Ce recueil de poèmes en prose, en huit livres, un hymne et un envoi, aurait eu tout pour me plaire, sa référence presque directe avec Virgile, ses Bucoliques, qui comptent parmi mes poèmes préférés, à travers la présence (du berger ?) Ménalque, les chants amoebées, la thématique de la sensualité, des éléments naturels purs, la poésie elle-même...

Après tout, ces sortes de recettes, de vademecum, de récits de moments d'extase personnelle, les voyages ont tout pour me parler, me plaire, et il est faux de dire que tout m'ait laissée froide. Mais quel ennui, oui, quel ennui... L'aération des strophes et des versets qui facilite la lecture normalement ne m'a plu que parce qu'elle annonçait que j'arriverais plus vite à la fin...

D'abord, je suis désolée, Gide n'est pas Virgile, et il peut convoquer tous les fromages de chèvres, les ruisseaux et les fleurs qu'il veut, faire chanter tous les faux Grecs ou les Siciliens des pâturages qu'il veut, ça n'aura jamais le même goût. Même la lecture sur un Gallimard de 1921, aux pages grossières qui crissaient sous la main et partaient en miette a à peine compensé mon agacement. L'affectation de vocabulaire simple, qui me porte sur les nerfs chez un Yves Bonnefoy, d'ailleurs, comme si on conceptualisait ou allégorisait le monde par fragments, l'éloigne de ses modèles qui n'ont la prétention que d'exalter un mode de vie simple.

A ce sujet, suis allée voir à l'instant, sur le net, quelques essais mieux informés que moi sur ce texte, car je n'en ai aucune approche théorique personnelle et commençant par Wikipedia, je vois une citation de Sartre qui m'a fait sourire, car j'ai pensé presque exactement la même chose que lui : en voyant les voyages incessants requis, dénotant un train de vie luxueux, j'ai songé à quel point ce mode de vie était infiniment plus bourgeois que celui d'un Virgile qui, certes, n'était pas Tityre, ni Ménalque, mais qui de son côté avait quand même vécu à Andes avec son père potier ; que la prétention universelle du titre n'est qu'une prétention ; à quel point ce vademecum s'adressait à un Emmanuel Macron, par exemple, qui pose d'ailleurs avec sur sa photo officielle (ça m'interroge, ce livre de plaisirs privés et élitistes dans le portrait de fonction publique d'un homme censé rassembler le dèmos dans sa personne et vivre pour lui cinq ans) ? Quant au Rouge et le Noir, sans commentaire.

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