09 mai 2012

"Maman", d'Alexandra Leclère (2012)

maman-Il y a vingt ans, Sandrine 'Mathilde Seigner) et Alice (Marina Foïs) ont fait une sorte de fugue, fuyant leur mère (Josiane Balasko) qui, toute à son indifférence pour elles et à son intérêt pour son nouveau compagnon, n'a cherché ni à les retrouver, ni à s'expliquer avec elles. Sandrine, durcie et coléreuse, a eu deux garçons mais ne parvient pas à établir de relation amoureuse, tandis qu'Alice, tendre, fragile et artiste, est mariée mais s'est abonnée aux avortements à répétition, de peur d'être une mauvaise mère...

C'est sur ce champ de ruines que "Maman" (Sandrine refuse de l'appeler ainsi) fait son grand retour, parce que son mari l'a plaquée, et trouve tout naturel de venir s'installer à Paris où habitent ses deux filles. Tandis qu'Alice fait tout pour la recevoir et tenter de nouer un lien cordial, Sandrine se tient en retrait. Lors d'un repas "de famille", la rancune de la mère pour Sandrine explose et cette dernière, indignée par l'aplomb éhonté de sa mère, s'enfuit.

La situation étant gangrenée par les non-dits et le déni de leur mère, les deux soeurs décident de kidnapper "Maman" dans un lieu inconnu pour avoir une discussion sans faux-fuyant et pouvoir lui poser des questions...


Il ne faut pas se fier aux vidéos (trailer, autre) qui ont l'air de faire de ce film une comédie. Certes, on sourit souvent (la demande de berceuse d'Alice, carabine à la main et larmes pas bien loin, est un modèle du genre), mais c'est plutôt poignant.

Le duo des soeurs, abîmées, entre rancoeur et demande éperdue d'amour, est bouleversant, tout d'abord. Cette mère égoïste, réclamant à ses filles des égards et de l'attention qu'elle ne leur a jamais prodiguées, d'une mauvaise foi phénoménale et d'une brutalité déplacée, stupéfie. Beaucoup de choses me paraissent très bien vues et justifient que je conseille d'aller voir ce film.

Mais il me semble qu'il y ait des petites choses qui auraient mérité un traitement légèrement différent.

D'abord, je me demande si le synopsis originel ne concernait pas un "papa" plutôt qu'une "maman". Le souci de maquiller une autobiographie ou la banalité du propos (un père dont les gosses ne sont plus la priorité en fondant un nouveau foyer, mais qui s'y réintéresse une fois seul et vieux, c'est cliché si j'en crois ce que je vois autour de moi) peut seul justifier cette maladresse. Une mère aurait davantage menti, sauvé les apparences, "tenu les pieds au chaud" pour masquer la même indifférence ; j'en vois peu qui affichent leur manque d'amour officiellement, ce qui aurait le mérite de ne pas être pervers.

La fin aussi aurait peut-être gagné à moins d'ambiguité. Elle est construite comme un happy end, mais s'il faut vraiment le prendre comme tel, j'émets des réserves.

Rien n'explique, rien dans tout ce que dit "Maman" une fois décongelée, ne justifie que Sandrine baisse la garde. J'ai l'impression, moi, que "Maman" a juste appris pendant le week-end qu'elle gagnerait, comme je l'ai dit plus haut, à mettre de l'eau dans son vin et à maquiller davantage son indifférence. Par exemple, elle parvient à semer la zizanie entre les soeurs et à leur retourner leurs accusions : "Pourquoi vous ne m'aimez pas ?"

Ça, c'est du culot. Elles en restent bouche bée. Mais on ne sait pas si elles sont bouche bée parce qu'elles savent bien que c'est du culot (c'est la mère qui commence à aimer son bébé, pas le bébé qui donne l'exemple) ou si c'est parce qu'elles croient vraiment avoir commis une faute envers leur mère.

Le sourire de Sandrine dans le dernier plan est un sourire d'espoir ; celui de sa mère... Franchement, je ne sais pas. J'y lis du triomphe, genre "Je vous ai eues, filles de tarée". Comme quoi, ce n'est pas très net !

Josiane Balasko, Mathilde Seigner et Marina Foïs sont toutes les trois ma-gis-trales !

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03 mars 2012

"Les Infidèles" de... (2012)

infid_lesLes réalisateurs : Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Alexandre Courtes, Jean Dujardin, Michel Hazanavicius, Eric Lartigau et Gille Lellouche.

L'HISTOIRE


Ce sont plusieurs sketches de formats et d'ambition variables sur le thème de l'infidélité masculine. Certains sont des simples gags (pas forcément les moins réussis), d'autres de petits courts métrages. Le premier et le dernier sketch, mettant en scène des amis (Gilles Lellouche et Jean Dujardin) tellement proches qu'ils trompent leurs femmes ensemble, sont les seuls où les personnages sont bien les mêmes.

MON AVIS


C'est très amusant, assez déjanté, pas toujours d'une grande finesse ni destiné aux chastes yeux, mais les registres sont suffisamment variés pour que tous y trouvent leur compte. La plupart des sketches dénoncent en demi-teinte l'origine machiste de l'infidélité masculine : outre qu'elle n'accepte pas la réciprocité du cocuage au nom de l'idée reçue que les femmes n'ont pas de rapports sexuels sans sentiments (Emmanuelle Bercot), elle considère surtout les femmes comme de la bidoche. Assez pathétiques, parfois, et même à plaindre, les obsédés qui rament (sketch dont je n'ai pas retrouvé le réalisateur, où Dujardin, en congrès, cherche à profiter de l'occasion) ou ceux qui se sont laissés engluer par une Lolita sans coeur (Eric Lartigau), et ces femmes entre colère et impuissance résignée... Hilarant, le sketch sur les Infidèles Anonymes (Alexandre Courtes) !

Bande-annonce.

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25 janvier 2012

"Rusty James", de Francis Ford Coppola (1984)

rusty_jamesRusty James (Matt Dillon), adolescent rebelle vit dans l'ombre de son frère, que dis-je, dans l'ombre du souvenir de son frère aîné, Motorcycle Boy (Mickey Rourke), parti en Californie. Avide de reconnaissance, ce cadet qu'un père délaisse pour la bouteille depuis que sa mère les a quittés, sans compter la désertion du frère, décide de réorganiser à Tulsa les bagarres qui faisaient florès du temps de son frère, du temps que l'héroïne n'avait pas décimé les bandes. Il défie le chef d'une bande survivante et, au moment où il allait succomber sous les coups, Motorcycle Boy réapparaît et le sauve aussitôt.

Une vie quotidienne paraît reprendre, entre échecs et jouissances à court terme, mais Motorcycle Boy paraît perdu dans une sorte de rêverie infinie de doux toqué, entre les souvenirs du passé, celui de son périple californien où il a revu leur mère, et la recherche éperdue des couleurs... celles des poissons-combattants d'un magasin animalier...


Un film en noir et blanc, à part les poissons colorés, un régal pour l'oeil, très mystérieux, au parti pris résolument esthétique. Coppola aime ses acteurs, les lieux les plus sordides et la photo est soigneuse dans tous les plans et dans les moindres détails.Matt Dillon et Mickey Rourke ont un jeu très touchant. En revanche, tout est allusif, on peine à lever le voile et on ne l'a pas sur tout : les mots et les situations semblent très codés dans un monde qui est le nôtre et pas vraiment le nôtre. L'étrangeté de la photo, les clins d'oeil à James Dean et aux films des années 60, à West Side Story, donnent quelque chose d'intemporel, voire atemporel à ce film. Pour résumer : pas facile, très beau.

Bande-annonce du film.

Vu en vidéo à la demande.

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22 janvier 2012

"Les Oiseaux", d'Alfred Hitchcock (1963)

oiseauxMelanie Daniels, une jeune jet-setteuse (Tippi Hedren) est moquée dans une oisellerie par Mitch Brenner (Rod Taylor) un avocat qui l'a repérée au Tribunal où elle était accusée de vandalisme. Elle ne l'avait pas reconnu et, croyant l'abuser, feignait d'être la vendeuse chargée de lui commander des inséparables. Piquée au vif, elle croit reprendre les cartes en main en le poursuivant jusqu'à Bodega Bay, la ville où il passe ses fins de semaine, en compagnie de sa mère et de sa toute jeune soeur, avec une cage contenant des inséparables.

Mais, dès son arrivée, les oiseaux changent de comportement et elle est même attaquée dans la barque qu'elle avait empruntée pour se rendre sur la rive où habite la famille de Mitch... Elle n'est que la première des victimes...


Ce film n'a pas pris une ride, et même les effets spéciaux anciens gardent une force particulièrement dans ce thriller, à la limite du film d'horreur dans le suspense distille ce qu'il faut pour irriter les nerfs. Comme dans Psychose, on comprend très vite qu'il ne faut pas voir autre chose que la déconstruction de la névrose d'un des personnages, sur fond d'oedipe mal réglé. Mais cela n'empêche pas, cela accompagne même à ravir, un suivi au premier degré. J'hésite entre mes scènes préférées, tant elles me paraissent fabuleuses. Une mention particulière à la beauté et l'expressivité des actrices.

Extrait : l'attaque de l'anniversaire.

Revu en vidéo à la demande.

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02 décembre 2011

"Intouchables", d'E. Toledano et d'O. Nakache (2011)

intouchablesPhilippe (François Cluzet) est devenu tétraplégique après un accident de parapente. Veuf, il vit dans un hôtel particulier avec sa fille adoptive et sa domesticité, mais il recherche un auxiliaire de vie. Parmi les postulants, Driss (Omar Sy), un jeune de banlieue qui sort de prison, et qui s'exaspère de l'attente inutile (car il se doute qu'on ne le prendra pas) et se précipite pour avoir une signature au bas de sa feuille "pour les ASSEDIC". Philippe le prend un mois à l'essai au grand dam de son entourage, et le jeune homme se montre étonnamment intuitif et à l'écoute des besoins de son patron, à sa manière, et en dehors de toute "pitié", ce qui est la dernière chose que Philippe attend de lui. Ils s'apprennent beaucoup de choses et évoluent ensemble.


C'est un film optimiste, rieur et tendre et fera beaucoup pour changer le regard sur les personnes handicapées, qu'elles le soient au niveau physique mais aussi social. Le titre parle d'"intouchables" au pluriel. Les origines de Driss et son casier judiciaire font beaucoup pour le renforcer dans un état de paria, rendant difficile aussi bien les emplois que les rencontres amoureuses durables, et l'indépendance. D'ailleurs, les deux hommes se traitent mutuellement d'"assisté" en début de film. Cette "assistance" va devenir association, solidarité, affection... C'est vraiment un baume au coeur en ces temps où l'on montre du doigt les personnes abîmées par la vie en les traitant en poids inutiles, alors qu'ils sont déjà sous le coup du manque de respect pour la personne humaine, culminant si en plus on est déjà fragile.

Le film ouvre beaucoup de pistes narratives et interprétatives qu'il ne daigne pas toujours exploiter ou expliciter, ce qui est beaucoup pour un film destiné au grand public, une belle preuve de confiance envers le spectateur chargé de fabriquer ses propres parcours de lecture ; j'en cite une : Driss et la fille de Philippe ont été tous les deux adoptés ; Driss, en intervenant pour elle auprès du "plumeau", agit en grand frère.

Bravo pour les performances d'acteurs dans ce film, notamment pour les deux acteurs principaux. Mais tous sont très, très bien !

Mes seuls regrets concernent deux points. Tout d'abord le milieu social de Philippe, aristocrate et riche, ce qui est un peu facile : on sait bien qu'on ferme davantage les yeux sur les "insuffisances" de qui nous offre une vie confortable, ce dont bénéficient tous ceux qui le côtoient, y compris Driss. Il n'est pas innocent qu'avant de lui proposer l'emploi d'auxiliaire de vie, on lui ait fait visiter sa chambre somptueuse et fait admirer une salle de bain d'anthologie. J'aurais aimé pouvoir être sûre que Driss aurait été le même avec un homme qui n'aurait eu que ses allocations pour vivre. Ensuite, je trouve étonnant et un peu démago, que Driss soit resté complètement imperméable à la culture dont l'environne Philippe. Or la seule chose que retient Driss, c'est la peinture... parce qu'elle peut rapporter beaucoup d'argent. Je suis bien placée pour dire que même un jeune défavorisé nourri au rap, au R'N'B et aux taggs, peut un jour s'extasier devant le final de Don Giovanni ou "La Liberté guidant le peuple" ; dommage qu'on ait voulu faire de Driss, qui le revendique, un "pragmatique" sans lui laisser la possibilité d'évoluer à ce niveau, alors que Philippe s'en montre capable.

Mais que ce paragraphe ne vous empêche pas d'aller voir le film : il le mérite.

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27 octobre 2011

"Le Secret de Brokeback Mountain", d'Ang Lee (2005)

brokeback_mountainDans le Wyoming, deux jeunes cowboys sont chargés de paître des moutons dans les montagnes pendant une saison, l'un d'eux, Ennis (Heath Ledger) est fiancé, l'autre pas. Ils vont vivre une intense liaison à cette période puis devront retourner à leur vie ordinaire et à leur destin hétérosexuel. En réalité, quatre ans après, ils décident de se revoir au moins une fois par an. Jack (Jake Gyllenhall), qui vit particulièrement mal de ne pas pouvoir concrétiser leur union ni de vivre à deux, se marie à son tour... Cela n'interrompra pas ces pélerinages à Brokeback Moutain, sous prétexte de parties de pêche entre copains, où il sera enfin possible d'être soi et d'aimer qui on aime...


Ce que j'ai particulièrement aimé dans cette version filmique de la nouvelle d'Annie Proulx, c'est que tout ne tourne pas qu'autour de la difficulté à admettre son homosexualité. Il est vrai qu'une grande partie du film, c'est le problème central. On voit bien qu'Ennis met des distances, se montre violent envers Jack par incapacité à assumer le geste de tendresse ou de désir envers lui, ce qui semble plus facile à Jack. N'oublions pas que le coming-out n'est pas qu'une mise en danger familiale et affective : deux cow-boys vivant dans le même ranch avaient été massacrés bien des années auparavant et le père de l'un d'eux l'avait emmené voir les cadavres, à titre de leçon. "Je me suis toujours demandé si ce n'était pas lui qui l'avait fait." L'ironie tragique a voulu que, loin de le détourner de l'homosexualité, ce doute a peut-être concrétisé dans le sang, donc durablement, l'homosexualité latente de l'enfant.

Mais Ennis a un autre problème encore : la difficulté, tout court, à aller vers l'autre, à lui faire une place dans sa vie. Ce n'est (spoiler) qu'après la mort de Jack que cette problématique apparaît clairement et donne alors une dimension universelle à tout le film. Chef d'oeuvre, et je récuse les réserves de deux revues critiques de cinéma qui n'y ont vu qu'un défilé de belles cartes postales. Je le regrette pour ces critiques.

Vu à la télévision.

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26 octobre 2011

_Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne_, de Steven Spielberg (2011)

tintin_filmOn connaît l'histoire, ou je la rappelle : le jeune reporteur aux talents multiples, Tintin, achète la maquette d'un bateau du XVIIème siècle, La Licorne, commandée jadis par le Capitaine Haddock... l'ancien. Deux personnages inquiétants tentent de la lui acheter quelques minutes après son propre achat, puis son appartement se fait cambrioler et la maquette disparaît. Tintin, à la fois agacé et stimulé par toute cette adversité, cherche à avoir le fin mot de l'affaire et pour cela va remonter à ses mystérieux démarcheurs ; l'un d'eux meurt fusillé à sa porte tandis que l'autre, Sakharine, qui habite le château de Moulinsart, fief des Haddock, se montre dangereux...


Spielberg l'a bien compris, nous ne l'attendions pas dans la création de l'intrigue mais dans la réécriture filmique d'une BD qui n'avait aucun besoin de cela. Je dois dire que Le Secret de la Licorne est probablement mon opus d'Hergé préféré et ma réaction est donc forcément un peu mitigée.

On attendait bien entendu que Spielberg utilise au mieux les moyens techniques qu'un réalisateur du XXIème siècle ayant les budgets pharaoniques qu'on lui accorde et, de ce côté-là, rien à dire : sur la question cruciale du "dessin" de Tintin, qui a fait que tant de films "réels" ont déçu, je mets 10/10. La bouille naïve de Tintin échappe à la caricature du dessin simple de ses origines, sans rejoindre les types réalistes d'un garçon à la peau claire et à la face ronde : j'admire la résolution "entre les deux" de la technologie numérique mise en place. L'autre personnage qui aurait pu être un massacre et qui s'en sort sous mes applaudissements est bien entendu la Castafiore (qui n'aurait pas dû apparaître mais dont le réalisateur a la sagesse de faire une simple figurante), qui quitte sa silhouette caricaturale, tout en gardant les grandes lignes voulues par Hergé. Chapeau !

Mais tout le problème restait de "faire mieux" que la BD, montrer qu'on a fait un film, et un film "actuel", qui coupe le film, rempli des "in-extrémismes" et des cascades assistées par ordinateur enchaînées par paquets de trente qui semblent être les figures imposées de tout "film d'action" contemporain. Et, toutes les tôles enfoncées, les véhicules pliés, les maisons effondrées (qu'on se le dise, les Marocains semblent avoir des maisons en carton pâte qu'un char standard peut déplacer) ne coûtent absolument rien puisque tout est fait numériquement, on ne voit plus l'intérêt d'être parcimonieux, raisonnable et ça tourne au grand-guignol, ce qui ne serait pas grave si ce barnum n'engendrait pas finalement un ennui poli (je parle pour moi, les enfants plus jeunes avaient l'air contents) et l'attente que l'intrigue retrouve son fil, que les épreuves des jeux vidéos soient remplacés par les péripéties du film, que Spielberg veuille bien rendre la parole à Hergé.

Ma dernière déconvenue : le capitaine Haddock, seulement "porté sur la bouteille", ce qui est déjà beaucoup dans le genre politiquement incorrect, devient un alcoolique ridicule et impuissant, en proie à des hallucinations et des pertes de mémoire, une sorte de personnage fantoche assez pathétique. Ce qui n'était qu'une caractéristique triviale devient ici un handicap rhédibitoire.

Restent de bons moments de cinéma et un grand plaisir devant les paysages somptueux créés en 3D, la haute mer, le ciel, les bateaux, les avions, le parc extraordinaire où se produit la Castafiore, ainsi que, je le répète, devant les interprétations physiques de nos héros de papier.

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02 octobre 2011

"The Island", de Michael BAY (2004)

the_islandL'HISTOIRE


Dans un monde futuriste, des humains ont échappé à une contamination grâce à une immense quarantaine dont on ne sort que par le truchement d'une loterie, qui emmène les gagnants sur une île où ils vivront enfin en contact avec une nature pure et amicale (c'est là qu'il y aurait des questions à se poser, avec un minimum d'esprit critique, non?).

Des questions, Lincoln Six-Echo (Ewan MacGregor), s'en pose justement à la grande surprise de son médecin. Il supporte de moins en moins d'être contrôlé physiquement à tout bout de champ, notamment sur le plan alimentaire, vestimentaire et ne voit pas vraiment le rapport entre un mode de vie tout à fait liberticide et leur santé. Il est très attiré par Jordan Deux-Delta (Scarlett Johannsson) qui a une façon plus habile, plus doucereuse de contourner les interdits. Mais il est interdit de se rapprocher physiquement. Pourtant, des enfants naissent... Mères et enfants vont automatiquement sur l'île...

MON AVIS


Encore une contre-utopie ! ai-je pensé au début du film. Non que ce soit un défaut rédhibitoire, mais les premières images ont un relent de resucée de 1984, Le Meilleur des mondes, Bienvenue à Gattaca (ne trouvez-vous pas que Scarlett Johansson ressemble un peu à Uma Thurman ? quant à l'affiche... sans commentaire !), entre l'interdiction de "proximité" entre membres de cette société et les scènes de gestation artificielle auxquelles on assiste (bien que des femmes portent aussi des enfants... par quel miracle ? esprit critique, es-tu toujours là ?), il est difficile de penser autrement.

Puis le film prend son indépendance de toutes ces talentueuses références et tourne ensuite au thriller américain avec son charme de grand spectacle et les clichés afférents aux héros épiques.

Un autre grand plaisir : Scarlett Johansson et son adorable bouille d'ado, à la fois plébéienne et aérienne, pure et sensuelle ! La stupeur ravie du... double (argh, spoiler) de Lincoln Six-Echo se comprend à merveille.

Ma seule déception ne regarde que moi, inutile de lire ce paragraphe : le film ressemble terriblement à une nouvelle - moins audacieuse dans l'anticipation technologique) - de SF que j'avais écrite à l'âge de 22 ans ; je ne pourrai plus jamais faire lire sans qu'on me soupçonne de m'être inspirée de ce film ! Tant pis pour moi !

Vu en vidéo à la demande.

A voir, si possible en VO, si comme moi vous êtes maniaque des accents originels (il faudra confronter à un moment donné l'accent américain et écossais)

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04 août 2011

"Une Séparation", d'Ashgar Fahradi (2010

separationL'HISTOIRE


Simin et Nader sont devant le juge. Elle demande le divorce, lui, "si elle veut abandonner sa famille", l'accepte. Le juge, estimant que les raisons de Simin ne sont pas bonnes (on ne se sépare pas d'un homme bien parce qu'il refuse d'émigrer) n'accorde pas le divorce, mais le couple se sépare. Leur fille Termeh, 12 ans, préfère rester avec son père et son grand-père, malade d'Alzheimer, qu'il faut surveiller en permanence.

Nader va devoir engager Razieh, une musulmane fondamentaliste et très pauvre, à l'insu de son mari qui n'accepterait pas qu'elle travaille, et encore moins au service d'un "célibataire". De plus, elle est enceinte de quatre mois. A cause de cela, le travail va vite se révéler trop difficile pour elle, et un drame va avoir lieu.

MON AVIS


Si ce film était une chorégraphie de danse, je la déclarerais "posturée au millimètre". Il est construit comme un de ces apologues complexes et fréquents, si j'en crois ma maigre culture littéraire de ces pays-là, au Moyen-Orient : il est difficile de dire qui a raison, qui a tort, qui est le méchant, qui est le gentil : tout le monde a ses bonnes et mauvaises raisons. Ce qui saute aux yeux est l'humanité dans ce qu'elle a de plus sublime (désir de droiture, spiritualité, honnêteté...) et de plus vil (peur, lâcheté, bêtise...).

Peut-être que le titre veut attirer l'attention sur le cataclysme engendré par la séparation d'un couple sur son entourage proche et moins proche, mais peut-être est-il aussi une allusion à la séparation des classes sociales et des modes de vie au coeur d'un même pays, l'Iran.

Je suis allée voir ce film avec plusieurs personnes qui se disaient "fatiguées", et, malgré l'heure tardive, je peux vous assurer que personne n'avait envie de dormir : entre une intrigue aussi mystérieuse qu'un polar et le quizz éthique posé, les deux heures sont passées à toute vitesse.

Vu au cinéma en VOST. Bande-annonce.

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01 août 2011

"Gianni et les femmes" de Gianni De Gregorio (2010)

gianni_et_les_femmesLe moins que l'on puisse dire est que les premières images du film donnent une image peu reluisante du héros, Gianni...

Première séquence : Chez le notaire. Tentative pour faire accroire à sa pauvre vieille maman (en réalité une aristocrate ruinée mais prodigue, snob mais gâteuse, entourée mais tyrannique et particulièrement odieuse avec son fils jouée à la perfection par Valeria De Franciscis) qu'elle devait lui signer un mandat pour vendre sa maison si elle voulait continuer à toucher sa retraite. Détrompée par le notaire à sa question directe, la tentative échoue, à notre satisfaction naïve.

Deuxième séquence : Avec l'avocat et ami de Gianni. Conseil de se changer les idées en prenant une maîtresse. Le pire des vieux décatis dans leurs connaissances n'a-t-il pas une aventure avec l'accorte buraliste ? Gianni se montre tenté.

Triste sire, le Gianni ? Cela reste à voir.

Le monde que nous donne à voir le réalisateur est matriarcal. Les femmes d'âge mûr continuent à juger que les hommes ne sont là que pour les seconder à la maison et mettre leur retraite à la disposition de la famille, mais, restées actives car plus jeunes ; elles ont acquis la morgue autoritaire des maris d'autrefois qui rentraient à la maison pour n'avoir rien à y faire. Elles ont aussi appris à séduire, à envelopper le mâle à berner ou à utiliser de guirlandes de mots sucrés, de compliments et d'attention, les plans débordent de vues plongeantes sur des décolletés à la limite de la décence, mais le refrain qui viennent très vite, en échange de vent, est "Rends-moi un service"... Pour trouver une maîtresse sincère, le seul havre où l'homme vieillissant aurait encore un peu l'impression de ne pas être une poire et de prendre ses propres décisions, il faudrait pouvoir décrypter la part de la séduction et celle de l'affection. Vers la fin du film, on sent bien que Gianni ne se fait plus d'illusions.

Le film est cependant loin de se prendre aussi au sérieux que ma critique, qui se veut un peu analytique ; c'est une vraie comédie, avec quelques gags qui font mouche.

Vu au cinéma en VOST. Bande-annonce.

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