malajuntaTano (Andrew Bargsted, excellent), un ado citadin, s'est fait prendre bêtement par la police venue pour un délit à côté de ses menus larcins ; sa mère Natalia, débordée, "refile le bébé" à Javier (Francisco Perèz-Bannen) qui vit à la campagne dans le sud du Chili. Le père et le fils ne se sont pas vus depuis des années et, malgré l'avertissement bravache du père au sujet de son intransigeance, Tano n'a pas du tout l'intention de respecter un seul de ses ordres (être assidu au Lycée, se tenir correctement de manière à ce que l'assistante sociale ne l'envoie pas en centre de détention, rentrer et partir à l'heure, ranger sa chambre...), il se permet même de l'insulter à l'occasion. Et Javier mesure alors la difficulté de la tâche.

Javier est lié par le biais d'un collège de travail à une famille Mapuche, et aussi par des sentiments inavoués pour la mère célibataire de Cheo. Ce dernier, harcelé en toute impunité par d'autres Lycéens, battu, est fasciné par la morgue, l'assurance, les manières affranchies de Tano. Il se laisse aller à boire, à fumer, à se faire des "bang", couvre ses escapades et, à son invitation, va exiger de sa mère l'aveu de l'identité de son père, soi-disant décédé quand il était petit.

Tout change cependant à l'occasion d'une manifestation pour le droit des Mapuches à conserver leurs terres, menacées par un projet de destruction, puis d'une action de protestation devant l'assassinat arbitraire d'un des meneurs de l'action : Tano voit Cheo avec les attributs des Mapuches, en costume traditionnel, à cheval, levant la crosse...


 On a affaire à un film d'apprentissage qui met beaucoup de temps à vraiment commencer. Les problématiques adolescentes et individuelles de Tano prennent beaucoup de place, et il n'y a guère qu'à vingt minutes de la fin (dit une de mes interlocutrices, qui a compté) que le noeud du film se dessine : (SPOILER) Cheo épouse par amitié, des problématiques qui ne sont pas les siennes, mais reconnaîtra rapidement, dans la douleur de la tragédie qui saisit son ethnie, et la reconnaissance du rôle qu'il a à jouer, que ses problèmes à lui dépassent l'individu : la forte appartenance qu'il a à l'ethnie Mapuche rend l'absence du père bien moins importante que pour Tano. Il refuse finalement d'apprendre son identité, d'un haussement d'épaule.

Parallèment, remis à sa place dans le groupe et finalement engagé par affection du côté Mapuche, Tano prend conscience de la nécessité de ne pas risquer d'aller bêtement passer son temps en centre de détention jusqu'à sa majorité.

Et là, le sentiment que j'avais jusque-là que j'aurais bien aimé voir ce film à la télé pour zapper ou consulter Whatsapp, a disparu et je pense que c'est un film très fort, qui me met au coeur une rage bouillante contre les crimes impunis parfaitement racistes qui ont lieu dans les Amériques, sans que qui que ce soit dans le monde ne propose les rétorsions qui furent en vigueur contre l'Apartheid.

Bande-annonce.

  • Festival international du film de Valdivia 2016 : Meilleur film
  • Festival international du film de Santiago 2017 : Prix Kinema du meilleur film
  • Rencontres Cinémas d'Amérique latine 2017 : sélection « Compétition »
    • Prix du public
    • Prix lycéen de la fiction