ubu-roi-9782253149057_0Le Père Ubu est une sorte de personnage fantoche, qui porte l'ambition politique de sa femme, la Mère Ubu, telle une Lady Macbeth ignoble, sa propre cupidité, son absence complète d'éthique et d'empathie (pour parler de manière contemporaine) et un caractère ordinaire, lâche, douillet, intempérant.

Poussé à devenir roi de Pologne, appuyé par le Capitaine Bordure, accompagné par des palotins et l'armée, nous verrons son ascension, un début de règne désastreux, digne d'un Caligula, puis sa chute, car le pays et les légitimistes s'unissent pour le chasser.


Je déteste dire ça (ça sent le prof, le vieux con sententieux, "lis Sénèque") mais même si la pièce n'a rien qui m'enchante spécialement, elle fait partie de ces pièces qu'il faut avoir vues ou mieux, lues. Jarry et ses compères les frères Morin, lycéens, font bien sûr une farce loufoque, scatologique, équivoque, portée par des marionnettes, dont la victime est leur surveillant d'internat, le père Hébert. Mais il en faut de la culture pour faire aussi une parodie dont les sources d'inspiration sont plusieurs drames shakespeariens, voire des tragédies de Racine ou Corneille ou même l'oeuvre de Rabelais, dont il mime les archaïsmes. Pour moi, ce mélange entre les métaphores bouchères, scatologiques et sexuelles est trop lourd, mais il a le mérite d'avoir été fait, d'une manière relativement complexes et dosée aussi.

Je l'ai lu plusieurs fois depuis cette date et j'ai aimé une version un peu abrégée voire réécrite dans un spectacle de la Compagnie du Jour au Lendemain en 2019.