Mots et Images

Ceci est le journal de mes films, de mes lectures, de mes spectacles et, parfois, des expositions où je vais, sans prétention à l'exhaustivité, ni au suprême bon goût.

05 février 2010

En ce moment, je lis...

un_ete_prodigeBarbara KINGSOLVER, Un été prodigue

 

 

bruleevive






SOUAD, Brûlée vive

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04 février 2010

"Hypatie ou la Mémoire des hommes", de Pan Bouyoucas (1999)

Théâtre Gyptis, 136, rue Loubon, 13003 Marseille.
Metteur en scène : Andonis VOUYOUCAS.
Pièce : premier Prix au Concours "Journées d'auteur" au théâtre des Célestins de Lyon.

HypatieL'HISTOIRE


Cf. theatronligne.
Théon d'Alexandrie meurt au IVème siècle dans l'incendie de la grande bibliothèque (déjà incendiée sous Jules César). Hypatie, sa fille, mathématicienne et enseignante à l'université de la bibliothèque, entreprend de la reconstituer à l'aide de la mémoire de tous les intellectuels de la ville... Sa présence, son entreprise, son sexe, son impiété (elle est Néo-Platonienne, mais plus certainement athée ou agnostique) tout indispose la chrétienté alexandrine, menée par le cruel Cyrille d'Alexandrie qui a déjà chassé les Juifs de la ville...

MON AVIS


Encore sous le charme du film "Agora", je me suis rendue au Théâtre Gyptis voir cette pièce, qui arrive à la fin de ses représentations à Marseille et dont le succès loin de se démentir et de démentir les critiques, enfle toujours, avec beaucoup d'impatience.

C'est un spectacle complet, une danse envoûtante, jouant sur l'envol et les déliés (conçue par Josette Baïz avec la compagnie Grenade), autant que sur la musique des membres, une musique antiquisante et post-moderne à la fois d'Alexandros Markeas, interprétée par l'Ensemble Télémaque, sans compter une chanteuse, Murielle Oger Tomao, à la voix bouleversante : chaude, féminine, nuancée à l'infini. Son intervention coupait parfois malheureusement une action palpitante.

Je comprends que la sobriété du décor, un dédale de marches, dont certaines descendaient jusqu'aux spectateurs, ait ravi les acteurs autant que le metteur en scène. On finit par ne plus en imaginer d'autre.

Contrairement au premier parti pris, les costumes ne sont pas complètement contemporains. Les religieux ont gardé (ou pris) une allure liturgique connue, mais les laïcs sont un peu hors du temps. Pourquoi pas ?

J'ai été intéressée par l'intervention de personnages que je ne connaissais pas : Sarah, médecin, juive, reniée par sa famille pour vouloir étudier et enseigner l'art d'Hippocrate à l'école d'Alexandrie, Jean, moine chrétien, émouvant dans son désir d'être juste, d'être vrai, et d'être loyal à son camp tout à la fois.

Hypatie (Agnès Audiffren?) est, elle aussi, admirablement jouée, virulente, indignée, pathétique, sorte d'Antigone aux pieds bien sur terre ; en revanche, contrairement à celle du film, elle apparaît fleur bleue, aspirant au mariage, à l'amour physique... La science, dont il n'est guère question que fugitivement, n'est qu'une parenthèse dans sa vie avant que celle-ci commence entre les bras d'un homme...
Je suppose que ce n'était pas volontaire de la part de l'auteur, dont la thèse est qu'une femme au pouvoir fait toujours l'union contre elle, mais c'est d'autant plus gênant.


_Selected Short Stories_, de SAKI (1900)

sakiSaki, né Hector Hugh Munro, a commencé à écrire en 1900. On retrouve dans ses textes un vécu personnel pas toujours heureux, transcendé par l'humour.

" L'imagination a été donnée à l'homme pour compenser ce qu'il n'est pas.
L'humour pour le consoler de ce qu'il est.
"

On trouve dans ce recueil "Tobermory", du nom d'un chat auquel un spécialiste a appris à parler, et ce prodige apparaît vite comme une calamité...
"The Story-Teller", ou l'inconvénient de se faire entretenir par une jeune fille espiègle avant l'arrivée de sa tante...
"Sredni Vashtar", la nouvelle que j'avais lue intégralement en français auparavant, où l'on voit un orphelin trouver dans un animal auquel il prête des pouvoirs magiques, une vengeance contre les vexations de son quotidien...
"Gabriel-Ernest" : il paraît qu'il y a une bête sauvage dans vos bois, et tout ce que vous y trouvez, c'est un jeune vagabond aux yeux clairs... Que faire ?


J'ai adoré cette édition scolaire dont les nombreuses notes m'ont aidée à apprécier un anglais parfois littéraire, mais pas difficile du tout. Saki a beaucoup de talent et il commence à être un de mes nouvellistes préférés.

Lecture faite en anglais.

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03 février 2010

_Ad Aeroportum ! (...) le latin d'aujourd'hui_, Jean-Loup Chiflet

adaeroportumSur la veine de "Sky my hushband !", "99 mots ou expressions à foutre à la poubelle", Jean-Loup Chiflet s'intéresse au latin vivant ! Celui qu'on parle ou pourrait parler au Vatican, en Europe latiniste...
A partir du très sérieux Lexicon Recentis Latinitatis, de Charles Egger (Carolus Egger !), l'auteur nous concocte un faux guide de conversation pour un voyage au Vatican, là, où nous pourrions avoir besoin de passer un fax, d'aller au MacDo (filius Donaldi), déclarer un vol de téléphone portable (telephonicum corniculum).
Évidemment, il s'amuse aussi à évoquer des cas plus troubles, la drague, les spectacles coquins du Vatican by night, quand le clergé est parti dormir...


Cela faisait des années que je rêvais de trouver à Rome ce dictionnaire ; en attendant, je me contente de la version humoristique, jouant sur les faux amis, les clins d'œil et le latin de cuisine, même si, grammaticalement, tout semble correct). A noter, sous prétexte de nous éviter des erreurs, la ré-interprétation des pages roses et blanches des expressions latines dans les dictionnaires.

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_La Vie des charançons est assez monotone_, de Corinne Bouchard (1992)

Relecture.

charan_onsmonotoneLes charançons ? Les usagers du Lycée, professeurs et élèves. Il ne se passe rien ne nouveau en apparence. En approchant la loupe, on aborde le quotidien loufoque, ahurissant, sempiternellement et drôlatiquement déprimant des élèves et de leurs professeurs.
La narratrice, professeur de Lettres, met en scène des situations typiques : la pré-rentrée, la rentrée, la première heure de cours, la sortie scolaire...

C'est le genre de livres qui manie avec aisance l'auto-dérision, l'humour et, si l'absurdité de la plupart des situations, qui pourrait être tragique, est soulignée, c'est tout de même le principal levier du comique de ce faux essai. Je pouffais en lisant, attirant l'attention des gens autour de moi.
Aucun jeune professeur ne pourra avoir envie d'organiser de sorties, s'il lit ce texte !

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31 janvier 2010

_Les Patriotes_, tome 1 : "L'Ombre et la Nuit", Max GALLO

ombreetlanuitEn 1936, Bertrand Renaud de Thorenc, journaliste à Paris-Soir, interviewe le plus objectivement qu'il le peut le chancelier Hitler, à Berlin. Il rencontre alors une jeune fille, Geneviève Villars, qui est la fille de l'ambassadeur de France. Sur un malentendu, elle lui échappe et il s'en retrouve obsédé.
Autour d'eux, l'Europe tremble, se divise, on suppute des intentions réelles du chancelier allemand, espions, agents doubles. C'est l'Espagne qui s'enflamme la première et des Français de tous bords y partent soutenir les deux bords. C'est enfin les Sudètes qu'on abandonne, et alors pourquoi pas Dantzig ou l'Alsace ?
Bertrand est mobilisé dans la drôle de guerre puis il entre dans Paris occupé, où il revoit Geneviève.


Une belle leçon d'Histoire, qui se lit avec beaucoup de passion, malgré la crainte qui m'a saisie, parfois, que le personnage soit encore un de ces fantasmes littéraires d'hommes mûrs parfaits dont s'éprennent éperdument les jeunes filles. C'est bien mieux que ça. C'est une curieuse impression que celle d'être entré dans le passé, assister à la colère impuissante des français vaincus et qui s'entr'observent. Thorenc, déçu par l'inertie de ses compatriotes, et tenté par l'engagement dans l'armée des ombres...

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29 janvier 2010

"Avatar", James Cameron (2009)

avatarL'HISTOIRE


2154. Jake Sully est un marine's hémiplégique dont le frère jumeau, un scientifique de haut vol, vient de décéder. Ce dernier s'entraînait pour une mission ethnologique sur la planète Pandora, auprès du peuple Na'Vi, d'immenses êtres bleus aux corps humanoïdes mais graciles. Il est engagé pour le remplacer car il possède le même ADN, condition nécessaire pour "piloter" le corps de l'avatar qui ira à sa place dans la forêt de Pandora ; Jake est fou de joie : avoir un autre corps, ce sera ne plus être handicapé.

Or cette mission est en quelque sorte en rivalité avec une mission géo-politique, pour tout dire, colonialiste, des Terriens sur cette planète. Le Grand Arbre dans lequel vit le peuple Na'Vi se trouve en effet au-dessus d'un gisement de minerai extrêmement précieux. Les "indigènes" ne s'intéressent pas à tous les progrès que proposent les Terriens, ils ne tiennent qu'à continuer à vivre comme ils vivaient jusque-là, en symbiose avec la forêt et sa faune, et avec les esprits des êtres passés... On peut même dire qu'apprenant à mieux connaître les Terriens, ils y sont de plus en plus hostiles.
Le Professeur Augustine se montre hostile au recrutement de Jake : elle a besoin de scientifiques au sein de son équipe, pas d'un soldat. La mission colonisatrice, au contraire, se félicite de la présence de Jake, et lui propose de fonctionner en agent double, ce qu'il accepte...

MON AVIS


Un grand moment de cinéma ! J'ai choisi l'option 3D, mais je crois que j'aurais pu être éblouie, même sans.
En revanche, je suis convaincue que c'est cet effet 3D, contre lequel nous n'avons pas encore de stratégie de défense qui est à l'origine de cette dépression, qu'on appellera peut-être un jour le Syndrome de Pandora, comme il y en a un de Florence ou de Jérusalem : les spectateurs, comprenant qu'ils n'iraient jamais à Pandora, s'effondrent.

Dans cette civilisation des Na'Vi, il y a tous nos rêves de sociétés idéales : sortes d'Indien d'Amérique sans guerre, Bushmen respectueux de la vie sous toutes ses formes, chamanistes, maîtrisant l'espace et le temps, beaux et bons, ils sont unis et heureux.
On m'a souvent résumé le "Message" du film comme écologiste, il est, bien avant, anti-colonialiste ! Il est vraiment très beau et intéressant. Je ne ferai pas une dépression pour cela, mais c'est bien dommage que je ne puisse jamais aller à Pandora...

_Loin d'être parfait_, Adrian TOMINE

loindetreparfaitBen Tanaka, 30 ans, gère un cinéma universitaire à Berkeley. Sa copine, d'origine japonaise aussi, Miko, commence à mal vivre son attirance pour les femmes blanches, où elle voit, comme la copine coréenne lesbienne qu'il voit régulièrement et dont il se fait passer pour le fiancé, un complexe sexuel et social. Miko part à New York... They were on a break... ;o)
Ben en profite pour se lancer à corps perdu dans les ouvertures qu'il croit apercevoir avec deux grandes blanches et blondes de son entourage. Mais les choses ne tournent pas tout à fait comme il l'espérait...


Pas mal du tout. J'ai failli me laisse abuser par le sujet, facile en apparence, et par les lignes sages du dessin. On sourit souvent, bien que le sujet ne soit pas comique.
Je partage l'avis du New York Times : "Quand lire une bande dessinée devient aussi enrichissant qu'un roman contemporain. Tomine sait observer comme le ferait le meilleur des écrivains."

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28 janvier 2010

_Un Air de famille_, Jean-Pierre BACRI & Agnès JAOUI

airdefamille Dans le bar d'Henri, hérité de son père, toute la famille se rassemble tous les vendredis soir, la mère, veuve, les trois enfants, Philippe, Henri et leurs femmes, Betty... pour aller au restaurant. Mais ce soir, où on fêtera l'anniversaire de Yolande, la femme de Philippe, on parlera du passage à la télévision de ce dernier, on attend la femme d'Henri, et Denis, le serveur, déchaîne la hargne de madame mère...


Une toute petite pièce, dont je connaissais surtout la version filmée, avec les auteurs dans les rôles de Betty et d'Henri ; cela a d'ailleurs bien parasité ma lecture : je voyais leurs visages et entendais leurs voix. Difficile d'imaginer une autre Yolande que Catherine Frot. Petite pièce donc, mais concentrée en charge satirique. Les interactions toxiques entre époux et dans une fratrie sont tellement vraies, tissées si serrées qu'on se dit qu'elles ont été observées, voire vécues. Le rôle du serveur Denis ou d'Henri sont en or.

 

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20 janvier 2010

"Agora", d'Alejandro AMENÀBAR (2010)

agora_alejandro_amenabarL'HISTOIRE


Au IVème siècle après J.-C., Alexandrie vit les derniers souffles intellectuels de l'hellénisme, après avoir tenté de faire cohabiter païens et juifs pendant plusieurs siècles et de leur incorporer leurs penseurs chrétiens selon la recette qui avait fonctionné jusque-là : tolérance, cohabitation, dialogue, connaissance réciproque...
Hypatie, la fille de Théon, directeur de la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie, y enseigne. Elle se rattacherait plutôt à l'école philosophique Néo-Platonicienne, s'intéresse à l'astronomie, aux mathématiques (il nous reste des fragments de traités). Elle est apparemment athée, en tout cas, elle ne semble appartenir à aucune des religions en présence, et ne s'émeut que des persécutions que les individus peuvent subir en son nom...
Elle repousse les avances d'Oreste, un de ses élèves, au grand soulagement de Davius, son esclave, amoureux d'elle et devenu assez savant à force d'assister aux cours. Mais il supporte mal les réflexions méprisantes qui échappent parfois à sa bien-aimée sur la condition esclave, alors même qu'elle peut se montrer très attentionnée à son égard.
Séduit par le miracle d'Ammonius et les discours de Théophile ou Cyrille d'Alexandrie, il se joint aux Chrétiens lors de la destruction de la Bibliothèque et se convertit, devient fossoyeur. Hypatie, elle, continue ses travaux, réfléchit dans son cadre privé aux problèmes scientifiques, et fréquente toujours ses anciens élèves, convertis pour la plupart (Oreste, qui est devenu gouverneur d'Alexandrie, et un autre, évêque) dont elle possède toujours l'affection et l'admiration... Cela n'est pas du tout du goût de Cyrille, qui vient d'organiser le premier pogrom antijuif et chassé les Juifs d'Alexandrie, de découvrir qu'une Païenne, pire, une athée, est encore entendue dans la ville...

MON AVIS


Je n'en attendais pas beaucoup : le sujet se prête au manichéisme, et les premières scènes me paraissaient extrêmement froides, artificielles, avec une héroïne glaciale et fausse... Je n'ai pas tardé à changer d'avis. Les images sont grandioses, les acteurs entièrement jetés dans la passion de vivre sous nos yeux des moments chaotiques de l'histoire humaine.
Outre que derrière toute prise de vue, toute réaction, se cache plus ou moins discrètement un symbole, une lecture ancienne ou contemporaine, le film est démesurément génial.
La vraie Hypatie, dont je connais l'histoire, n'est pas trop défigurée, et même sa fin, un peu réécrite, l'est à notre soulagement : je suis arrivée à la fin du film à une telle identification que je n'en aurais pas supporté une autre, la vraie, dont l'horreur m'aurait jetée à terre.
D'ailleurs nous sommes sortis muets du cinéma et j'en ai rêvé toute la nuit.

La leçon : décidément, de tous temps, la liberté de penser semble bien insupportable aux gens de pouvoir. Amenàbar vise toutes les persécutions historiques, celles des chrétiens de l'Inquisition, bien sûr, mais aussi celles que nous voyons dans le monde : la multiplication des scènes de lapidation ne sont pas gratuites. Pas même l'insistance des prises de vue sur les chaussures d'Ammonios, celui qui a traversé le feu sans se brûler...

Les acteurs : je ne suis pas une inconditionnelle de Rachel Weisz, mais elle tient bien le rôle ; j'ai été époustouflée par celui qui joue le rôle d'Oreste (Oscar Isaac), il faut dire que son rôle, tragique, est en or.




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