enfinireuroliberalisme004Revue internationale pour l'autogestion : UTOPIE CRITIQUE, sous la direction de Bernard Cassen ("Rompre avec l'omerta", "Vive la crise !" et "Pour un acte de dissidence inaugural"), "ce livre accueille les contributions de Christophe Ventura ("La fracture démocratique"), de Corinne Gobin ("Quand social signifie anti-social") d'Aurélien Bernier ("Imposture écologique"), de Julien Landfried ("Un libre-échangisme destructeur"), de Jean-Luc Gréau ("L'euro en question"), d'Antoine Schwartz ("Allégeance à Washington"), de Louis Weber ("Une perversion de la citoyenneté"), et d'Anne-Cécile Robert ("Scénario de remise à plat").

Une lecture frappante ; s'il est facile de constater par soi-même, depuis tout ce temps, le manque de transparence, de démocratie, la négligence à l'égard des combats du futur pour l'environnement et le règne du lobbyisme, du moins disant salarial et fiscal, les mécanismes précis qui ont mis tout cela en place et le régissent ne m'est pas forcément familier. A cet égard, l'article de Jean-Luc Gréau, qui fait l'historique de cette Union Européenne depuis la C.E.E., la P.A.C., etc. montre comment on a basculé. Je n'avais jamais non plus entendu parler, et j'ai pourtant un petit vernis d'économie, de Friedrich Hayek. C'est intelligent, informé, désespérant. Chaque texte m'a apporté les références juridiques exactes des faits qui me faisaient juger la situation de loin, de manière psittacistique. C'est peut-être l'"Allégeance à Washington" qui m'a paru le plus obscur.

Citations :

  • Comme le pointe Alain Supiot dans une lumineuse analyse, "l'Europe est ainsi en passe de réaliser les projets constitutionnels de l'un des pères du fondamentalisme économique contemporain : Friedrich Hayek. Il a longuement développé dans son oeuvre le projet d'une "démocratie limitée", dans laquelle la répartition du travail et des richesses, de même que la monnaie, seraient entièrement soustraites à la sphère politique et aux aléas électoraux (...). Selon lui, le peuple, dans les sociétés occidentales, est devenu inapte à comprendre les lois du marché." (Christophe Ventura)
  • Il était alors devenu insupportable au capitale que la seule Sécurité Sociale mobilise près d'un tiers de la richesse globale produite (...) hors des réseaux de l'accumulation financière. (Corinne Gobin)
  • (stratégies) 1-Habituer le monde syndical à accepter les "dures lois du marché".
    2- Limiter autant que se peut le droit social européen en tant que corpus de normes communes juridiquement contraignantes.(...)
    3-Faire de la politique de l'emploi un instrument de marchandisation de l'ensemble des droits sociaux.
    4- Créer une situation de pénuries de ressources pour "désocialiser" le financement des droits sociaux et en faire des espaces à remarchandiser par la privatisation et l'invention de "produits financiers". (...) Cette réforme néo-libérale s'est organisée sur une imposture magistrale : l'annonce d'une situation de rareté des ressources collectives alors que les pays européens n'ont jamais produit autant de richesses... (...)
    5- Planifier la misère et homogénéiser les politiques administratives nationales (...).
    6- Bouleverser les hiérarchies des normes pour rétrécir la notion d'"ordre public social".
    (Corinne Gobin)
  • Le "citoyen européen" est ainsi réduit à quelqu'un à qui l'on demande d'adhérer et de s'identifier à un projet dont, l'expérience le montre tous les jours, l'élaboration s'est faite en dehors de lui ou même, comme c'est le cas avec le projet constitutionnel européen (TCE) et sa reprise à peine édulcorée du Traité de Lisbonne, contre lui.