bible-neonVoici un livre qui était sur ma pile-à-lire depuis mon éblouissement pour La Conjuration des imbéciles, et que jemlire a bien voulu m'envoyer ! Il s'agit en effet d'un autre des romans posthumes de cet écrivain mort avant d'avoir pu être publié et donc de voir son succès. On y retrouve la haine des voyages en car, une chanteuse de cabaret, la tante du narrateur...

Nous avons affaire à un roman d'enfance, narré avec les ellipses innocentes du regard enfantin et Toole a la sagesse de ne pas abuser des prolepses, l'allusion étant parfois suffisamment transparente pour un regard adulte ; d'ailleurs, le roman est destiné aux adultes.

En effet, dans cet état du Sud des Etats-Unis où l'on chante "Dixie" au spectacle de fin d'année, la religion ostentatoire, la bigoterie empoisonnent les libertés individuelles. Le pasteur et Mr et Mrs Watson, le couple de ce que j'appellerais des "diacres" ont le pouvoir de réellement harceler et mettre au ban de la société ceux qui ne sont pas ouvertement pour eux, mais même de ceux qui s'efforcent de le cacher. Le roman donne lieu à de véritables moments satiriques à ce sujet, qui ne vont pas jusqu'au terrifiant délire d'un Tristan Egloff, mais j'ai quand même plusieurs fois pensé à cet auteur... L'enfant ne comprend guère l'animosité de sa première institutrice, Mrs Watson, et subit ses avanies avec stupeur et crainte avant de comprendre, avec les instituteurs suivants, que rien n'était de sa faute. Sur le plan personnel, la famille subit de plein fouet la guerre, la pauvreté et ne s'en relève pas.

Malgré un ton léger, simple qui fuit le mélodrame, quelques péripéties heureuses, ce roman est douloureux, profondément pessimiste sur le destin humain. Il se dévore et m'a beaucoup plu. Le personnage de la tante Mae est une merveille.