diable_bon_dieuGoetz, un commandant d'armée, "bâtard" et revanchard, a décidé, au mépris tout accord antérieur, d'assiéger la ville de Worms. Il cherche à être le Mal absolu, il trahit, il massacre, il blasphème. Un prêtre poussé à la trahison, Heinrich, comprenant le complexe de supériorité (et donc d'infériorité) qui meut Goetz, lui donne à entendre qu'il a perdu d'avance la singularité dans le Mal et qu'il serait autrement plus inhumain de faire le Bien.
Evidemment piqué, dans son orgueil, dans sa curiosité, Goetz relève le pari pour l'année à venir. Il décide de donner ses biens aux pauvres et de fonder une Cité du Soleil à Altweiler.


J'ai simplifié à dessein l'intrigue de cette pièce de théâtre, car on peut dire que les rebondissements sont nombreux ; Goetz n'en finit plus de se modifier, de s'explorer, de se pousser à bout, de se confronter aux autres pour tenter de les aimer, et de découvrir sa parfaite et satisfaite solitude.

Cette pièce soulève non seulement les questions du Bien ou du Mal, de la tentation induite par le Diable ou de la volonté de Dieu (et de sa présence ou de sa voix) mais aussi, de manière récurrente, de la question du pouvoir, reposant apparemment sur le charisme et l'imposture. Les personnages sont des désespérés à la fois fourbes et sincères. Je n'en reviens pas que cette pièce n'ait été écrite qu'en 1951 ; elle exprime la désillusion de la démocratie (au sens propre, hein, c'est-à-dire au sens utopique du terme) et de l'entente humaine pour la paix.

Citation :

  • Goetz : Je prendrai la ville.
    Catherine : Mais pourquoi ?
    Goetz : Parce que c'est mal.
    Catherine : Et pourquoi faire le mal ?
    Goetz : Parce que le bien est déjà fait.
    Catherine : Qui l'a fait ?
    Goetz : Dieu le Père. Moi, j'invente.
  • Tout à fait impossible ; impossible l’Amour ! Impossible la Justice ! Essaie donc d’aimer ton prochain, tu m’en diras des nouvelles…
  • L'enfer est une foire, imbécile ! (...) Voici le visionnaire le plus étrange : l'homme qui se croit seul à faire le Mal. Chaque nuit, la terre d'Allemagne est éclairée par des torches vivantes ; cette nuit comme toutes les nuits, les villes flambent par douzaines et les capitaines qui les saccagent ne font pas tant d'histoires. Ils tuent, les jours ouvrables et, le dimanche, ils se confessent, modestement. Mais celui-ci se prend pour le Diable en personne parce qu'il accomplit son devoir de soldat.
  • Nasty : Es-tu pour ou contre nous ?
    Heinrich : Je suis pour vous quand vous souffrez, contre vous quand vous voulez verser le sang de l'Eglise.
    Nasty : Tu es pour nous quand on nous assassine, contre nous quand nous osons nous défendre.
  • Heinrich : Tu mens ! il n'y a pas de grain dans ses greniers.
    Nasty : Que m'importe ! il y a de l'or et des pierreries dans ses églises. Tous ceux qui sont morts de faim aux pieds de ses Christ de marbre et ses vierges d'ivoire, je dis qu'il les a faits mourir !

Relecture du 15 juin 2007.