demesureCe récit biographique d'une enfant qui, dès l'âge de deux ans, a été poussée à des cadences et un temps de répétition du piano jusqu'à la maltraitance et au harcèlement fait l'effet d'un coup de poing.

Entre la mère qui sait et ne sait pas bien ce qui se passe, en tout cas, ne comprend pas qu'elle a son mot à dire, l'enfant qui veut complaire et qui a peur de mourir, les adultes de l'entourage qui sont complices ou ne voient rien (je savais que certains thérapeutes sont les valets des pères pécuniairement bien pourvus, mais j'en ai la triste confirmation), on aperçoit une figure paternelle pathologique qui a complètement perdu le sens de la mesure et qui ne sait pas que son enfant est un être humain qui mérite le respect.

Le plus déplorable dans l'histoire, c'est que, quand la vérité éclate, grâce à une infirmière scolaire respectueuse et pugnace à la fois, les solutions institutionnelles ne sont vraiment pas à la hauteur : alors que la tante Christine de la jeune fille a toujours fait savoir qu'elle était prête à recevoir sa nièce, Céline est ballotée de foyer en foyer, dans des conditions qui rendent son travail scolaire difficile, pour ne pas dire impossible. Or, Céline a bien compris, et c'est sa seule véritable chance du fait de sortir d'une famille socialement privilégiée, où l'on boit avec son premier biberon les clés d'ascension sociale, qu'il n'y a que des diplômes mettant à jour ses capacités intellectuelles qui pourront l'aider à réaliser son rêve : devenir médecin.

Citations :

  • Mon père m'a agrippée de nouveau par les cheveux. J'ai essayé de me débattre, mais j'ai perdu l'équilibre et je suis tombée. Il m'a traînée ainsi dans le couloir. J'étais couchée sur le dos et je sentais mes cheveux se décoller de mon crâne. (...) Il me fit descendre l'escalier tête la première et sur le dos. A cause de ma maigreur, j'avais les os exposés et seulement protégés par la peau. Les vertèbres de ma colonne étaient très apparentes, et chaque heurt des marches provoquait une vive douleur. Je perdis quasiment conscience.
  • "Mon mari passe tout son temps avec sa fille. C'est un père parfait. Il rentre du travail et se met tout de suite au piano avec Céline, jamais de répit, jamais de vacances. Que voulez-vous, il a été élevé comme cela. C'est grâce à l'acharnement de son père que mon mari est devenu ingénieur et qu'il a aujourd'hui une excellente réussite professionnelle."
  • Mon profil ne collait pas. Je n'étais ni rebelle ni agressive. J'avais beaucoup d'amis et je faisais partie des têtes de classe, avec un an d'avance. Pour ne rien arranger, mon père était directeur industriel. Pour eux, l'équation était vite faite. Il était impossible que j'aie subi les graves maltraitances que je dénonçais. J'avais forcément menti. Une adolescente en mal de liberté, et ingrate par-dessus le marché. J'ai même carrément été étiquetée "mythomane" à la suite d'une de leurs réunions.
  • Postface de Daniel Rousseau : Je reste aussi étonné de la liberté de ton que prennent des parents mais aussi des éducateurs - enseignants, entraîneurs sportifs, professeurs et éducateurs variés, certains, pas tous, bien entendu ! - à l'endroit des enfants. Il leur paraît normal de les humilier, de les moquer, d'user de discrimination. Observer certains parents dans la vie publique, au supermarché, à l'abord d'un terrain de foot ou de tennis à l'heure de l'entraînement ou à la sortie de l'école, qui hurlent, menacent, injurient leurs enfants, fait parfois froid dans le dos.