troubleUn roman aux points de vue croisés, ceux de Karsten Wiig, de son ex-femme Marianne, avec laquelle il a eu deux enfants, Elise et Henriette et enfin, celui d'Edvard Friskbakker, procureur qui présentent des tranches de vie pleines de joies, de couleurs, de nourritures terrestres et émotives, d'amour... mais au milieu de toute cette vie, le malheur rôde.

Edvard traque les pédophiles et les incestueux pour se racheter d'avoir laissé violer sa cousine Lisbeth par un oncle et il fait confiance à son instinct pour sentir qui est coupable ; quand Marianne, épouse bafouée et délaissée vient se plaindre de son mari en évoquant des "doutes", lui n'en a pas une seconde. Si l'on a des doutes, c'est qu'il y a réalité. L'incipit, douteux à souhaits, nous mène aux funérailles de Karsten, et nous pensons aussitôt qu'il s'agit de la crémation d'un salaud.

Mais soudain, le doute s'insinue, devant le récit analeptique de la vie de famille de Karsten : avons-nous vraiment affaire à un père indigne ou... au meilleur papa du monde ?

Incipit :

Une fille tourne sur elle-même. Ses cheveux blonds sont attachés en couettes, et elle porte un tutu long. Elle est torse nu, et quand elle soulève très haut sa jupe, comme font les jeunes enfants qui s'appliquent à faire une vraie révérence, on voit qu'elle ne porte rien d'autre que ce vêtement en tulle blanc transparent. Il fait assez sombre dans la pièce. Un homme la regarde depuis le canapé. Il y a un verre plein sur la table devant lui, mais il n'y touche pas. Il ne fait que regarder. Il se renverse en arrière dans le canapé, ferme les yeux un instant, mais les rouvre pour regarder la petite fille. Elle danse. En bonds patauds qui font ressortir son petit derrière et son ventre proéminent. Tourne, commande le type. La petite virevolte, rit, manque de tomber. Jolie pirouette, complimente le bonhomme. Fais une révérence, maintenant. La fillette s'exécute, soulève sa jupe de tulle aussi haut qu'elle le peut et s'incline. Tu continues ? demande-t-il. La petite fille se remet à tourner sur elle-même jusqu'à ce qu'elle heurte la table. Le liquide clapote dans le verre. Viens t'asseoir, Elise, dit l'homme. La fillette le regarde, puis grimpe bien gentiment sur ses genoux. Il passe les bras autour de son petit corps. La petite soeur a été couchée plus tôt que d'habitude, elle a attrapé un rhume carabiné ; un sacré rhume. Maman est allée au cinéma avec des amies. Papa et Elise sont seuls au monde. Il l'embrasse derrière une oreille. Ma petite. La grande fille de son papa. Le lapin en peluche jaune d'Elise tombe par terre.