tour-ebene "La Tour d'ébène" est le titre de la première nouvelle de ce recueil.
David Williams est un peintre abstrait et critique d'art, marié et père de famille, assez réputé dans le milieu de l'art. Sa femme Beth est également artiste. Tous deux sont invités à séjourner un week-end chez le vieux peintre Henry Breasley. Ce dernier a la réputation d'être irascible, misanthrope, d'être un "vieux paillard", si bien que Beth insiste pour garder leur fillette malade de la varicelle plutôt que de l'accompagner. David arrive à Coëtminais, près de Cherbourg, dans le domaine où Breasley vit avec deux jeunes étudiantes en art, régulièrement nues, ses compagnes, "La Souris" et "La Folingue", selon leur compagnon et mentor. Diana ("la Souris") est intelligente, sensible et douée ; elle a fini par s'imaginer que s'enterrer avec un vieil homme qui souhaite l'épouser est probablement ce que la vie a de mieux à lui offrir. Soudain, David se le demande... Ce trio malsain en apparence se révèle une famille de gens qui se veulent du bien et se connaissent, s'acceptent. Même la discussion houleuse sur l'art abstrait prend un nouveau sens...

Citations :

  • - Je croyais que [les femmes] des années vingt étaient plutôt éblouissantes ?
    - Foutaises, mon vieux. Vous n'avez pas idée. On passait la moitié de son temps à leur faire écarter les jambes et l'autre à regretter d'y avoir réussi. Ou bien une putain vous donnait la vérole. C'était une vie de chien.
  • C'était peut-être la même chose pour les autres arts, David n'en savait rien, mais le sien lui donnait la nausée. Il s'agissait bien d'une castration, le triomphe de l'eunuque. Sous le maladresse de l'attaque, ce que le vieux peintre voulait dire lui paraissait clair à présent. (...) Le refus de coller à la réalité, de rester fidèle à la nature avait créé une terrible distorsion des relations entre le peintre et son public ; on peignait désormais pour les intellectuels, et selon des théories. Pas pour tout le monde ; et pis encore, pas pour soi-même.

"L'Enigme" : Un homme d'affaires, homme politique, conservateur, bourgeois routinier disparaît brusquement. L'enquêteur qui cherche à le retrouver envisage absolument tout, d'autant que l'entourage reconnaît toujours au bout d'un moment qu'une personnalité aussi monolithique ne peut que craquer un jour.

Citation :

  • "Les Tories sont des utopistes ou de sales égoïstes. Fielding se figurait qu'il pouvait être les deux à la fois, un homme riche cherchant la bonne affaire et un pilier de la société. (...) Au fond, il restait ce qu'il avait été au début : le meilleur ami de l'escroc de grande classe. Autrement dit, un excellent conseiller fiscal."

"Le Nuage" : Des expatriés anglais dans le centre de la France s'ébattent dans la campagne, pique-niquent et pêchent avec un curieux sentiment d'animosité entre eux, et de crainte envers l'autochtone. En réalité, aucun de leurs sentiments n'est clair et je les ai confondus entre eux du début à la fin.

"Pauvre Koko" : Un écrivain convainc des amis de lui prêter quelques jours leur cottage du côté d'Hampstead. Or c'est justement ce moment-là que choisit un jeune cambrioleur pour y faire irruption alors que l'écrivain est encore au lit. Persuadé d'une justification politique pour ses larcins, le jeune homme tente d'en discuter avec sa victime qui n'attend qu'une chose : la fin de la comédie des deux malhonnêtetés, matérielle et intellectuelle.

Citation :

  • Je n'ai jamais aimé beaucoup le silence, les lieux silencieux, les gens silencieux.
  • J'avais rencontré des jeunes gens de cette sorte dans les coulisses du monde littéraire. Eux non plus n'avaient généralement rien d'autre à offrir que l'affirmation de leur liberté et leur refus même de l'idée de classe sociale, et ils s'accrochaient furieusement à ces deux principes. Pour moi leur trait distinctif était une sensibilité exacerbée à toute forme de condescendance, terme qui englobait tout ce qui menaçait leurs nouvelles idoles : la confusion de la pensée et l'étroitesse d'esprit sur le plan culturel. Et de même, je connaissais celui de leurs commandements que je venais de transgresser : tu ne possèderas rien de plus qu'une piaule crasseuse dans un quartier minable.
    - Je vois. Le vol érigé en devoir du bon révolutionnaire.
    -  Comme tu dis, vieux. Y'a pas que le fric qui compte.
  • Je savais qu'il serait aussi vain de tenter de réfuter les arguments de ce jeune clown que de discuter la métaphysique de saint Thomas d'Aquin avec un comédien de music-hall (...). Ses questions et suggestions n'étaient que de maladroites tentatives pour placer l'adversaire dans une position humiliante.

 Toutes ces nouvelles ont le point commun de commencer très lourdement, de façon tellement répétitive et lente que je me disais chaque fois que je n'irais pas jusqu'au bout. Puis l'auteur commence à "habiller" ses personnages, expliciter leurs interactions par des dialogues, les rendre tellement attachants que je ne lâchais plus le livre qu'à regret quand le quotidien m'appelait.

Par contre "Le Nuage" m'est complètement passé au-dessus de la tête : j'ai saisi des touches, les dialogues un par un, mais je n'ai aucune vraie vue d'ensemble du texte. Habituellement, c'est quand les dialogues arrivent qu'on est accroché ; pas dans cette nouvelle.

Autre exception : "Pauvre Koko". La nouvelle est captivante dès le début. Les dialogues de seconde partie n'y ajoutent rien, mais l'auteur parvient, malgré l'intérêt indéniable des propos, à nous communiquer l'envie de son personnage que le gugusse arrogant et malhonnête s'en aille !

Un recueil sympa, donc. On peut éviter "Le Nuage.