Mots et Images

Les Challenges de l'année 2016

Cette année, je relève plusieurs challenges :

Le Challenge ABC 2016, comme l'an dernier ; cf. ce billet

Le Bingo 2016, pour l'instant dans la catégorie "Prometteur" (26 titres) ; cf. ce billet. FINI !

Le Défi des paresseux (contredit par ce qui précède, je pense), comme l'an dernier ; cf. ce billet. FINI !

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27 septembre 2016

En ce moment, je lis...

 Somoza-La-caverne-des-idees

* attention, ce billet est édité chaque fois que je lis un nouveau livre... ! ;o)

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_Ce qui était perdu_ de Catherine O'Flynn (2007)

cequietaitperduKate Meaney, une petite fille très douée, décide de fonder sa propre agence de détectives, et son lieu d'enquête privilégié est le magasin Green Oaks, avec son assistant, sa peluche-chimpanzé. Seul un surveillant, Adrian, et sa camarade de classe, Teresa Stanton, lui ont permis de rompre sa solitude... avant sa disparition. Adrian, accusé, disparaît...
Dix-neuf ans plus tard, Kurt, le surveillant du grand magasin a la vision d'une petite fille dans l'écran de contrôle, mais il est le seul à l'avoir vue...


 Ce n'est pas un roman fantastique, pas tout à fait. En réalité, on perd très vite de vue Kate et l'ensemble du texte est une sorte de radiographie de personnages qui tournent autour de la vie de ce supermarché... c'est une approche de série télévisée, finalement. Ce n'est pas désagréable, quelques regards et formules sont heureux, mais ça ne m'a pas enthousiasmée outre mesure.

Citations :

  • J'arrive pas à croire que tu vas être responsable d'un magasin. Fréquenter ces macaques en conférence. Faire du chantage à des gamins de dix-sept ans pour qu'ils fassent des heures sup à l'oeil. Faire travailler les gens comme des dingues pour que tu puisses toucher ton bonus et t'acheter une nouvelle voiture. (...) Il n'y a rien qui vaille la peine de faire douze heures par jour quelque chose que tu détestes.
  • Faux client. (...)
    Code restaurant 177. (...)
    La serveuse m'a renseigné sur les plats du jour avec précision et enthousiasme. J'ai opté pour un plat à la carte et elle s'est assurée que j'avais connaissance de tous les accompagnements possibles. Elle s'est assurée également que j'avais bien ses seins en face des yeux pendant la durée de notre échange. La serveuse est revenue avec le plat 7 minutes et 35 secondes plus tard (...) 2 minutes et 50 secondes plus tard elle s'est présentée de nouveau et m'a demandé si tout allait bien. Je l'ai informée que le plat convenait mais que ma queue était toute dure et me faisait mal, et je lui ai demandé d'y jeter un coup d'oeil. Un membre de la sécurité est arrivé à ma table en 27 secondes ; il en a fallu 15 de plus pour m'accompagner à la sortie. Personne n'a exprimé le souhait de me revoir bientôt. Score du service client : 95%
  • Oh, mon dieu, ce con baratine une fille. Et elle est réellement impressionnée. C'est dire si tout part en couille. Je ferme les yeux.

18 septembre 2016

_Réparer les vivants_ de Maylis de Kérangal (2014)

reparer-les-vivantsCe roman raconte la tragédie de Simon, tout jeune homme amoureux de Juliette, sportif, vivant comme on peut l'être quand le corps exulte à vingt ans, fauché par un accident de voiture au retour d'une séance de surf. Il est maintenu vivant en état de mort cérébrale, en attendant le consentement de ses parents à un don d'organes... S'ils acceptent, une nouvelle aventure commence, en prise avec de nouvelles vies, celles des soignants et de ceux qui attendent un regain de vie.


 J'ai lu ce livre un peu forcée par le temps (il fallait l'envoyer à la gagnante de la loterie de Septembre qui l'avait mis sur sa liste-de-souhaits) et je n'étais pas vraiment prête (le serai-je jamais ?) à entendre parler d'un gamin de vingt ans tué en plein essor, dont le corps va être mis en pièces détachées. Je suis pour le don d'organes, mais il y a une vraie charge émotive là derrière qu'il serait inutile de nier. Le style, que je trouve beau, m'a parfois empêchée d'entrer dans le texte : peut-être pas assez de dialogues, le style indirect libre un peu fatiguant, de la poésie là où en attendrait moins... Il m'est arrivé de sauter des lignes, voire des paragraphes (quand l'auteur en fait d'assez nets) ce qui ne m'est pas arrivé depuis des années. Quelques petites touches de vie sonnent très vrai, par exemple : les consolations yeux fermés de ceux qui veulent, par politesse, humanité, sauver ton espoir jusqu'au bout, quelques détails de la vie du personnel soignant. Ce roman a le vrai mérite d'entrer dans des détails techniques de la greffe d'organes sans rester cantonné dans le pathos littéraire.

Citations :

  • [...S]ongeant [...] qu'elle a oublié de décommander ce dîner prévu d'ici deux heures chez sa fille et son gendre, elle n'aime pas aller chez eux, se le formule clairement à l'instant, je n'aime pas y aller, fait froid là-bas - ne saurait dire pourtant si ce sont les murs de l'appartement talochés d'une belle peinture blanche à la caséine qui la font frissonner, ou bien l'absence de cendrier et de balcon, de viande, de désordre, de tension, ou encore les tabourets maliens et la méridienne design, les soupes végétariennes servies dans des coupelles mauresques, les bougies parfumées, Foin coupé, Feu de bois, Menthe sauvage, la satiété stylée de ceux qui se couchent avec les poules sous des édredons de velours indien, la tendre atonie distillée partout dans leur royaume, ou peut-être est-ce ce couple qui l'effraye, ce couple qui avait avalé en moins de deux ans sa fille unique, l'avait désintégrée dans une conjugalité sûre, émolliente, un baume après des années de nomadisme solitaire : sa fille fougueuse et polyglotte désormais méconnaissable.
  • [Virgilio Breva] est pourtant un blond ténébreux, barbe chaume et chevelure souple rejetée en arrière, moutonnant sur la nuque, nez droit, les traits fins d'un Italien du Nord (Frioul).
  • [S]on corps connaît pourtant des fluctuations douloureuses, une élasticité qui le fait souffrir, logeant son lot de honte et de hantise - traumatismes d'avoir été moqué rondouillard, dodu, replet ou tout simplement gros, colères d'avoir été dédaigné pour cela et ramé sexuellement, méfiances de toutes nature -, et tenant ramassé en boule dans l'estomac ce dégoût de soi comme un supplice.

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17 septembre 2016

_Chroniques du Règne de Nicolas 1er_, tome 1

chroniquesnicolas1par Patrick Rambaud (romancier à l'origine du texte)
et Olivier Grojnowski (dessins)

Voilà une bande-dessinée qui ne m'a rien appris de plus, ou alors des anecdotes que je crois apocryphes. Le plus intéressant était la transposition "EMPIRE-punk" de notre XXIème siècle naissant. Mais la version BD, en contractant le récit, nous fait passer d'une anecdote à l'autre sans approfondir, d'où l'impression d'avoir déjà tout vu et entendu... J'ai un peu souri en reconnaissant le style classique de Saint-Simon dans la narration.

Les-chroniques-du-regne-de-nicolas-1er-4


15 septembre 2016

_Hé mademoiselle_ de YATUU (2014)

he-mademoisellePetit florilège de ce qu'on peut s'entendre dire et tenter de dire dans la rue quand on est une femme, si possible jeune et jolie, mais même pas toujours (et dans ce cas, on peut prendre cher) de la part d'hommes sans aucune éducation, éthique ni dignité. On y voit la différence entre la drague (ce qu'ils croient faire, ou feignent de croire faire) et le harcèlement sexuel, et malheureusement, Yatuu évoque par deux fois que le fait que le second se répande rend la drague de plus en plus mal interprétée et de plus en plus impraticable.

he-mademoiselle_3

J'avoue, j'ai pris cette BD pour la lettre Y du nom de l'auteur, avec un brin de remords : "Une BD sur le harcèlement sexuel, tu te fais juste du mal, tu ne liras rien que tu ne connaisses déjà de toutes les façons, et en plus, il y en a une autre, là, Génération Mal Logée, qui doit viser moins bas."

Bah, ça m'a fait plus rire que grincer des dents, même si, effectivement, il n'y avait rien là-dedans qu'on n'ait entendu avant, dans certaines émissions de radio de cet été ("Les Nouveaux féminismes"...) ou même Paie ta shneck. J'ai particulièrement aimé les pages où : 1/ une femme essaie d'imaginer que ces dragues lourdes ont pu marcher une fois... et n'y parvient pas ! ; 2/ elle imagine la situation inverse, à savoir ce que pourraient dire des femmes décidées à traiter les hommes qui leur plaisent comme de la barbaque. Juste horrible ! aussi.

Après avoir lu cette BD, je crois de plus en plus que ce type de dragueurs ne tient pas plus que ça d'arriver à ses fins... sans quoi il aurait rectifié le tir depuis longtemps et servi à sa proie, comme le font d'autres, ce qu'elle attend (si tant est qu'on attende ce genre de trucs dans la rue !) : un minimum d'attention personnelle, de délicatesse (dans la rue, quoi, m**** !) même si cela doit impliquer un délai et une autre entrevue. S'ils ne rectifient pas leurs propos et attitudes lamentables, c'est qu'ils en saisissent parfaitement la portée : il s'agit de mettre mal à l'aise la femme assez affranchie pour arpenter la rue sans chaperon, faire naître en elle le soupçon qu'elle n'y est peut-être pas à sa place, qu'elle le paie d'une mise en danger, qu'il y a une sorte de droit de péage qui est sa dignité, face à un abruti qui n'a que son chromosome XY pour se sentir fort et à la place. Bref, c'est bien du harcèlement sexuel, mais sans obligation de résultat autre que "moral", à mon avis.

14 septembre 2016

Miss Pas-Touche, tomes 1 et 2

vierge-bordelTome 1 : La vierge du bordel

Blanche est domestique chez une bourgeoise au début du XXème siècle. Elle vit mal les sorties de sa soeur dans les guinguettes hors de Paris, car un certain "boucher des guinguettes" attend les danseuses sur le chemin du retour et les dépèce. Une lézarde dans le mur lui apprend un soir que dans l'immeuble voisin un crime sur une prostituée a été commis, laquelle sera jetée dans la nature, selon le mode de procédé du "boucher des guinguettes" et, malheureusement les criminels se rendent compte que leur voisinage les a vus. Blanche raconte l'affaire à sa soeur, qui ne la croit pas, s'approche de la lézarde et se fait abattre. La police conclut à un suicide, personne ne la croit et sa patronne, la croyant folle, la renvoie.

Blanche lit dans les journaux que la prostituée (qui avant d'être tuée promettait n'avoir rien vu) travaillait à "La Pompadour", une maison close fréquentée par le meilleur monde. Elle tente de s'y faire engager comme femme de ménage, mais la tenancière ne l'accepte qu'à condition qu'elle fasse des séances "spéciales" : de la domination sans rapport sexuel. Blanche refuse d'être touchée par les clients comme par qui que ce soit et y gagne le surnom de Miss Pas-Touche ; sa virginité est même un sujet de stupéfaction et de curiosité. Mais elle est là pour mener l'enquête...

pas-touche2Tome 2 : Du sang sur les mains

Beaucoup de choses attirent l'attention de Blanche : sa plus proche compagne, Annette, qui fait elle aussi des séances très spéciales, mais en tant qu'objet de sévices, semble ravagée par les remords et l'angoisse... Elle est surveillée de très près par Agathe, la maîtresse d'étage. L'attitude violente du mari de la tenancière et d'un de ses sbires éveille ses soupçons... Blanche croit reconnaître dans ce dernier celui qui a tué la prostituée derrière la lézarde... Joséphine, un travesti sosie de Joséphine Baker, va l'aider de loin dans son enquête...


Je me suis retenue de dévorer les quatre tomes (je n'en ai pas le temps). Les lieux et sujets sont racoleurs, mais l'auteur n'insiste pas plus que cela ; les connivences entre le demi-monde et la façade hypocrite du monde des puissants, elles, ne sont pas juste esquissées et la charge est lourde, parfois directe.

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24 août 2016

"Le Correspondant" de Jean-Michel Ben Soussan (2016)

correspondantMalo (Jimmy Labeeu) est l'aîné d'une famille rare : le père (Charles Berling, super) est homme au foyer (et non pas chômeur, comme l'affirme Malo sur ses fiches de rentrée) et la mère (Sylvie Testud, renouvelée) poursuit une brillante carrière dans le commerce international. Elle est gentillle mais ignore tout des goûts et activités de ses enfants, découvre et oublie aussitôt, au grand dam de son époux, condamné à l'altruisme. Or Malo (y a-t-il un lien - douteux - voulu par le réalisateur de SODA ?) a beaucoup de mal à s'affirmer dans son Lycée et galère avec les filles. Son meilleur ami, guère mieux loti que lui, croit trouver une solution dans l'expérience d'un de leurs camarades : réclamer un correspondant allemand lors de l'échange à venir. Celui-ci, garçon ou fille, apporte une valeur ajoutée, par son physique, son aisance et son expérience à celui qui le reçoit, moins seul et obligatoirement intégré dans les activités de la "star" étrangère... Malo va essayer de convaincre ses parents, y parvient in extremis, mais à sa grande découvenue, c'est une sorte de gothique mutique, boudeuse et violente, qui intègre leur domicile et qui met encore plus à mal la cote de son correspondant français.


Je voulais voir "L'Economie du couple", mais il est sorti de l'affiche hier. J'ai dû me rabattre sur ce qui semblait le moins jeune public, le moins film d'horreur et que je n'aurais pas eu l'impression de voir cinquante fois. Une histoire de correspondants, allemands de surcroît, ça ne court pas les écrans, ensuite si ça ressemblait aux "Beaux gosses", ça serait plutôt bien.

Malheureusement, je suis un peu partagée. On n'évite qu'à grand peine les clichés (mais on voit que le réalisateur a essayé) avec un professeur incompétent et intrusif (Frank Bellocq), un père représenté comme falot parce qu'il n'endosse pas son rôle traditionnel, alors qu'il est clairement le personnnage le plus humain et chaleureux du film, une mère carriériste qui n'est pardonnée par le spectateur à la fin que parce qu'elle sabote la signature d'un contrat (l'échec professionnel lui rend son statut de mère), la jeune Allemande masculine qui boit de la bière... Il est dommage aussi que le film n'ait pas assumé de se passer en France : Malo habite dans un quartier résidentiel typique des estates nord-américains (grandes avenues logeant des jardins sans clôture, avec chemin piéton ou cycliste, ombragé) et son Lycée a le culte du garçon ou de la fille populaaaaire, alors qu'on n'en est heureusement pas encore là en France, même si on y vient. Reste une petite comédie familiale (où les enfants petits ne trouveront pas leur compte) qui peut servir de déclencheur de parole, et qui aurait gagné à sortir à la rentrée.

Le personnage de Sasha (Sophie Mousel), la jeune gothique, étonne par ses multiples visages, et il n'a vraiment fallu que la séquence où elle feint de chanter "99 Luftballons" pour que je soupçonne que l'actrice n'était pas germanophone.

Bande-annonce.

23 août 2016

_La Fabrique des pervers_ de Sophie CHAUVEAU (2016)

fabrique-perversSophie Chauveau est connue pour ses biographies romancées d'artistes majeurs. Elle est contactée par une lectrice qui comprend qu'elles sont cousines en lisant l'arbre généalogique d'une autre de ses études (Noces de charbon) et va s'essayer à un sujet qui la touche d'encore plus près.

En comparant les schémas familiaux et leurs blessures, elles découvrent avec horreur et une surprise croissante que leur lignée, qui descend des "dépeceurs du Jardin des Plantes" pendant la guerre de 70, est remplie de prédateurs. Sous le signe du patriarcat le plus destructeur, les hommes, et parfois les femmes, vivent dans le plus grand flou structurel, moral et sexuel l'inceste de manière endogame (nudisme et mains baladeuses sont la règle des réunions familiales où l'ébriété sert d'excuse, par exemple), tout en offrant l'image irréprochable attendue de bourgeois pour l'extérieur.

La cousine Béatrice avait publié en son temps un livret condentiel d'une trentaine de pages pour tenter de percer l'omerta familiale, mais personne, en dehors d'une certaine tante Arlette, n'avait voulu réagir. Sophie Chauveau va publier alors plus loin et plus fort, d'abord reprenant la lignée de Béatrice, puis le cas particulier de ses parents.


 J'ai été sidérée par ce livre, non que je n'en ai jamais lu sur un tel thème, que je découvre ses modalités. Outre les récits d'auteurs connus comme Angot, j'ai lu des études sur ce thème et les constantes dégagées par les psys sont seulement confirmées par ce que je lis dans La Fabrique des pervers. Ce qui me laisse stupéfaite, c'est le mélange de détresse enfantine et adulte d'une enfance passée dans la destructuration la plus absolue, la définition parfaite de la perversion, qui correspond à certains personnages qui ont peuplé ma vie... mais aussi l'art de Sophie Chauveau : elle a refusé de faire un récit propre à émoustiller, à allécher le voyeur. On est dans le fait, pas le détail charnel. On en sait suffisamment pour comprendre, pas pour s'émouvoir physiquement. Bravo !

Très intéressant aussi, ce dossier plus général qui consiste à analyser, à faire analyser par des professionnels ces témoignages et cet arbre généalogique... L'une des thèses (déficit en ocytocine) n'est pas à repousser du pied.

Citations :

  • Quand je lui ai parlé de son mari, du tort qu'il m'avait fait, d'abord elle a nié.
    Quoi, ses geste ? Il fait ça à toutes les femmes...
    C'était absolument vrai, mais normalement, sa propre fille n'aurait pas dû être une femme comme toutes les autres pour lui.
  • Il me faudra des décennies avant de découvrir, grâce à Bataille, Sade et Pauvert, que telle est précisément la définition du pervers : un qui ne sait pas que l'autre existe, qui pioche, prélève des morceaux choisis de l'autre sans imaginer que ça peut lui faire mal. Puisque lui ne sent rien.
  • J'ai mis des décennies à découvrir, atterrée, à quel point il ignorait l'existence des autres. Oh, il leur parlait, leur faisait des ronds de jambe s'ils étaient puissants, les méprisait sinon, mais ne pouvait simplement pas les considérer en tant qu'entités. Tant qu'il ne rencontrait pas de résistance, pourquoi se gêner ? J'ai vu un certain nombre de gens se laisser faire, d'abord médusés par son culot, en réalité son inconscience, avant de découvrir qui'l allait réellement se servir d'eux. D'aucuns se retiraient sans bruit.
  • Aussi, pour ne pas mourir, n'avons-nous eu d'autre choix que de devenir des artistes, c'était vital : nous étions contraintes à vivre à l'écart absolu. Rompre radicalement avec ce qui ne nous était pas donné. Ça ne les a d'ailleurs pas dérangés puisqu'ils n'avaient aucune volonté de transmission. Transmettre quoi ? Ils n'étaient héritiers d'aucune tradition. Aucune Loi à reproduire. Ils prospéraient sur une absence d'histoire, et un manque d'intérêt pour leur époque qui friserait l'autisme s'ils n'avaient été un certain nombre, dans leur bande d'amis façonnés par les Trente Glorieuses, à ne se soucier de rien d'autre que d'eux-mêmes. Acheter, consommer et recommencer.

22 août 2016

_Chute de vélo_ d'Etienne DAVODEAU (2004)

chuteaveloUn frère, vendeur de voiture fort chanceux, et une soeur, Jeanne, se retrouvent à la maison familiale, la soeur, avec son mari et ses enfants, dont le fils d'un frère avec lequel ils sont en froid, adolescent. Une atmosphère de vacances et de nettoyage s'installe, anodine, sympathique, au milieu des jeux d'enfants, qui fouinent, cachent leur observation des disputes entre un maçon et son apprenti.

Très vite, les choses apparaissent moins légères : en réalité, la maison va être vendue. La mère de Jeanne, atteinte d'Alzheimer, ne paraissant pas bien comprendre de quoi il s'agit vient passer quelques jours avec eux à la maison, ce qui donne lieu à des épisodes tragi-comiques. L'ami de la famille, Toussaint, montre un attachement inconditionnel très rare... Et les enfants sont perturbés par la violence croissante de l'affrontement des ouvriers voisins...


Choisie juste pour trouver un moyen de remplir de des catégories d'un de mes défis de lecture, j'aurais pu mal tomber et j'ai eu de la chance. Cet album joue à la fois sur le caractère quotidien et banal des situations et celui de l'exception, de l'extraordinaire. Même la chute est mystérieuse. J'ai bien une hypothèse sur la cause de la réaction de Toussaint, mais je n'en suis pas sûre. J'aime aussi beaucoup le dessin de cette bande-dessinée. A découvrir.