gds-espritsLes grands lycées de centre-ville sont souvent des lycées de fin de carrière et une consécration pour certains professeurs. C'est le cas de François Foucault, agrégé de Lettres et fils d'écrivain, qui pontifie à loisir en ville sur les solutions à apporter dans ces déserts éducatifs que sont certaines banlieues. La cause en est, selon lui, l'inexpérience des jeunes collègues qui y enseignent... pris au mot par des cadres de l'Education nationale, le voilà obligé d'apporter pour une année ses sciences éducatives du côté de Garges-les-Gonesses...


J'ai couru, toutes affaires cessantes, voir ce film pour des raisons professionnelles : une jeune collègue que j'ai en responsabilité est allée le voir et il me paraissait nécessaire qu'on puisse en parler ensemble. Son jugement m'est immédiatement apparu comme fondé : ils sont bien sages, ces élèves que le réalisateur - et les professeurs du film - disent intenables ! Vraiment, s'ils étaient tous ainsi, juste un peu mous du genou et immatures, ce métier resterait le défi permanent qu'il est, mais on n'aurait pas tant d'enseignants au bord du bord du balcon... A la limite, les plus inquiétants sont les adultes.

Deuxième agacement : les jeunes professeurs passeraient leurs semaines à organiser des Conseils de discipline, avec la complicité empressée de leur Principal. Mais n'est-il pas possible d'écrire un film sur l'enseignement qui soit bien informé et pas fruit de ses (mauvais) souvenirs d'élèves ou de ses fantasmes de parents d'élèves ? Plein de films sont écrits après des mois d'enquête ou d'après des ouvrages d'investigation : pourquoi pas les films sur l'école ? Un jour, peut-être ? Car, ainsi que me l'a dit l'ami à qui j'ai raconté le film le soir même, pour avoir aussi rapidement un Conseil de discipline, il faudrait que l'élève ait frappé un adulte, et encore, à condition qu'il y ait des marques... et aussi que ledit adulte semble vouloir aller au pénal, histoire de le calmer et dans l'espoir qu'il n'aille pas déposer plainte ! Si, comme dans le film, l'élève te dit un truc genre "Tu vas me lâcher, oui", tu peux l'exclure de ton cours et, si tu insistes, on peut peut-être compter sur un jour d'exclusion, mais on te trouvera quand même un peu chochotte. Voilà pourquoi je trouve du plus mauvais goût que la raison de l'échec scolaire des élèves soit donnée à la fin sur cette base : les profs excluent trop les élèves, ainsi ils ne peuvent pas suivre et finissent en bas des immeubles à dealer ou à faire d'autres mauvais coups. Ce n'est pas le chômage des parents, la difficulté à trouver sa place dans un lieu, dans une culture, difficulté aussi à croire que l'école peut encore faire quelque chose pour eux, la réduction des horaires qui oblige à une accélération et à une superficialisation des savoirs, qui causent l'échec scolaire ; non, ce sont des profs chochottes qui n'arrivent pas mener à bien leur mission et font virer de pauvres gosses très attachants.

A part ça ? On parle de lecture, de culture, les jeunes s'y intéressent un peu, pas passionnément, parfois beaucoup, mais la façon dont l'accroche se fait dans le film est la seule chose qui m'ait parue vraiment conforme à la réalité. Et le petit Seydou (Abdoulaye Diallo) est crédible en enfant sur le chemin d'une croissance et d'une découverte d'une culture et d'une langue, le personnage est attendrissant en diable.

Bande-annonce.