Cerf pour lever la malédiction de la blessure.
MON AVIS
L'histoire est très belle, les images sont travaillées (splendeur du Dieu-Cerf !), l'histoire est tout sauf inintéressante, mais je n'ai pas accroché plus que ça, en comparaison de la passion qui anime certains devant ces dessins animés.
Princesse Mononoke
envoyé par Prune
16 juillet 2002
"L'Auberge espagnole", de Cédric KLAPISCH (2002)
Premier volet de la série des aventures de Xavier (Romain Duris) ; cf. Les Poupées russes (II)
L'HISTOIRE
Xavier, fils d'une baba-cool et d'un analyste boursier, est entre les études et la vie active, et sur le conseil d'un ami de son père au Ministère des Finances, il part étudier encore un an à Barcelone afin de devenir bilingue et valoriser son C.V. Il quitte son amie Martine (Audrey Tautou, super en rouspéteuse) et sa mère dans les larmes.
En route, il fait la connaissance d'un couple de Français qui viennent de se marier, et s'éprendra d'Anne-Sophie (Judith Godrèche), mais découvrira surtout l'amitié à l'européenne : il co-louera un appartement en compagnie de Wendy, Alessandro, Helmut, Soledad, Lars, Isabelle, sans compter les visiteurs de passage. Cette vie ("le bordel qu'il y avait là était comme celui qui habitait dans la tête") le comble mais devrait avoir une fin.
MON AVIS
Terrible de retrouver sa jeunesse à travers celle des autres, c'est-à-dire comme derrière une vitre ou un écran de ciné, comme Xavier, de retour à Paris qui interroge un joyeux groupe polyglotte devenu soudain muet : "Erasmus ?"
Et pourtant le voyage est fantastique, pour un film qui, à tout prendre, à part une astucieuse voix-off pleine d'humour et des montages visuels genre post-it, ne cherche pas forcément l'originalité, ni la chanson de geste, et s'essaie parfois à l'éloge de l'union européenne (sans majuscules). On rêve tous de s'entasser avec ces étudiants européens dans cet appartement crasseux, de réviser ou de sortir en bande, comme autrefois.
Le personnage, à travers ce voyage initiatique auprès des autres si semblables, se découvre lui-même, autre et original. Une mention pour Judith Godrèche, impayable en gentille bourgeoise godiche et rêveuse.
Attention, scène d'anthologie : la leçon de drague lesbienne à l'usage des hétéro, mais l'ensemble des scènes sont des occasions de rire ou de sourire.
L'auberge espagnole
envoyé par onadarkdeserthighway
02 février 2001
"Billy Elliot", de Stephen DALDRY (2000)
L'HISTOIRE

Billy Elliot, orphelin de mère, fils de mineur, occupé de l'école et d'une grand'mère sénile, regardant son père et son frère aîné gérer leur pauvreté, se voit offrir un luxe : prendre des cours de boxe, une tradition familiale masculine. La salle est partagée avec le cours de danse classique des filles, Billy assiste à leurs cours en cachette...
MON AVIS
Un film très riche en thèmes : d'abord le combat contre les préjugés sexistes, le combat social (le frère et le père sont des mineurs en grève pendant le libéralisme thatcherien triomphant), la recherche de modèles d'un enfant solitaire, le caractère exubérant et libérateur de la danse. Le petit acteur, Jamie Bell, mêle une base classique et folklorisme écossais, claquettes, gymnastique instinctive et semble très crédible en débutant doué.
En revanche, le dénouement m'a laissée perplexe... Je n'en dirai pas plus pour ne pas "spoiler", comme on dit.
Billy's dance in 'Billy Elliot'
envoyé par z_yukiLL
06 novembre 2000
"Virgin Suicides" de Sofia COPOLA (2000)
Film d'après le roman de Jeffrey Eugenides, vu plusieurs fois.
L'HISTOIRE
Les garçons du quartier, comme des chats timides, rodent autout de la famille Lisbon et ses cinq jolies filles en fleurs, pleines de sève et de promesses. Mais elle est le théâtre d'un événement inexplicable : la plus jeune Cecilia, 13 ans, tente de se suicider, puis y parvient, malgré un effort pour les parents (un professeur et une mère puritaine), de donner un peu plus de souplesse à leur éducation et de permettre une boum chez eux.
Après une sortie qui tourne mal, ils changent d'avis sur l'éducation des quatre survivantes...
MON AVIS
Je n'ai toujours pas compris comment j'avais pu être séduite par l'ambiance verdâtre, cafardeuse, énigmatique d'un tel film. Le fait de ne pas comprendre soutient l'intérêt, et la musique d'Air est magnifique (j'ai acheté la B.O.). Kirsten Dunst y est radieuse.
the virgin suicides - bande annonce
envoyé par Lin-sama
15 mars 2000
"American Beauty", de Sam MENDES (2000)
Lester Burnham (Kevin Spacey) est un père de famille entre deux âges, zombie sans projets, sans joie, dans un emploi où les brimades doivent tenir lieu d'ordinaire, entre masturbation et sommeil ; la volonté de sa femme Carolyn (Annette Bening), pas plus heureuse que lui, mais hyperactive et ambitieuse, lui tient lieu de gouvernail.
Un jour, par devoir envers leur fille Jane, mal dans sa peau et haineuse, les parents vont assister à son exhibition de majorette. Et là, Lester subit une transfusion de jeunesse : une jeune fille blonde (Mena Suvari), amie de Jane, au nom évocateur d'Angela Hayes (la Lolita de Nabokov s'appelait Dolorès Haze - prononciation identique !) provoque chez lui une hallucination visuelle où des pétales de rose, comme autant de globules rouges, s'envolent d'elle, dansant lascivement, vers lui...
Redonnant alors la vie au jeune homme qu'il fut, Lester va provoquer dans sa vie professionnelle, familiale et amoureuse, des changements radicaux...
Mon film préféré pendant plusieurs années ! Et pourtant, croyant à une banale et pathétique histoire de démon de minuit, j'étais dubitative.
Le caractère tragi-comique de ce film est cependant indéniable : une voix off nous informe dès le début que le héros n'a plus qu'un an à vivre (ce que nous ne tardons pas à déplorer vivement dès que le mécanisme de sympathie envers Lester se met en route). Et nous rions de ce qui exaspère sa femme et sa fille : son irresponsabilité, sa concupiscence envers Angela, petite allumeuse apparemment imbue d'elle-même, et pourtant aussi fragile que son corps.
Enfin, une esthétique merveilleuse se dégage dans le film : les couleurs automnales, sans aucune logique chronologique dominent : ne manquer sous aucun prétexte la séquence tournée par le jeune voisin (Wes Bentley) où un sac en plastique blanc "danse" au milieu des feuilles mortes. On comprend tous les personnages, tous nous sont offerts, à coeur ouvert.
American Beauty - 1999
envoyé par seidrik






