25 avril 2009
"OSS117 - Rio ne répond plus" de Michel HAZANAVICIUS (2009)
1967. Mission à Rio pour OSS 117, renommé Noël Flantier, à sa grande consternation : contre 50.000 NF, récupérer un micro-film auprès d'un néo-nazi nommé Von (Zimmel ?). Sur place, OSS 117 se voit proposer une collaboration avec le Mossad qui aimerait voir jugé ce criminel de guerre. Dolorès, colonel de l'armée israélienne, s'enchante de collaborer avec le légendaire OSS 117 mais ne met pas plus de deux minutes à déchanter : son héros tient des propos antisémites, sexistes, xénophobes, voire gaulois, avec une candeur même pas désarmante : stupide.
MON AVIS
Mon avis sera assez embarrassé. Il est clair que ce n'est pas du tout un chef d'oeuvre mais cette option n'est pas nécessaire à mes yeux. Le problème, c'est justement ce discours antisémite, xénophobe, raciste, sexiste, bien entendu au deuxième degré (je ne suis pas rigidifiée dans mon politiquement correct au point de ne pas l'avoir senti !) et heureusement condamné par les personnages secondaires, clairement atterrés par OSS 117.
Il n'y a donc d'ambiguïté qu'au début du film, où j'ai parfois eu, en l'absence d'une deuxième voix, l'impression de voir une sorte de Tintin au Congo. Ce qui m'embête dans cette sorte de 2ème degré, c'est justement que même les antisémites, racistes, sexistes, pourront rire. Mais, après tout, une tentative de sortie du politiquement correct, ébouriffant au passage l'icône De Gaulle, la collaboration blanchie et le pouvoir personnel, pourquoi pas ? En 2009, c'est même une mesure de salubrité.
Si je reviens au reste du film, malgré les prouesses photographiques du film de genre (prises de vue acrobatiques de la nature et des monuments, multiplicité des lieux, situations décalées) et la multiplicité louable des parodies, j'ai trouvé l'ensemble lourdement tissé. Il y a de la complaisance, notamment la scène de la partouze sur la plage, qui va faire rater au film l'accès au statut de divertissement familial.
En somme, Alexandre Dujardin a beau jouer juste, être tour à tour lourd, séduisant, infect, attendrissant, ridicule, et ses comparses attirer la sympathie que le héros perd, le film fait regretter le montage de L'Homme de Rio.
A cause de cet embarras, j'aime mieux mettre les interviews que la bande-annonce, qui ne dit pas grand-chose, elle.
19 avril 2009
"Le Talentueux Mr Ripley", d'Anthony Minghella (2000)
Thomas (Matt Damon), un jeune accordeur de pianos faussaire, sans vraie personnalité (autant dire qu'il a un trouble de la personnalité), très nettement parasite, débarque dans la vie de Marge Sherwood (Gwyneth Paltrow) et surtout de Dickie Greenleaf (Jude Law), le fils d'un riche armateur. En effet, ce dernier, prenant Thomas pour un élève de l'Université de Princeton où se trouvait Dickie, le charge de ramener aux Etats-Unis son supposé condisciple qui se prélasse actuellement à ses frais en Italie.
Dickie s'entiche du nouveau venu, comme il le fait de tout le monde, sans paraître s'apercevoir de ce qu'il pouvait y avoir d'attirance homosexuelle dans l'amitié proposée par Thomas, avant de s'en lasser, et l'accuser à juste titre de profiter de la situation et de l'argent Greenleaf et de lui dévoiler qu'il connaissait son imposture. Or Thomas considérait que lune de miel (même chaste) et dolce vita devaient durer toujours...
MON AVIS
On assiste au tissage d'une toile d'araignée autour d'un homme par Matta Damon, à la fois démoniaque et touchant dans le rôle, sous les couleurs invariablement chaudes qu'imagine le cinéaste américain de l'Italie du bord de mer dans les années 50.
Jude Law, en jeune marbre cruel et séduisant, est parfait, Gwyneth Paltrow est bouleversante également.
La fin du film est glaçante et j'ai dû revoir une deuxième fois le film dans la foulée, profitant que le câble rediffuse.
05 avril 2009
"Slumdog Millionaire", de Danny Boyle (2009)
Jamal Malik surprend tout le monde : comment un jeune Indien à peine sorti de son slum, sans avoir fait d'études, peut-il être monté au plus haut niveau du célèbre jeu télévision "Qui veut gagner des millions ?" s'il n'a pas triché ?...
MON AVIS
Il faut accepter de passer par dessus quelques scènes assez dures pour atteindre un film d'un grand romantisme, où la roue du karma tourne. Bien souvent, l'émotion, rire, larmes, indignation, étonnement, m'a prise.
Très sympa, le clin d'oeil final à Bollywood, à l'opposé complet du film. Les acteurs principaux sont très touchants et vrais. A voir absolument, et en VO(ST).
01 avril 2009
"La Vague", de Dennis Gansel (2009)
Rainer Wengler, sympathisant anarchiste, est professeur d'EPS et de politique (sacrée bivalence !) dans un Lycée allemand. Pour la semaine thématique, il aurait évidemment aimé traiter de son domaine de prédilection, mais se retrouve par défaut à exposer le principe de l'autocratie devant un public très vite rétif quand on aborde, une énième fois pour lui, la question du IIIème Reich : "Ca va, on a compris (...), on ne refera plus ça, c'est sûr." Le professeur, piqué par leur arrogance, leur propose une expérience comme un défi pendant la semaine : ils vont former un groupe avec des codes tranchés, une discipline plus marquée que leurs camarades, un code vestimentaire, gestuel, un emblème, un salut, un profil Facebook, un site.
Le problème, c'est que ça marche très vite, trop vite pour que Rainer puisse contrôler ce que ses ouailles font de cette expérience...
MON AVIS
Un film passionnant qui développe sans manichéisme aucun, c'est là la vraie nouveauté, l'histoire rebattue des mécanismes de montée des autocraties et leurs conséquences, souvent mal anticipées par leurs propres dirigeants (c'est le cas du fascisme mussolinien). Les Lycéens découvrent, ravis, inquiets, exaltés ou dégoûtés, ce qu'est l'instauration d'un grand mouvement collectif, qui jette des ponts entre eux, crée une solidarité, des amitiés, une "allure" pour ces êtres qui se cherchent (ce qui explique sa séduction), mais révèle aussi des clivages, des antagonismes, des frustrations, de la haine...
Là où je tire mon chapeau au scénariste, c'est qu'il se détourne résolument de l'angélisme : sur les quatre personnages que j'ai recensés comme hostiles à La Vague (en paroles ou actions), une seule n'a qu'une opposition purement idéologique... Les trois autres ont aussi des motifs, plus troubles, pas vraiment à leur honneur, et La Vague les a dépossédés, ce qui fait qu'elle est devenue, certes une ennemie idéologique, mais surtout un ennemi personnel.
Le film explore les failles psychologiques par lesquelles s'infiltrent les racines d'une fanatisation : la solitude, le sentiment d'être exclu, les complexes d'infériorité, la persécution et la recherche d'une protection, voire le désespoir...
Je comprends mal (et les critiques du web que j'ai pu lire ici ou là ont le même avis que moi) la faible couverture médiatique de ce film : il avait tout pour être plébiscité par les jeunes or j'ai bien peur que son public-cible l'ait très peu vu.
29 mars 2009
"L'amour extra-large", de Bobby et Peter Farrelly (2002)
Un homme est obsédé par l'apparence extérieure des femmes qu'il croise et courtise (sans se préoccuper, d'ailleurs, de la sienne, soit dit tout de go). Un homme l'hypnotise : il verra les femmes belles si et seulement si elles sont également bonnes à l'intérieur. Le voilà alors qui, à la stupéfaction générale, se met à faire des ronds de jambes à des filles non seulement quelconques, mais parfois repoussantes. Il se met alors à s'étonner de l'intelligence et de l'humour de ses conquêtes...
MON AVIS
Amoureux du politiquement correct et du manichéisme, foncez !
Il va de soi que les femmes laides sont belles à l'intérieur et que les bombes ne présentent aucun intérêt humain. Bien entendu, l'individu médiocre qu'est le héros tombe toutes les mochetés, trop heureuses qu'on les courtise (elles se doivent être conscientes de l'honneur qui leur est fait et de l'occasion qu'il ne faut pas laisser passer), et ensuite tombe réellement amoureux de l'une d'elles. Celle-ci le verra bien entendu venir puis revenir avec gratitude et sans discussion. Est-ce que c'est vraiment si fin, une grosse ?
Sans jamais faire dans la dentelle, j'ai connu les frères Farrelly plus inspirés. Bof.
"La Seconde surprise de l'amour", Marivaux mis en scène par Luc Bondy
Une comédie de Marivaux où deux endeuillés trouveront de la douceur à se confier leurs malheurs puis de l'amertume à essayer de deviner si l'autre ressent la même douceur, sans y parvenir.
Pour un résumé détaillé, je vous renvoie à l'article de Wikipédia.
MON AVIS
La mise en scène est faite avec des costumes contemporains. C'est vraiment très amusant, il y a des jeux avec les décors qui sont assez captivants et empêchent l'ennui devant un texte toujours assez "entortillé". Il y a toujours un moment où je m'ennuie devant une pièce de Marivaux, et cela n'est pas arrivé cette fois.
La musique est très agréable, pas trop envahissante, contrairement à l'usage pénible qui en est fait trop souvent au théâtre.
23 mars 2009
"Salomon et la Reine de Saba"
Texte de Claude-Henri ROCQUET.
Interprétation de Jean-David.
Spectacle musical (le conteur s'accompagne au luth) et poétique. Les images et tableaux narrés sont saisissants de beauté simple si bien que nous nous évadons et que plus d'un spectateur avouait à mi-voix en sortant avoir fermé les yeux pour mieux rêver ou entendre. Entendre : "musique intérieure" où à trois reprises, la voix de l'homme et celle du luth se confondent en une note... Saisissant !
15 février 2009
"Mars attacks", de Tim BURTON (1997)
Des rencontres du 3ème type réitérées se finissent toujours par des massacres. Les Hommes se demandent chaque fois ce qu'ils ont pu dire ou faire pour que chaque entrevue tourne à l'incident diplomatique sanglant.
MON AVIS
Un vrai bonheur de spectateur, entre le film de genre, la parodie et l'affirmation toujours plus grande d'un monde esthétique particulier, qui me plaît.
13 février 2009
"Yes Man", de Peyton REED (2009)
Depuis sa rupture, Carl Allen (Jim Carrey) n'a plus envie de rien, ni de rencontrer qui que ce soit, ni de tendre une perche ou d'en attraper dans son métier, ni de sortir avec ses amis d'avant, qui doivent ruser comme des Sioux pour le voir.
L'un d'eux lui raconte comment il est devenu un "Yes Man", quelqu'un qui ne refuse aucune opportunité, ce qui lui inspire une généreuse pitié. Mais un cauchemar va l'engager à assister à une réunion de Yes Men, et changer sa vie... Il va se retrouver engagé dans une spirale effrayante et pour le moins... positive !
MON AVIS
Un apologue sympa comme tout, qui nous fait, finalement, à la fois rêver et conforte dans le bon sens élémentaire. Il y a une leçon à tirer des Yes Men et en même temps, la conclusion assez cynique nous invite à ne pas nous jeter tête baissée dans la générosité et l'acceptation aveugles.
Un film qui fait rire et réfléchir, sans la moins prétention, ce qui est sympathique.
26 décembre 2008
"Musée haut, musée bas", de Jean-Michel RIBES (2008)
A l'entrée d'un musée, puis à l'intérieur, on suit plusieurs personnages, une guide d'Histoire de l'art, une guide parlant néerlandais qui court pour que ses touristes ne manquent pas leur car, un professeur et ses élèves, des beaufs, une mère poursuivant son fils artiste, un Conservateur obsédé par les incursions répétées de la Nature dans son musée, un petit clandestin arrivé avec des statuettes africaines, Sulki et Sulku, des allégories, des visiteurs qui ne retrouvent plus leur parking, et d'une manière générale, des gardiens fragilisés par un contact permanent avec l'art, une mère de famille qui vient pour ouvrir ses enfants à un art respectable, une passionnée d'art abstrait qui cherche pendant des heures la salle de Kandinsky sans la trouver, des gens complètement perdus entre ce qu'ils savent, ce dont ils se souviennent et leur situation par rapport au Temps, par rapport à l'Art...
MON AVIS
Un film passionnant, tiré d'une pièce du même auteur, que j'attendais depuis des années, un film qui ne prend pas son spectateur pour un imbécile (à tort, quand je lis sur d'autres blogs certaines critiques : il est visiblement passé par dessus la "tête" de beaucoup de gens, il suffit de voir que certains étaient pliés en deux de rire, et d'autres complètement impassible) et lui offre non pas simplement une énième satire sociale ou un simple série de portraits, mais une vraie réflexion, directe, symbolique, allégorique avec du deuxième (peut-être même du 3ème) degré ! C'est le genre de film qu'on va revoir, après s'être documenté et avoir lu la pièce en entier, tant je suis certaine qu'à la première vision, j'ai dû en rater...
Il nous incite à nous questionner sur les rapports entre le figuratif et l'abstrait, l'apport de la perspective, le droit de hiérarchiser ou non dans l'art, le body art (caricaturé en family art), le côté béotien des amateurs de musée qui mélangent allègrement les périodes (par exemple : "Moi, ce que j'aime", dit Valérie Lemercier, "c'est la période qui va de Vinci à Warhol"), l'art conceptuel qui se croit parfois transgressif alors qu'il ne fait que reprendre des poncifs antiques, le snobisme, le métier de guide, de conservateur, l'abandon dans lequel tombe la préservation du patrimoine artistique, en concurrence avec les patrimoines humain et naturel...
Il y a d'énooooooormes clins d'oeil à des tableaux connus (pas de tout le monde, d'où je pense l'agacement de certains internautes qui n'y ont rien compris) ou des concepts artistiques, à mourir de rire ou d'admiration.
Il y a aussi des coups de coude assumés en direction de cinéastes comme Fellini, sans tomber dans la pompe, c'est un vrai hommage, un vrai film (lui-même d'une grande beauté plastique), un vrai moment de réflexion et d'art.








